Ci-dessus, p. 458. — 4. Le 12 juillet
et mourut à Paris, 17 septembre 1606, à soixante-dix neuf ans. 11 se lit admirer, même des Espagnols et des Ligueurs, dans cette fameuse et délicate conférence de Suresnes, en mai 1593, où il portoit la parole pour le parti du Roi, dont il ne soutint pas moins grandement la majesté avec ceux qui ne la vouloient pas reconnoître, qu'avec toute l'adresse pour se prévaloir de tout, de toute la finesse sans tromperie pour esquiver à propos, et de toute la délicatesse pour gagner au Roi ceux du contraire parti : en quoi il réussit admirablement. Ses actions publiques, comme harangues, discours, oraisons funèbres, ont toujours eu l'applaudissement général, et, quoique détourné par les affaires d'État et par la confiance intime d'Henri IV jusqu'à sa mort à lui, appliqué pourtant à son diocèse et le gouvernant soigneusement et bien. Ce qui est incompréhensible, c'est que ce prélat ait pu fournir à se rendre si savant, si éloquent, si instruit de son état d'évêque, si capable d'affaires d'État tout à la fois, et y vaquer à tous1, avec une servitude d'appétit qu'il a eu toute sa vie, et qui l'obligeoitàfaire tous les jours cinq repas de viande ou de poisson. Comme il n'aimoit point à manger seul, et qu'il vivoit en grand seigneur avec force gentilshommes et aumôniers à lui, il les partageoit, pour lui tenircompagnie. à son premier déjeuner à cinq heures du matin, à son second sur les huit heures, et, sur le minuit ou une heure après, à son second souper, qui étoient des repas entiers et solides. A dîner et à souper, il avoit toujours la meilleure compagnie de la cour, et on ne sait de quoi être plus surpris, d'un estomac qui dure soixante-dix-neuf ans dans ce régime, ou d'un esprit que cette quantité de vivres et de digestions laisse dans une entière et parfaite liberté de ses fonctions toute sa vie, ou d'un homme qui, avec tant de temps perdu pour la piété, pour son diocèse, pour l'étude, pour les affaires d'État, en trouve pour tout et demeure toujours au-dessus de sa besogne. Et ce qui est de plus étonnant, c'est que ce n'étoit point de petits ou de légers repas : ce qui s'apprend de ce fait-ci. Le jeune prince de Condé, élevé à la cour d'Henri IV et bien instruit par le comte de Belin, son gouverneur, cherchoit fort à plaire à ceux qui étoient sur un grand pied de distinction auprès du Roi et de considération dans le monde. Notre archevêque, qui étoit de ceux-là, recevoit mille avances de ce jeune prince, en étoit souvent invité à dîner ; et toujours il s'en excusoit. A la fin l'en pressant un jour avec aussi peu de succès : « Je vois bien, lui « dit-il, que j'ai beau faire pour m'attirer vos bonnes grâces, que vous « ne m'aimez point jusqu'à ne pouvoir vous résoudre à venir dîner « chez moi. — Monsieur, répondit l'archevêque, vous me poussez trop « agréablement à bout pour ne vous pas dire enfin à quoi il tient : c'est « que vous autres princes, vous mangez vite. Votre maître d'hôtel ne « compte que vous, vous regarde, et, dès que vous cessez de manger, « il dessert. Ainsi de chaque service. Moi, je vous l'avoue, et on le