L'élévation des Villeroy
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12 février 1694. — Voici la parenté du marquis d'Alincourt avec Mlle de Louvois. Il n'est pas à propos de remonter plus haut dans les Villeroy que le célèbre Nicolas de Neufville, avec la fille de M. de l'Aubespine1 qui mit les secrétaires d'État hors de page, en avoit deux charges et signa le premier : Pour le Roi, donna sa fille et une de ses charges de secrétaire d'Etat à Villeroy, à qui il avoit reconnu beaucoup d'esprit et de capacité en travaillant dans ses bureaux. Il fut aussi grand ministre, aussi ligueur que son beau-père, et aussi avant dans la confidence de la Reine mère. Les liaisons de la Ligue lui [en] a voient donné de fort étroites avec Mandelot, chevalier de l'Ordre et gouverneur de Lyon, Lyonnois et Beaujolois, qui aboutirent au mariage de leurs enfants, avec la survivance de ce gouvernement pour Alincourt, qui n'en eut que deux filles, dont l'aînée épousa Puysieulx, secrétaire d'État, fils du chancelier de Sillery, et mourut peu après sans enfants ; l'autre, le marquis de Courtenvaux, chevalier de l'Ordre et premier gentilhomme de la chambre, fils du maréchal de Souvré gouverneur de Louis XIII. Ce marquis de Courtenvaux étoit frère du commandeur de Souvré grand prieur de France et ambassadeur de Malte, si connu par ses privances avec la Reine mère et le cardinal Mazarin, et de Mme de Lansac gouvernante de Louis XIV, grand mère maternelle de la maréchale de la Motte gouvernante de Monseigneur et des enfants de France. M. d'Alincourt, étant veuf, se remaria à la fille du célèbre Harlay-Sancy, dont il eut le maréchal de Villeroy gouverneur de Louis XIV, l'archevêque de Lyon, etc., qui étoient frères de père de Mme de Courtenvaux, laquelle eut un fils mort de bonne heure, qui, de Marguerite Barentin, ne laissa qu'une fille unique, dernière de la maison de Souvré, qui épousa M. de Louvois. Le père de Mme de Louvois étoit ainsi cousin germain du second maréchal de Villeroy gouverneur de
1. Les douze derniers mots ont été biffés une première fois, et remplacés en interligne par cette alliance avec le célèbre M de Laubespine, puis ceux-là par le célèbre Nicolas de Neuville.
Louis XIV, et Mme de Louvois issue de germaine du marquis d'Alincourt qui devint duc de Villeroy et son gendre. Or, ce qui acheva de mettre MM. de Villeroy en passe de seigneurs fut ce gouvernement de Lyon possédé par Alincourt après la mort de Mandelot, son premier beau-père. Le connétable de Lesdiguières, qui passoit sa vie dans son gouvernement de Dauphiné, qui commandoit en Provence, et qui étoit plus roi que gouverneur dans ces provinces, voulut l'être pareillement de Lyon, Lyonnois et Beaujolois, qui arrondissoit si fort son gâteau. Ce fut l'unique cause du choix qu'il fit du marquis, depuis premier maréchal de Villeroy, pour épouser une fille du maréchal de Créquy et de sa fille, quoique les plus grands partis de France lui fussent offerts, et, en faisant ce mariage, il obtint la survivance de ce gouvernement de Lyon qu'avoit Alincourt pour Villeroy, et l'accrut ainsi par une alliance de laquelle Alincourt ni son fils n'avoient osé se flatter, et dont ils surent tirer tous leurs avantages.
487, 488 et 489. Les râpés et les promesses de l'Ordre.
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5 mai 1700. — Voici ce que c'est que ces râpés, et l'abus du total. Les quatre grandes charges de l'Ordre sont vénales. Les deux premières font preuves comme les chevaliers; les deux dernières n'en font point. Les titulaires, toujours gens de faveur et presque toujours secrétaires d'État ou ministres, ont commencé par obtenir des survivances pour leurs enfants, moyennant quoi le père et le fils ont porté l'Ordre en même temps sur la même charge. Ensuite ils sont venus à la vendre au bout de plus de vingt ans de possession, et ont établi qu'au bout de vingt ans ils garderoient l'Ordre, comme officiers vétérans, en vendant leur charge; puis, ont introduit qu'à la vente ou au don d'une charge, par exemple en don comme au cas dont il s'agit1, on fait semblant de la donner à un homme qui en prête le serment et en a des provisions, et, de convention faite, cet homme, au bout de quatre jours, la rend à celui à qui le vrai dessein est de la donner, ou qui d'abord l'a achetée : auquel cas on simule deux ventes. Le premier des deux garde l'Ordre, et l'autre, à qui la charge demeure, le porte aussi, et c'est le premier qui ne l'a eue que quatre jours qui s'appelle un râpé. Mais ce qu'ils ont fait de plus rare, c'est qu'à ces vétérans, et même à ces râpés, on expédie un brevet de promesse d'être fait chevalier de l'Ordre à la première promotion, et, en même temps, de porter l'Ordre en attendant; et cela à gens de robe ou de plume, et d'état avec lequel il est incompatible d'être chevalier de l'Ordre.
2 septembre 1703. — Ces râpés du Saint-Esprit, comme on les appelle en dérision, et ces vétéra?ices, comme disent ceux qui les ont
1. Le don à M. de la Vrillière de la charge laissée par son père Châteauneuf.
ou qui en sont susceptibles, sont un abus tout à fait rare en toutes ses parties. 11 est inconnu par les statuts et vrais et premiers, et derniers et altérés, et ne se soutient que par d'autres abus encore plus étranges. Voici comme cela se fait. Un des quatre officiers commandeurs de l'Ordre, qui vend sa charge, en donne sa démission, et obtient en même temps un brevet de promesse d'être fait chevalier de l'Ordre à la première promotion, et, en attendant, de continuer à porter l'Ordre. Or, cette promesse est à condition de n'être point effectuée. Il n'y a point d'exemple qu'elle l'ait jamais été, et ceux de cette condition qui ne sont point gens d'épée, mais de robe ou de plume, sont, par cela même, incapables d'être chevaliers de l'Ordre. De cet abus un autre. Un officier vend ; mais, au lieu du vrai acquéreur, quelqu'un que le Roi veut bien gratifier se présente entre-deux, et fait un contrat d'acquisition simulé, en vertu duquel il prête serment et reçoit le cordon bleu aussitôt après. On lui expédie le brevet dont on vient de parler, et il fait un contrat de vente simulé au véritable acquéreur, qui paye au premier vendeur, prête serment et reçoit le cordon bleu : de façon qu'il n'en coûte rien à celui d'entre-deux que payer le serment et le notaire ; et cet entredeux s'est ainsi multiplié à deux et à trois, tout à la fois, sur la même charge. Ce brevet de promesse de l'Ordre est imité de l'ancien usage de faire des promotions. Quand il y avoit des colliers vacants que le Roi vouloit remplir en tout ou en partie, le Roi disoit au chapitre le nombre où il vouloit s'arrêter, et présentoit une liste du double de ce nombre. Les chevaliers donnoient leur voix, et la pluralité faisoit la promotion tirée de cette liste. Ceux qui étoient dessus, et qui n'avoient pas eu la pluralité, n'étoient point chevaliers de l'Ordre, et il n'y a presque point d'exemple qu'aucuns de ceux-là y soient revenus dans la suite ; mais, pour les consoler, on leur expédioit un brevet de promesse de l'Ordre à la première promotion, et ce sont ces sortes de brevets qu'on a montrés depuis pour faire accroire aux gens peu instruits qu'on avoit eu dans sa famille un chevalier de l'Ordre nommé, mais mort avant d'avoir pu l'être, et qu'on leur a donné ce vain titre dans les leurs. La fin d'Henri IV intervertit cette façon défaire les promotions, qui peu à peu est tombée en oubli, et les chapitres en peinture, tels qu'on les voit aujourd'hui; mais ce qui a achevé d'y mettre le désordre tel qu'il y est depuis le milieu du dernier règne, c'est le crédit des ministres qui n'ont pas voulu se détacher des charges de l'Ordre, et qui n'ont pu souffrir d'être debout et découverts au bas bout de la table, où le chancelier de l'Ordre, seul d'entre eux, étoit assis et couvert, ce qui lui vint de M. de Chcverny, premier chancelier de l'Ordre, et alors depuis longtemps chancelier de France, et les chevaliers assis et couverts le long de la table des deux côtés, le Roi seul au haut bout : moyennant quoi il n'y a plus ni ordre, ni opinion, ni personne assis, encore moins couvert, pas même le Roi. C'est encore la même raison qui a banni le repas que le Roi faisoit avec les chevaliers après chaque cérémonie, en séance de réfectoire, où le chancelier de l'Ordre étoit admis après le dernier
chevalier, tandis que les trois autres grands officiers mangeoient dans une salle à part avec les petits officiers de l'Ordre, et à la même table. Tout cela a donc fait une sorte d'égalité entre les chevaliers et les officiers, lesquels, peu à peu, ont changé le cordon bleu qui entouroit leurs armes en colliers comme les chevaliers, à qui leur autorité de ministres l'a fait souffrir et laissé tourner en usage. Depuis, MM. de la Vrillière, Colbert et quelques autres ont été représentés sur leurs tombeaux avec le grand manteau et le collier de l'Ordre, tout comme des véritables chevaliers. Ils n'ont pu encore arriver à la parité du grand manteau, ni à porter le collier ; en attendant, ils ont pris, pour la première fois que cela se soit vu, des bouquets de plumes, dès le commencement des cérémonies de l'Ordre sous le roi d'aujourd'hui. Ce qu'ils ont fait de plus solide a été de se rendre maîtres indépendants et absolus des deniers de l'Ordre et du marc d'or.
24 novembre 1713. — On a vu, aux Additions sur la fin de l'année 16981, ce que c'est que ces râpés des grands officiers de l'Ordre, et plusieurs curiosités sur cette même matière de l'ordre du Saint-Esprit.