‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 332 sur 556 · Cet adverbe est écrit en deux mots · texte numérisé non relu

Cet adverbe est écrit en deux mots

étoit qu'il entretenoit une maîtresse, qui, lasse de lui, avoit pris la fuite : il en fut au désespoir1, la fît chercher par toute l'Espagne, fit dire des messes et d'autres dévotions pour la retrouver, tant la religion des pays d'Inquisition est éclairée, et finalement fit vœu de demeurer au lit, et sans bouger de dessus le côté droit, jusqu'à ce qu'elle fût retrouvée. Il avoua enfin cette folie à Louville comme une chose forte2, capable de lui rendre sa maîtresse, et tout à fait raisonnable. Il recevoit chez lui grand monde et la meilleure compagnie de la cour, étant lui-même d'excellente conversation. Avec ce vœu il ne fut de rien à la mort de Charles II, ni à l'avènement de Philippe V, qu'il ne vit jamais, et à qui il fit faire toutes sortes de protestations3; et il poussa l'extravagance jusqu'à sa mort sans s'être jamais levé ni branlé de dessus son côté droit. Cette manie est si inconcevable, et pourtant si certaine, que je l'ai cru digne d'être remarquée d'un homme sage d'ailleurs*, sensé et plein d'esprit dans tout le reste5. Son fils unique6, don Antoine 7-Martin de Tolède, ambas- . sadeur en France, qu'il n'appeloit jamais que Martin, qui est assez la façon des Espagnols, étoit un homme de mine assez basse8, mais de beaucoup d'esprit, et fort instruit,

i. Desepoir, dans le manuscrit. — 2. Pas de virgule après forte.

3. Dans la première rédaction : « 11 s'y joignoit aussi un peu de chagrin d'avoir toujours été maltraité du feu roi, qui ne l'avoit jamais voulu reconnoître de la première classe, non plus que son fils unique Antonio-Martin. »

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