‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 470 sur 556 · La suite a été publiée dans notre tome VI, appendice XIX · texte numérisé non relu

La suite a été publiée dans notre tome VI, appendice XIX

G. Ci-dessus, p. 194 et suivantes. — 7. Vol. France 189, fol. 94. 8. Lisez : Charles. — 9. Cette notice n'a point été faite.

fortune de sa famille, et une fortune alors inouïe. La Ligue et la liaison des Robertets1, si protégés des Guises, fit le mariage d'Alincourt, en 1588, au plus fort de la toute-puissance des Guises, avec la fille de Mandelot, et arracha d'Henri III, prêt à périr de leur main, la survivance importante du gouvernement de Lyon, Lyonnois, Forez et Beaujolois, qu'avoit Mandelot, en faveur de ce mariage ; et ce même gouvernement tenta si fort le connétable de Lesdiguières, pour s'en accroitre en Dauphiné et en Provence, où il régnoit, qu'il préféra le marquis de Villeroy, survivancier de son père, à tous les plus grands partis qui s'offroient à sa petite-fille, et força le maréchal de Créquy, son gendre, à en faire le sien, quoi qu'il lui pût dire sur la disproportion des conditions2 : ce qui, outre la décoration de l'alliance, a, par l'événement, fait tomber les biens immenses de Créquy et de Lesdiguières dans les Villeroy. Le vieux ministre et secrétaire d'État, en qui les chefs de la Ligue avoient toute confiance, s'en servit habilement pour soi et pour eux, quand il vit leur parti sans ressource, et, de concert avec le président Jeannin, qui y alloit de meilleure3 foi et avec désintéressement, et qui pouvoit beaucoup sur le duc de Mayenne, fit pièce à pièce leur accommodement avec Henri IV, et, de banni de la cour, du ministère et d'avec les vrais François, errant de lieu en lieu sans savoir où s'arrêter, sut rentrer dans sa charge et dans toute la confiance du ministère, y tenir tête aux seigneurs, et en particulier à Rosny, qui avoit le cœur, la confiance et la bourse du Roi; et lui, qui, à l'institution de l'Ordre sous les Guises, ses intimes protecteurs, avoit cru se décorer beaucoup en prenant une charge de l'Ordre sans preuves, fit faire son fils chevalier de l'Ordre longtemps avant l'âge et les emplois, car la charge de grand maréchal des logis de la maison du Roi, ni un gouvernement qu'il avoit eu par survivance, ne pouvoient suppléer à une naissance que l'état de son père rendoit si évidente, ni opérer une grâce sans exemple et qui n'en a pas eu depuis le père secrétaire d'État vivant, et qui, le père secrétaire d'État mort, n'en a eu de trente années après, et jusqu'à cette heure encore si rares, qu'il ne s'en peut compter que trois. Le vieux Villeroy vit son fils, vingt ans durant, chevalier de l'Ordre, et lui procura une ambassade à Rome, où il retourna encore une fois depuis. S'il eût vu son petit-fils duc et pair, à peine pourtant l'auroit-il osé croire. »

L'archevêque de Rouen frère d'Henri IV*.

« L'archevêque de Rouen5, frère bâtard d'Henri IV, que le roi de Navarre avoit eu de Mlle du Rouet, fille d'honneur de Catherine de

1. Robertes, dans le manuscrit. — 2. Condions, dans le manuscrit. 3. Meilleur, au masculin, dans le manuscrit. — 4. Ci-dessus, p. 187. 5. Vol. France 189, fol. 90 v°. Comparez l'Histoire généalogique, tomes I, p. 144, et IX, p. 302.

Médicis, qu'il aima jusqu'à la mort, et dont la Reine mère se servoit pour tirer ses secrets. Cette damoiselle étoit fille de Louis de la Béraudière, seigneur de l'île-Rouet, en Poitou, et de Madeleine du Fou du Vigean.

« Ce bâtard fut nommé si jeune à l'évêché de Cominges, qu'il se trouva avec cette qualité, à quinze ans, dans l'armée des Princes, à la bataille de Jarnac, 13 mars 1569, et y fut pris par les royaux. Il eut en 1590 l'évêché de Lectoure1, et Henri IV lui donna en 1594 l'archevêché de Rouen2. Il ne fut ordonné prêtre que le 26 décembre 1597, n'ayant eu ses bulles qu'en mars précédent, et, deux jours après être prêtre, fut sacré archevêque. Au mois de juin précédent, il obtint, par une bulle de Clément VIII Aldobrandin, une grâce sans exemple jusqu'alors, et qui n'a été depuis accordée à personne. Le Roi son frère avoit fait grande instance pour qu'il fût cardinal, et Rome, si facile pour les bâtards des Papes, pour ceux de la maison de Médicis et pour beaucoup d'autres, ne put être fléchie pour celui-ci; mais, par accommodement, cette bulle lui en concéda l'habit, la calotte, le bonnet, le chapeau, le rang, les honneurs, les privilèges et les distinctions, dont il usa jusqu'à sa mort : en sorte que, hors les fonctions, qui ne se trouvent qu'à Rome, et le nom, il étoit en tout et partout cardinal. En 1599, à la mort du chancelier de Cheverny, il fut fait chancelier et garde des sceaux de l'Ordre. Il s'en démit en 1606, et en conserva les marques3. Deux ans auparavant, c'est-à-dire 1604, il s'étoit démis de son archevêché pour demeurer à la cour auprès du Roi son frère, auquel il étoit le plus tendrement attaché, et duquel aussi il étoit fort aimé. Il l'étoit de tout le monde. C'étoit un très bon homme, franc, gai, généreux, et, avec de la piété à sa mode, fort considéré, et toujours avec la meilleure compagnie. Il fut si sensiblement touché de la mort d'Henri IV, qu'il ne put lui survivre que quelques semaines, soupirant, gémissant, pleurant sans cesse, et mourut ainsi de pure douleur, sans autre maladie, en son abbaye de Bourgueil4, incontinent après cette mort, pour y demeurer entièrement en solitude5. Il en avoit plusieurs autres. »

1. On ne le connut longtemps que sous son nom d'évêque. Il avait eu en 1588 le prieuré de Saint-Orens d'Auch.

2. Comme successeur de Charles de Bourbon-Condé (1562-1594), d'abord cardinal de Vendôme (1583), puis cardinal de Bourbon le Jeune, qui luimême avait remplacé à Rouen son oncle le prétendu Charles X (ci-dessus. p. 178, note 5).

3. L' Histoire généalogique, en parlant de lui comme chancelier de l'Ordre, dit qu'après sa démission il fut nommé un des quatre prélats commandeurs; cependant il ne ligure ni dans la promotion de 1606, ni dans celle de 1608.

4. Lisez : Marmoutier. Cette abbaye lui avait été donnée en 1604, ainsi que Saint-Florent.

.'». Voyez les Journaux fie P. de l'Estoile, tome X, p. 300-301. Cette mort arriva le 15 juin 1610.

Renaud de Beaune, grand aumônier l.

« Renaud de Beaune, grand aumônier de France2.

« 11 naquit à Tours en 4527. Il fut conseiller au parlement de Paris 1555, président des enquêtes 1559, et maître des requêtes 1563, et, dans tous ses emplois, brilla également par son esprit, son savoir, sa probité, et son cœur vraiment françois. De là il embrassa l'état ecclésiastique, et eut deux abbayes et l'évêché de Mende. Il fut aussi chancelier du duc d'Alençon, qui le remercia en 1580, et, l'année suivante, il eut l'archevêché de Bourges. Il demeura attaché à Henri III et inflexible à la Ligue, qui avoit séduit presque tout le clergé du Royaume. Il ne s'attacha pas moins à Henri IV dès qu'Henri III fut mort, et le servit publiquement en tout ce qu'il put. Ce prince aussi fut si persuadé de sa fidélité et de ses talents, que, s'étant résolu d'ôter la charge de grand aumônier à M. Amyot, évêque d'Auxerre, passionné ligueur, comme on l'a vu ci-devant sur ce prélat, p. 10 3, il en pourvut notre archevêque4, et, en même temps, commit le premier maréchal de Biron pour lui donner le cordon bleu, comme grand aumônier, le même jour que, par autre commission d'Henri IV non encore catholique, il donna le collier de l'Ordre à son fils qui fut depuis maréchal de France, amiral, duc et pair, et enfin décapité.

« L'archevêque eut part aux plus importantes affaires, et fut des plus roides à rejeter les procédures que Rome attenta. Toutefois, et en évêque et en homme d'État, il sentit combien la nécessité de la conversion du Roi étoit urgente, et il s'y appliqua tout entier ; et, dès qu'il en prit la résolution, l'archevêque regarda comme un coup de partie de ne pas attendre l'absolution ni la permission de Rome, et il eut le courage de recevoir l'abjuration du Roi publiquement, dans l'église de Saint-Denis, le dimanche 25 juillet 1593, de lui donner l'absolution, de l'ouïr tout de suite en confession, et, à l'instant, de dire la messe et lui administrer la sainte communion : action qui déconcerta la Ligue, l'Espagne et Rome plus que les plus signalées victoires, mais qui mit Rome, à qui la fortune du Roi et de l'État venoit d'échapper par là, dans une telle colère, que jamais, quoi qu'Henri IV pût faire dans toute la suite des temps, il ne put parvenir à obtenir le cardinalat pour l'archevêque, quelques soins qu'il s'en donnât, et que sa translation de Bourges à Sens, en 1602, ne s'obtint que par un effort de crédit et autorité, chose qui, pour tout autre, auroit été de soi-même. Il passa le reste de sa vie dans la plus haute considération du Roi et du public,

Page 1