‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 361 sur 556 · Mariages corrigé en manèges · texte numérisé non relu

Mariages corrigé en manèges

6. Dans une lettre que les éditeurs du Journal de Dangeau ont placée en regard de l'article du 1er janvier 1704 (tome IX, p. 390), la marquise d'Huxelles écrivait à son ami le marquis de la Garde : « Mlle d'Armagnac, belle comme le jour, quêta hier à la cour, au refus des duchesses, qui en avoientété priées par Monsieur le curé; on prétend même qu'elles en ont été apostrophées par S. M., laquelle demanda à Monsieur le Grand la princesse sa fille, qui fut prompt emont accor-

voit pas pardonné le pardon demandé par la princesse colère du Roi d'Harcourt à la duchesse de Rohan1. Dès le lendemain, je ontre les ducs, fus avertj par Ja comtesse de Roucv, à qui Mme la du-

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contre moi. chesse de Bourgogne, qui etoit présente, 1 avoit conte, que le Roi étoit entré très sérieux chez Mme de Maintenon, à qui il* avoit dit, d'un air de colère, qu'il étoit très mal content des ducs en qui il trouvoit moins d'obéissance que dans les princes, et que, tandis que toutes les duchesses refusoient la quête, il ne l'avoit pas plus tôt proposée à Monsieur le Grand pour sa fille, qu'il l'avoit acceptée3. Il ajouta qu'il y avoit deux ou trois ducs dont il se souviendroit toujours. Mme la duchesse de Bourgogne ne les avoit pas voulu nommer à elle*, mais bien à Mme de Dangeau, à

dée. Chacun s'efforça de lui donner, M. l'ambassadeur d'Espagne entre autres, qui mit trente louis d'or dans sa bourse. Le Roi remercia la quêteuse en des termes très obligeants, et il ne l'avoit demandée à Monsieur le Grand qu'en cas que cela ne lui fit point de peine. »

1. Tome VI, p. 78 et suivantes. — 2. Qu'il il, dans le manuscrit.

3. Les Mémoires de Sourches, au 29 décembre (tome VIII, p. 254), sont plus explicites et paraissent mieux informés que le Journal de Dangeau : « Le comte d'Armagnac, grand écuyer de France, eut une grande audience du Roi dans son cabinet, et les courtisans s'imaginoient que c'étoit tout au moins pour le mariage de sa fille avec le duc de Mantoue ; mais, dans le fond, il ne s'agissoit que d'une bagatelle entre les dames de la cour. Autrefois, il n'y avoit que les filles qui quêtoient pour les pauvres, aux grandes fêtes, dans la chapelle du Roi ; mais, depuis que les chambres des filles de la Reine, de la Dauphine et de Madame eurent été abolies, il ne resta plus assez de filles à la cour pour pouvoir faire les quêtes, et on fit quêter les femmes de qualité. Les duchesses, étant de ce nombre, s'aperçurent que les princesses ne quêtoient jamais, et, croyant que cela faisoit tort à leur dignité, elles déclarèrent qu'elles ne vouloient plus quêter ; les femmes de qualité qui n'étoient point titrées, voyant cette conduite des duchesses, refusèrent aussi de quêter. Ainsi les quêteuses alloient manquer pour toujours, et les pauvres ne s'en seroient pas mieux trouvés, quand le Roi prit l'expédient de parler au comte d'Armagnac et de le prier de faire quêter Mlle d'Armagnac, sa fille, ce que le comte ne put lui refuser. (En noie : Il lui dit qu'il ne lui parloit pas comme son roi, mais comme son ami.) » On voit que ce texte est absolument conforme au nôtre.

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