Celle est en interligne, au-dessus de la personne, biffé
Jacques du Bouchet, seigneur de Villeflix, etc., et de Madeleine d'Elbène. 11 l'épousa 9 mars 1679. C'étoit une personne qui avoit infiniment d'esprit, de sens, et de cette vertu sûre, solide, constante, égale, mais sans épines, sans humeur, avec de la gaieté répandue sur tout, et, en même temps, toute la décence possible ; aimant le monde par goût, s'y prêtant par état, le craignant et l'évitant, quand elle le pouvoit, par piété ; également vraie, franche, discrète et secrète ; aimant son mari, et lui elle, comme on s'aimoit autrefois, avec une estime et une confiance réciproque, et, quoique sans enfants, attachée à sa famille comme à la sienne même ; si propre au grand monde, et avec tant d'aisance, et toutefois de discernement, qu'avec sa dévotion elle mettoit tout le monde à son aise, et toutefois dans la mesure et le respect ; et partout adorée de grands et de petits. C'est ainsi qu'elle a vécu dans tous les gouvernements de son mari et dans tous les lieux où il commanda. C'étoit elle qui faisoit presque tout, et qui paroissoit ne rien faire, pour en laisser l'honneur à son mari, qui avoit le bon esprit de la laisser faire et de se conduire par elle; et, dans la vérité, si on excepte les faits de guerre, il lui dut tout le reste, et même son bâton.
o Désolée de l'affliction de son mari, elle mit tout en usage pour lui faire surmonter la fortune. Elle avoit beaucoup d'amis, et les méritoit. La mort de Barbezieux et l'élévation de Chamillart lui ouvrit le chemin. Elle étoit un peu parente de sa femme, elle les avoit toujours vus et ménagés. Elle imagina, à la paix, de tenir son mari accroché au service, et pour éviter son ennui, et pour nourrir l'espérance du bâton. Strasbourg, où le marquis d'Huxelles continuoit à commander, n'étoit pas praticable. Elle imagina la Rochelle et les provinces voisines. Chamillart en obtint le commandement, et ce commandement, où Mme de Charailly redoubla de soins, de grâces et de dépense, entremêlés de quelques voyages à Paris et à la cour, les conduisit enfin au but tant désiré. Il fut le premier de la promotion de maréchaux de France de 1703, et, avec eux, deux ans après, de celle de l'Ordre. Il ne jouit de cette fortune que dix ou douze ans, et mourut à Paris, 8 janvier 1715, sans enfants, à soixanle-dix-neuf ans. Sa rare épouse le survécut jusqu'au 18 novembre 1723, qu'elle mourut à soixante-sept ans, sans s'être jamais consolée, mais vivant avec ses amis, dont elle faisoit les délices, et, encore plus que du vivant de son mari, occupée de toutes sortes de bonnes œuvres. Mme de Maintenon l'avoit goûtée un moment; on la fit bientôt passer auprès d'elle pour janséniste, et tout fut rompu entre elles à l'instant.
« Bouton est le nom du maréchal de Chamilly, eonnu en Bourgogne dès 1340. On en voit un servir avec quatre écuyers, en 1358, sous Girard de Thury, maréchal de Bourgogne. Son fils et son petit-fils furent chambellans des ducs de Bourgogne, et honorablement employés par eux, et un fils cadet de ce dernier fut chambellan du dernier duc de Bourgogne, bailli de Dijon, chevalier d'honneur du parlement de cette province sous les divers princes qui l'occupèrent jusqu'à François Ier
inclusivement ; et le fils de celui-là fut chambellan de l'empereur Charles V, premior maître d'hôtel de Ferdinand son frère, grand écuyer de la reine d'Hongrie leur sœur, et mis en 4544 par l'empereur Charles V auprès du jeune prince d'Orange comme son gouverneur. Ce dernier emploi ne va guères avec les précédents. Ce prince d'Orange sortoit, à la vérité, d'une branche de l'ancienne Bourgogne; mais il n'étoit point parent de l'Empereur, il n'étoit pas souverain, et il n'étoit pas question pour lors de la grandeur où sont parvenus depuis les princes d'Orange- Nassau, héritiers des princes d'Orange-Chalon, à la tête des Provinces- Unies des Pays-Bas. 11 fut pourtant gendre de Baudouin de Lannoy, seigneur de Molembais, chevalier de la Toison d'or, qui est l'unique grande alliance de tous ces Boutons. Sa mère étoit Dyo, qui est bonne. En son fils, panetier du roi François Ier, finit cette branche, en 1540. Leurs aînés la continuèrent. L'un d'eux fut chambellan des ducs de Bourgogne, bailli de Chalon, chevalier à la bataille de Montlhéry, porta à Louis XI, en 1467, de la part du dernier duc de Bourgogne, la nouvelle de la mort du duc Philippe le Bon son père, fut lieutenant général, sous le grand bâtard de Bourgogne, de l'armée qu'il commandoit en 1475, fut, après la mort du dernier duc de Bourgogne, chambellan du Roi et bailli de Chalon ; et son fils épousa la fille du chancelier de France Guillaume de Rochefort, et les enfants de son petit-fils finirent toute cette branche aînée, dont ils furent la neuvième génération.
« Veuf de la fille de ce chancelier, avec des enfants qui continuèrent la branche, il se remaria en 1502 à Marie d'Oiselet, dont il eut1 Jacques-Nicolas Bouton, qui fit la branche de Chamilly. Celui-ci eut Chamilly en mariage de2 Claude de Moroges, qu'il épousa en 1543. Son second fils, qui succéda à son frère, servit Charles IX, Henri III et Henri IV pendant les guerres civiles, et, sous ce dernier, fut écuyer de la grande écurie, avec un brevet de gentilhomme de la chambre en 1603. C'est le grand-père du maréchal de Chamilly, duquel le père servit toute sa vie attaché à Monsieur le Prince.
« Ce maréchal, entre plusieurs frères et sœurs dont il n'est rien à remarquer, eut un frère aîné, qui, sous le nom de comte de Chamilly, acquit une grande réputation à la guerre. Il fut nourri page de Monsieur le Prince le héros, auquel il s'attacha, et l'accompagna en la plupart de ses grandes actions, fut mestre de camp de son régiment de cavalerie et maréchal de camp, dont, à la paix des Pyrénées, il conserva le grade; et lui donna le gouvernement du château de Dijon. Il servit de lieutenant général sous le Roi aux conquêtes de Franche-Comté et de Hollande, et touchoit au bâton de maréchal de France, et alloit être fait capitaine des gardes du corps en même temps, lorsqu'il mourut des blessures qui se rouvrirent.
« Son fils a fini cette race. Il avoit beaucoup d'esprit, et étoit beau