Le cardinal Portocarrero colonel des gardes
du roi d'Espagne.
(Page 234.)
14 février 1703. — On voulut contenter le cardinal Portocarrero de ce bizarre présent du régiment des gardes. Mme des Ursins avoit empaumé entièrement la reine d'Espagne, et cette reine le roi son mari. Mme des Ursins vouloit gouverner, et ne se put contenter d'une simple influence. Les cardinaux d'Estrées et Portocarrero ne s'en aperçurent que quand il n'en fut plus temps, outre qu'ils comptoient sur leur plus qu'ancienne amitié avec elle, le premier ayant toute la confiance de notre cour, et le second toute l'autorité qu'il tiroit d'avoir fait faire le testament de Charles II et d'avoir été deux fois régent avec toute puissance, n'imaginant pas d'avoir à lutter contre une femme simple dame d'honneur. Cette lutte néanmoins ne tarda pas, et la chute des deux cardinaux en Espagne en fut une prompte suite, et de tous ceux qui avoient eu part au testament, ou depuis aux affaires ou à la confiance, ou même à la familiarité du roi, excepté trois ou quatre François du bas étage, dont elle sut bien s'assurer. Il sera plus d'une fois mention d'elle dans la suite.
491 et 492. Louville en Espagne.
(Page 240.)
15 juin 1703. — Louville étoit celui de tous ceux qui étoient à Madrid à qui Mme des Ursins faisoitleplus de caresses, et à l'expulsion
1. Il n'y a point, sur cette matière, d'autres Additions que les deux, à l'année 1700 et à l'année 1703, qui viennent d'être données.
duquel elle travaillent avec le plus de soin, parce qu'il avoit la plus grande part dans l'habitude et dans la confiance du roi d'Espagne, et dans celle du duc de Beauvillier et de Torcy, et qui avoit le plus d'esprit pour la cour et de vues et de capacité pour les affaires. Sa liaison avec les cardinaux et avec l'abbé d'Estrées, et avec tous ceux qui avoient eu part au testament, lui étoit encore insupportable1....
10 mars 1706. — Mme des Ursins n'avoit garde de souffrir Louville auprès du roi d'Espagne, auprès duquel elle vouloit demeurer seule, ou n'en laisser approcher que qui et comme il lui convenoit. Il avoit eu longtemps toute la confiance et toute la privance de ce prince, il avoit tout ce qu'il falloit pour se la conserver et la rendre dangereuse pour elle ; il avoit celle du duc de Beauvillier, de Torcy, de plusieurs gens considérables de notre cour, et ami intime de MM. d'Estrées. Il l'étoit des principaux seigneurs qui avoient approché du roi les premiers eu Espagne, intimement avec le cardinal Portocarrero, avec Arias, avec Ubilla, avec ceux qui avoient eu toute la part au testament de Charles II et qui avoient gouverné d'abord. Elle le fit donc et rappeler d'ici et renvoyer de là ; il en rapporta une centaine de mille francs que le roi d'Espagne lui donna, le gouvernement de Courtray2, que la guerre lui enleva bientôt après, et des pensions, qui ne furent pas longtemps payées. Il étoit trop âgé et avoit tâté de trop de grandes choses pour se remettre à servir de colonel ; il ne songea donc qu'à mener une vie privée entre Courtray, Paris et sa maison de Louville, qu'il rebâtit et accommoda fort, à sept ou huit lieues d'Étampes et de Chartres, vécut avec ses amis, dont beaucoup de considérables, et se maria, quelque temps après, à une femme d'un vrai mérite, fille de Nointel conseiller d'État et beau-frère du duc de Brissac et de Desmaretz contrôleur général des finances, puis ministre.