Cette phrase a été ajoutée en interligne
vêpres, et le lendemain encore à la grand messe, où le Roi et tous les chevaliers communièrent de sa main. Il n'eut point de dais; il n'y en eut que sur le fauteuil et l'estrade où le Roi reçut les chevaliers. C'étoit pourtant alors que les cardinaux en prétendoient et en emportoient davantage. Ceux de Lorraine et de Guise avoient frayé le chemin aux entreprises et aux conquêtes ; la puissance et la faveur du cardinal de Richelieu les avoit dès lors comblées, par son amour extrême de sa pourpre. Mais, comme ce qui n'est fondé en rien qu'en orgueil et en vouloir va toujours en avant, je crois qu'ils ont prétendu un dais dans la suite, et je le crois par trois raisons : la première, que, depuis cette promotion, les cardinaux ont entièrement cessé d'officier devant le Roi en quelque fête ou occasion que c'ait été, et que le grand aumônier, communiant le Roi par sa charge, ne dit jamais alors devant qu'une messe basse; la seconde, c'est que, en 4661, le Roi se fâcha contre les cardinaux, et que, toutes leurs places étant vacantes dans l'Ordre, ainsi [quej des prélats, il ne fit aucun cardinal commandeur de l'Ordre, et, sans laisser aucunes places ecclésiastiques vacantes, les remplit toutes à la fois, en cette promotion, de quatre archevêques et de quatre évèques ; la troisième, c'est que, les cardinaux d'Estrées et de Janson ayant eu l'Ordre longues années après, et le cardinal d'Estrées, qui fut le premier cardinal à qui il donna l'Ordre, et ce ne fut qu'en 1688, ils offrirent tous deux d'officier aux jours de l'Ordre : ce que le Roi ne voulut pas accepter, comme dépité de ce qui s'étoit passé autrefois, et y tint ferme, quoiqu'ils l'en eussent pressé à divers[es] reprises. Enfin, en dernier lieu, une bagatelle m'y a confirmé 1 ; car le plaisant est que ce soit un mystère2. Lors de la canonisation de M. Vincent, il y a un an ou deux3, instituteur des Pères de la Mission ou de Saint-Lazare, ces Pères, qui desservent la cure, prièrent le cardinal de Polignac d'officier chez eux à cette solennité. La Reine, qui en fut avertie, s'y en alla surle-champ. Elle trouva le cardinal sous un dais; il ne s'en ôta point : ce qui fut trouvé fort étrange. On en murmura fort haut; mais comme celui qui nous gouverne est cardinal lui-même*, il n'en fut autre chose, quoiqu'il n'aime point du tout celui là, et il n'y en eut pas même la plus légère excuse.
« Un prélat de l'Ordre officia, le soir, à l'office des Morts, et, le lendemain, à la grand messe de Requiem. 11 y eut, comme à l'ordinaire, un catafalque, et les plus proches des chevaliers morts dans l'année étoient proche, avec les panonceaux des armes de ces chevaliers dans leurs mains. A la fin de la messe, l'évêque officiant y fit l'absoute et les encensements ordinaires, et les chevaliers, deux à deux, en grands manteaux et colliers de l'Ordre le premier jour, et en noir et le Eoi en violet, le collier sur leurs manteaux courts de deuil, allèrent
i. Confirmée corrigé en confirmé.
2. Cette anecdote ne se retrouve pas non plus dans les Mémoires.