Le maréchal de Rosen
« M. Rosen fut d'abord simple cavalier. Quelques-uns de sa chambrée l'ayant mené en maraude contre les défenses sur peine de la vie, ils furent pris, condamnés à tirer au billet à qui seroit pendu. M. Rosen le racontoit lui-même, et se souvenoit si généreusement de son premier état, qu'il donnoit une pension à un de ses camarades de chambrée, maréchal de son métier, qui étoit aux Invalides, et, tous les ans, même depuis qu'il fut maréchal de France, le faisoit venir dîner avec lui, le régaloit, et causoit avec plaisir dé leurs vieilles guerres. Il passa par les degrés subalternes, et le vieux Rosen, l'ayant reconnu, lui donna sa fille en mariage en 1660. Ce vieux Rosen avoit eu un régiment de mille chevaux sous le grand Gustave-Adolphe, roi de Suède, à la tête duquel il se trouva à la bataille de Liïtzen, où ce grand prince fut tué victorieux. Rosen s'étoit attaché au célèbre duc de Saxe-Weimar, qui le fit un des quatre directeurs généraux de son armée, qui s'engagèrent après sa mort au service de France, 1639, et celui-ci en eut une pension du Roi de douze mille livres. Il servit avec grande distinction et beaucoup de succès, fut lieutenant général en 1648, et général en chef de ce qui restoit des troupes de Weimar et de la reine Christine de Suède en France. M. de Turenne eut ses raisons pour l'accuser de la révolte des premières; il en fut quatorze mois clans la citadelle de Nancy. Pleinement justifié, et rentré dans les bonnes grâces du Roi et de la Reine mère, il eut le commandement en chef de toutes les troupes allemandes anciennes et nouvelles, et il commanda le corps de réserve, avec grand succès, à la bataille de Rethel, où le maréchal du Plessis défit M. de Turenne et sauva l'État, 1650. Deux ans après, il eut le commandement en chef de toute l'Alsace, avec un pouvoir illimité, et y mourut en 1667. Tel fut le beau-père du maréchal Rosen, auquel il faut revenir2.
« 11 eut un régiment de cavalerie en 1669, et fit si bien à la bataille de Senefte, 1674, qu'il en fut fait seul brigadier, maréchal de camp 1677, lieutenant général 1682 ; et vit cependant force sièges et combats, où il se distingua en diverses armées. Il passa en Irlande avec le roi d'Angleterre, qui le fit maréchal d'Irlande pour avoir passé à la nage la rivière de Fing, avec un petit corps de cavalerie, à la vue de huit mille hommes de troupes réglées, et les avoir battus. En 1690, Montclar, chevalier de l'Ordre, étant mort, il eut sa charge de mestre de camp général de la cavalerie, qu'il vendit très cher à Montpeyroux,
point connu, » et lui donna tout son bien (Luynes, tome IX, p. 56). Cependant c'est sous le titre de comtesse de Matignon que son décès, à la date du 17 décembre 1755, fut annoncé par la Gazette, p. 1!.