Ant.y en abrégé, dans le manuscrit
8. Il ressemblait extrêmement de visage au grand duc d'Albe, dit le Portrait de 1701. Nous avons vu ailleurs (tome VIII, p. 190 et 533)
très sage, très mesuré, poli avec dignité, et qui exerça son ambassade, dans les temps les plus tristes, avec beaucoup de courage et de jugement, à la satisfaction de sa cour et de la nôtre, qui eut pour lui une véritable estime et une considération très marquée1. Sa femme, sœur des ducs d'Arcos et de Banos, extrêmement vive, encore plus laide, divertit un peu le monde, qui, à la fin, s'y accoutuma. L'un et l'autre dans une grande dévotion, le mari plus solide, la femme plus à l'espagnole2, vivoient ici avec magnificence3. Le duc d'Albe salua le Roi en particulier, dans son cabinet, en arrivant*. Sa femme fut présentée au Roi dans son cabinet après son souper, en arrivant aussi, par la duchesse du Lude, qu'il avoit nommée pour cela5. Le Roi demeura debout et l'entretint
que, selon le mot de la duchesse d'Osuna, don Martin était « un Espagnol en jeune, comme Villafranca un Espagnol en vieux. »
1. Comparez le portrait que nous aurons à sa mort, en 1711 : éd. 1873, tome VIII, p. 442. C'est Louville qui l'avait fait choisir, un peu contre le gré du roi lui-même, lequel eût préféré Monterey ou Aguilar, et en dépit des cabales de Mme des Ursins (lettres du duc de Beauvillier à Louville, 4 février 1703, et de Louville à M. de Torcy, 9 mars); mais il ne tarda pas à regretter d'avoir agi ainsi, le trouvant triste, sérieux, ridicule surtout par sa passion pour une sœur du duc d'Osuna aussi laide que lui-même, se faisant purger et saigner par désespoir d'amour, chargeant un valet de correspondre par signes avec elle, etc. A ce propos, Louville ajoute (lettre du 30 août, à M. de Torcy) : « C'est de famille, car son père est demeuré trois ans sur le côté, parce qu'il avoit promis à sa maîtresse de ne se retourner que quand elle le viendroit voir ; or, comme elle ne vint point, il y mourut à la peine. » On verra d'ailleurs que, comme fidélité et comme désintéressement, Philippe V n'eût pu mieux souhaiter.
2. Nous en aurons, en 1709, un étrange témoignage, qu'il a encore emprunté à Louville (Mémoires secrets, p. 107-108).
3. « On disoit que son équipage étoit très grand et que sa femme avoit une camarera-major et douze filles d'honneur » (Sourches, p. 219).
4. Dangeau, p. 348; Sourches, p. 219, 14 novembre; Mercure de décembre, p. 385-393.
5. Le vendredi 21 décembre : Dangeau, p. 379; Sourches, p. 249; Gazette, p. 655 ; Mercure du mois, p. 202-207 et 385-393; Gazette de Bruxelles, p. 839-840; Mémoires de Luynes, tome I, p. 185-186.
longtemps1. La2 duchesse du Lude la conduisit de là, par la galerie, chez Mme la duchesse de Bourgogne, où tout étoit plus éclairé qu'à l'ordinaire, laquelle, après le souper du Roi, au lieu de le suivre à l'ordinaire dans son cabinet, étoit3 allée attendre chez elle. Elle la reçut debout, et la baisa en entrant et en sortant; le Roi ne la baisa qu'en entrant4. De là elle fut chez Madame sans la duchesse du Lude5, et chez Mme la duchesse d'Orléans. On fut bien aise de lui faire cette réception extraordinaire, d'autant plus que le duc d'Harcourt avoit rendu compte, dès qu'il étoit en Espagne, de son inclination françoise marquée en plusieurs occasions6. Mariage du duc M. de Beauvillier, qui avoit deux fds fort jeunes7, et
1. « La conversation fut assez longue, très gracieuse de la part du Roi, dont elle fut charmée; elle parla avec beaucoup d'esprit » (Dangeau).