Elle surcharge des lettres illisibles
l'oreille, qui, un moment après, l'avoit chargée de m'avertît1 d'être sage parce qu'il grondoit un orage sur ma tète. Cet avis me fut donné chez le Chancelier, lui en tiers, qui ne douta point, ni moi non plus, que je ne fusse un des trois dont le Roi avoit parlé. Je lui expliquai ce qui s'étoit passé, et lui demandai son avis, qui fut d'attendre pour ne point aller à tâtons. Le soir, Mme Chamillartme dit que le Roi en avoit parlé fort aigrement à son mari. Tous deux étoient fort au fait de cette affaire : je les y avois mis de bonne heure1, et c'étoit eux-mêmes qui avoient fait refuser la quête aux deux duchesses leurs filles. Je vis2, le lendemain, Chamillart fort matin, qui me conta3 que, la veille, chez Mme de Maintenon, avant d'avoir eu le temps d'ouvrir son sac4, le Roi 5 lui demanda en colère ce qu'il disoit des ducs en qui il trouvoit moins d'obéissance qu'aux princes, et tout de suite lui dit que Mlle d'Armagnac quêteroit. Chamillart lui répondit que, ces choses-là n'allant guères jusqu'à son cabinet, il ne l'avoit appris que la veille, mais que les ducs étoient bien malheureux qu'il leur imputât à crime de ne l'avoir pas deviné, et les princes fort heureux qu'il leur sût gré d'une chose que les ducs6 se seroient empressés de faire, s'il leur en eût dit autant qu'à Monsieur le Grand. Le Roi, sans répondre qu'à soi-même, continua que c'étoit une chose étrange que, depuis quej'avois quitté son service, je ne songeasse qu'à étudier les rangs et à faire des pro-
•1. Il a bitte une s à la fin d'heure.
"2. Vis est en interligne, au-dessus de fu, inachevé et biffé.
3. Conta est en interligne, au-dessus d'un premier conta écrit en surcharge sur dit, puis biffé.
i. On dirait aujourd'hui : portefeuille, que cependant le Dictionnaire de r Académie admettait déjà. 11 ne donne l'emploi de sac que pour ceux où les gens de Palais enfermaient leurs pièces de procédure, comme nous l'avons vu au tome VI, p. 311. Saint-Simon s'en servira encore bien des fois.