Le maréchal d'Huxelles
« Le marquis d'HuxELLES. Avant de parler de ce maréchal, il faut, pour en éclaircir la matière, expliquer un mot de généalogie. Son père étoit un homme de mérite, de talent à la guerre, et de beaucoup d'ambition. Il parvint, par ses services, à être capitaine général, grade aboli depuis, et qui a toujours été fort rare, et il touchoit au bâton de maréchal de France, dont il avoit un brevet de promesse, lorsqu'il fut tué devant Gravelines en 1658. Beringhen, premier valet de chambre de Louis XIII, mais beaucoup plus attaché à la Reine, étoit entré pour elle dans des intrigues qui furent découvertes, et où l'Espagne avoit grand part, et Beringhen, qui se vit perdu et qui craignit pis. s'enfuit à Bruxelles. Dès que Louis XIII fut mort, et la Reine régente et maitresse, elle débuta par rappeler ses martyrs et les récompenser de leurs souffrances. Beringhen accourut de Bruxelles. Il tenoit [à] elle3 par les liens les plus étroits, il avoit tout hasardé pour elle, il avoit pensé y périr, et, en perdant sa fortune, il n'avoit sauvé sa personne que par la fuite: il fut aussi le plus récompensé. En un instant, de valet qu'il étoit comme son père, et4 qui l'avoit tenu à grande fortune, il prit la forme de seigneur par la charge de premier écuyer du Roi qu'il eut du duc de Saint-Simon d'une façon fort étrange. L'anecdote en mèneroit ici trop loin, et sera mieux placée ci-après aux Pairs existants, titre de Saint-Simon5. Et cette charge le conduisit à l'ordre du Saint-Esprit dans les suites, qui, l'un et l'autre, ont passé à sa postérité jusqu'à aujourd'hui.
* Dans cette position de fortune et de faveur, et dans ce commencement de la régence de la Reine, le marquis d'Huxelles, qui vouloit cheminer, y sacrifia sa sœur, dont il étoit maître parce qu'il n'avoit plus ni père ni mère. Il ne la crut pas mal mariée de l'être au premier écuyer du Roi dans ce brillant qui avoit toutes les marques d'être durable, et qui le fut en effet, et il se flatta que le premier écuyer, touché d'une alliance qui lui faisoit tant d'honneur, le seroit encore de s'appuyer d'un beau- frère en beau chemin, en le poussant aux honneurs. Beringhen, de sa part, sentit l'un et l'autre : c'est ce qui fit ce mariage, le 6 janvier 1646.
« Tout n'est qu'enchaînement dans ce monde. Beringhen, aussi