‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 431 sur 556 · Ci-dessus, p. 10-14, et Addition n° 458, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p. 10-14, et Addition n° 458, p

se rendit que sur les ordres réitérés du Roi, obtint la plus honorable capitulation qui ait été accordée, et reçut des louanges infinies du prince d'Orange et de tous ses officiers généraux. Ce fut en 4674, et aussitôt après il fut fait maréchal de camp et gouverneur d'Oudenarde, menacé de siège. Il se trouva au siège de Gand, dans le secret duquel il avoit été, et à celui d'Ypres, et fut blessé à tous les deux. En 1678, lieutenant général, et, Oudenarde ayant été rendu parla paix de Nimègue, il eut le gouvernement de Fribourg1; en 1685, celui de Strasbourg, lorsque le Roi s'en saisit. M. de Louvois, sans la protection duquel il eut ce beau morceau du seul choix du Roi, qui se souvenoit toujours de Grave, chercha à mortifier le nouveau gouverneur, et, dans la toute-puissance où il étoit, cela ne fut pas difficile. Il ne put être apaisé par tout ce que purent dire ou faire Chamilly et ses amis. 11 laissa, en mourant, cette rancune à Barbezieux, son fils, qui, tant qu'il vécut, la fit sentir à celui qui l'avoit si peu méritée. Le duc Mazarin, gouverneur d'Alsace, n'étoit rien moins que propre à commander sur cette frontière, lorsque, trois2 ans après l'empiétement de Strasbourg, la guerre3 recommença. Louvois y mit le marquis d'Huxelles, qui avoit plus d'esprit pour s'en démêler, mais qui n'avoit rien d'approchant des services de Chamilly, et qui étoit fort son cadet. 11 ajouta, en même temps, à ce dégoût, celui de faire faire Huxelles chevalier de l'Ordre en 1688, et d'empêcher Chamilly de l'être, avec une belle lettre de compliment et de promesse qu'il lui écrivit de la part du Roi, et il l'auroit empêché de servir, comme il avoit commencé, en cette guerre, sans le maréchal de Lorge, qui n'étoit pas alors mieux avec lui, qui, étant4 nommé pour commander l'armée du Rhin, demanda Chamilly au Roi, et l'obtint. Il étoit le premier lieutenant général de l'armée, et s'y distingua fort en toutes les occasions qui s'y présentèrent, et servit ainsi jusqu'à la paix de Ryswyk.

« C'étoit un homme pétri d'honneur, de valeur, de vertu, et d'une vraie piété, bon à l'excès, aimé et estimé de tout le monde, ayant toujours partout un grand état de table et d'équipage, mais plus pesant d'esprit que de corps, qu'il avoit fort grand et fort gros, ayant été fort bien fait en sa jeunesse. A lé voir, on ne pouvoit se figurer que ces fameuses Lettres portugaises eussent été écrites pour lui par une aussi spirituelle religieuse, à qui il avoit tourné la tète, et encore moins qu'il eût fait les réponses qui s'y lisent, quoique l'un et l'autre fût vrai. La belle et modeste relation du siège de Grave paroissoit plus de lui, et en étoit aussi. Il étoit cadet d'un frère de grand mérite, mort à la porte de la fortune, et, bien que cadet, il avoit trouvé du bien et une personne accomplie en celle5 d'Elisabeth, fille unique de Jean-

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