Ces faits ont été racontés dans notre tome X, p
8. Entré au service à dix-huit ans, Tessé n'eut une compagnie de cavalerie qu'en 1672, un régiment de dragons en 1674.
bien fait, d'une figure fort noble et d'un visage agréable1, doux, liant, poli, flatteur, voulant plaire à tout le monde, surtout à la faveur et aux ministres. Il devint2 bientôt, comme Huxelles, mais dans un genre différent, l'homme à tout faire de Louvois, et celui qui, de partout, l'informoit de toutes choses3. Aussi en fut-il promptement et roidement4 récompensé : il acheta pour rien la charge nulle de colonel général des carabins, qui le porta, pour la supprimer, à celle de mestre de camp général des dragons qui fut créée pour lui, dès 1684, étant à peine brigadier; et il venoit d'être fait maréchal de camp en 1688, quand Louvois le fit faire chevalier de l'Ordre. Trois ans après, il eut le meilleur gouvernement de Flandres, qui est Ypres, et, en 1692, il fut tout à la fois lieutenant général et colonel général des dragons5. G'étoit un Manceau6 digne de son pays, fin, adroit, ingrat à merveilles, fourbe et artificieux de même. On en a vu ci-devant un étrange échantillon avec Gatinat, auquel il dut le comble de sa fortune, pour s'élever sur ses ruines7. 11 avoit le
1. Déjà dit au tome III, p. 128. Outre le portrait lavé que j'ai indiqué là, il s'en trouve d'autres dans le ras. Clairambault 1238, fol. 98 et 99; une peinture de Rigaud fut gravée par Tardieu fils pour la collection Odieuvre, et le comte de Rambuteau a placé une reproduction de cette planche en tète de ses Lettres du maréchal de Tessé (1888).
2. La première lettre de devint surcharge une f effacée du doigt.
3. « Gentilhomme du Maine, d'un génie facile et agréable, et d'ailleurs brave homme et bien fait; étant colonel de dragons, il avoit trouvé moyen de faire ériger pour lui la charge de mestre de camp général, ayant mis dans ses intérêts M. de Louvois, qui l'employa depuis dans les affaires des huguenots, » dit en 1688 l'annotateur des Mémoires de Sourches, tome II, p. 208. Tessé fut en effet un des principaux exécuteurs du plan de dévastation du Palatinat de 1688 à 1691, aussi bien que du plan de persécution des protestants opiniâtres.
4. Vivement, vite, extraordinairement. Littré ne cite pas d'exemple.
5. Déjà dit en 1696 : tome III, p. 129-130. Comparez tome V, p. 361-364.
6. Tome III, p. 129. On peut voir, sur le caractère des Manceaux, une suite d'extraits de lettres du marquis de Sourches, dans le Château de Sourches, par M. l'abbé Ledru, p. 193-194.
7. Tomes VIII, p. 262-264, et IX, p. 47-52, 78-79 et appendice Vil.
jargon des femmes, assez celui du courtisan, tout à fait l'air du seigneur et du grand monde, sans pourtant dépenser; au fonds, ignorant à la guerre, qu'il n'avoit jamais faite par un hasard d'avoir été partout et de s'être toujours trouvé à côté des actions et de presque tous les sièges1 ; avec un air de modestie, hardi à se faire valoir, et à insinuer tout ce qui lui étoit utile ; toujours au mieux avec tout ce qui fut en crédit ou dans le ministère, surtout avec les puissants valets2. Sa douceur et son accortise le firent aimer; sa fadeur et le tuf, qui se trouvoit bientôt pour peu qu'il fût recherché3, le firent mépriser4. Conteur quelquefois assez amusant, bientôt après plat et ennuyeux5, et toujours plein de vues et de manèges. Il
1. Allégation déjà présentée dans notre tome VIII, p. 263, et réfutée en note. Depuis ce temps-là, nous avons encore vu Tessé défendre vaillamment et intelligemment la place de Mantoue pendant un long blocus, essuyer trois coups de feu dans la sortie du 22 mars 1702, puis recevoir également une blessure à Luzzara.
2. L'abbé de Choisy précise une des causes du succès de Tessé. Jeune encore, dit-il (Mémoires, tome I, p. 208-209), mais promettant beaucoup, avec une prestance agréable, du courage, de l'ambition, de l'esprit et de la diligence, à défaut d'expérience, il eut l'excellente inspiration de s'attacher aux princes de Conti lorsqu'ils firent leur équipée, mais pour les ramener au devoir, et s'assura ainsi la gratitude du Roi.