‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 45 sur 556 · Ci-dessus, p. 23. — 3. Mais est en interligne · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p. 23. — 3. Mais est en interligne

4. Homme de fort grande qualité, dit le Chansonnier (mss. Fr. 12 620, p. 118, et 12 688, p. 277 et 283), très bien fait, très vigoureux, brave et spirituel, mais fanfaron, hâbleur, présomptueux et entreprenant, il se trouva amené par son ambition et son peu de bien à tirer parti des femmes (entre autres, en 1681, la duchesse de Vitry), quoique ses habitudes d'infidélité fussent notoires. C'est le héros du libelle le Taureau banal de Paris, publié sous le couvert de P. Marteau en 1689, et, en 1691, sous le titre nouveau de : V Homme à bonne fortune, ou le Galant à l'épreuve. En 1680, Bussy-Rabutin écrivait à la marquise de Montjeu (Correspondance, tome V, p. 87) : « Si le marquis de Montrevel n'est pas empoisonné de quelques-unes de ses maîtresses, il mériteroit bien de l'être. C'est un bohémien, qui, en leur prenant toujours leur argent, ne leur a jamais donné son cœur. Il en peut bien avoir fait sa provision maintenant, car, si cela n'étoit pas encore fait, il n'attraperoit plus personne : il est trop décrié. »

5. On a deux dessins lavés de son portrait de l'Ordre dans les ma-

\Add.S'-S.460]

Villeroy, qui fut toujours son protecteur. C'étoit raison : jamais deux hommes si semblables, à la différence du désintéressement du maréchal de Villeroy et du pillage de Montrevel, né fort pauvre et grand dépensier, qui auroit dépouillé les autels. Une veine de mécontentement du duc de Ghevreuse résolut le Roi à le faire défaire de la compagnie des chevau-légers de sa garde en faveur de Montrevel. Il lui en fit la confidence sous le plus entier secret. Montrevel, enivré de sa fortune, ne se put contenir : il en fit confidence à la Feuillade, son ami. Celui-ci, qui ne l'étoit que de la fortune, et que sa haine pour Louvois avoit lié avec Golbert, courut l'avertir du danger de son gendre. Colbert en parla au Roi, qui, moins touché en faveur de Ghevreuse que piqué contre Montrevel d'avoir manqué au secret, rassura la charge à Ghevreuse1, et fut longtemps à faire sentir son mécontentement à Montrevel2. Mais le goût y étoit. Sa sorte de fatuité, qui pourtant étoit extrême, étoit toute faite pour le Roi. Les dames, les I modes, un gros jeu, un langage qu'il s'étoit fait de phrases comme en musique, mais tout à fait vuides de sens, et fort ordinairement de raison3, les grands airs, tout cela imposoit aux sots, et plaisoit merveilleusement au Roi, soutenu d'un service très assidu, dont toute l'âme n'étoit qu'ambition et valeur, sans avoir jamais su distinguer sa droite d'avec sa gauche, mais couvrant son ignorance universelle d'une audace que la faveur, la mode et la naissance pro-

nuscrits Clairambault 1174, fol. 76, et 1239, fol. 54. Rigaud le peignit en 1711, pour le prix de cinq cents livres.

1. Rassurer quelque chose à quelqu'un ne paraît pas avoir été relevé par les lexicographes. C'est assurer de nouveau.

2. J'ignore la source et la valeur de cette anecdote, que Saint-Simon avait insérée déjà, non seulement dans l'Addition placée ici, n° 460, mais aussi dans la notice du duché de la Feuillade, tome VI des Ecrits inédits, p. 380-381.

3. « Montrevel, outre la naissance, la valeur et le talent des dames, n'en eut jamais qu'un esprit de travers et un galimatias en musique » (Écrits inédits, tome VI, p. 380). Nous verrons qu'il était aussi d'une superstition puérile.

tégeoient. Il fut commissaire général de la cavalerie avant Villars1, il eut le gouvernement de Mont-Royal2, il commanda en chef dans les pays de Liège et de Cologne, où il ne s'oublia pas3. Sa probité ne passoit pas ses lèvres, son peu d'esprit découvroit ses bas manèges et sa fausseté. Valet et souverainement glorieux, deux qualités fort opposées, qui néanmoins se trouvent très ordinairement unies, et qu'il avoit toutes deux suprêmement. Tel étoit celui4 que le Roi se complut à faire maréchal de France5, et,

1. En 1677, n'étant encore que brigadier de cavalerie, mais ayant marqué dans la journée de Cassel. Cette charge de commissaire général, dont les attributions sont expliquées dans la Milice françoise du P. Daniel, avait été érigée en 1656 pour M. d'Esclainvilliers, avec le consentement de Bussy-Rabutin. Montrevel ne la paya que cent vingt mille livres ; mais elle se vendit, à la fin du règne de Louis XIV, entre deux cent et deux cent soixante mille livres, avec un brevet de retenue à peu près équivalent, quoiqu'elle ne donnât que quatre mille livres de revenu environ. Le titulaire avait rang au-dessus de tous les brigadiers, sans toutefois pouvoir commander ni à l'infanterie, ni aux dragons, s'il n'était brigadier lui-même (Mémoires de Bussy, tomes I, p. 356, et II, p. 5; sa Correspondance, tome III, p. 260 et 265; Dangeau, tome XVI, p. 310, 312, 313 et 315; Sourches, tome II, p. 213; Luyncs, tomes I, p. 67, et II, p. 46). Montrevel n'avait pas obtenu de s'en défaire en 1679 (Correspondance de Bussy, tomes IV, p. 377, et V, p. 71, 73 et 79); c'est seulement en 1688 qu'il la vendit à Villars, pour passer maréchal de camp. L'année suivante, après une aventure qui eût pu lui coûter cher puisqu'il y tua deux archers (Sourches, tome III, p. 38-39), il fit agir le duc du Maine auprès de Mme de Maintenon pour qu'on lui donnât le gouvernement de Narbonne, sans obligation de résidence. « 11 est de mes amis, écrivait le prince, n'a pas grand bien, est très honnête homme, et le Roi le connoit mieux que moi. » (Correspondance générale de Mme de Maintenon, tome III, p. 196-197.) Les Mémoires de Villars disent (tome I, p. 162) que Barbezieux le favorisa, en 1693, comme « fort ami d'une maison où le ministre étoit amoureux. »

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