‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 372 sur 556 · Tome 11, p. 186-190, année · texte numérisé non relu

Tome 11, p. 186-190, année

avoit su ce propos du Roi à Monseigneur par Mlle Choin, avec qui, par son frère1, il étoit demeuré dans la liaison la plus intime. 11 me conta plusieurs détails là-dessus, qui m'ôtèrent d'inquiétude sur Monseigneur pour les rangs. Je les contai au duc2 de Montfort, mon ami intime, qui n'en étoit pas moins3 en peine que moi ; mais je ne nommai pas mon auteur, qui ne le vouloit pas être. Le rare est qu'il étoit en grande liaison avec ce prélat par les Luxembourgs, qui lui en gardoit le secret, et me l'avoit bien voulu confier : tellement que le duc de Montfort, qui ne me voyoit en nulle liaison avec Monseigneur, ni avec personne de sa cour particulière, ne pou voit imaginer d'où je les avois sus, et pensoit presque4 qu'il falloit que le diable me l'eût dit.

Je me suis peut être trop étendu sur une5 affaire qui se pouvoit beaucoup plus resserrer; mais, outre qu'elle est mienne, il me semble que c'est plus par des récits détaillés de ces choses de cour particulières qu'on la6 fait bien connoître, et surtout le Roi, si enfermé et si difficile à pénétrer, si rare à approcher, si redoutable à ses plus familiers, si plein de son despotisme, si aisé à irriter par ce coin-là, et si difficile à en revenir même en voyant la vérité d'une part et la tromperie de l'autre, et toutefois capable d'entendre raison quand il faisoit tant7 que de vouloir bien écouter, et que celui qui lui parloit la lui montroit, même

4. On a vu, à l'endroit indiqué de l'année 4694, la double galanterie de ce frère avec Mme la princesse de Conti et Mlle de Choin.

2. Le D initial surcharge un C, et Montfort corrige ensuite Montmo.

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