‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 53 sur 556 · La majuscule initiale corrige une minuscule · texte numérisé non relu

La majuscule initiale corrige une minuscule

7. C'est ce que nous avons vu en 1702 ; comparez, ci-après, p. 235.

8. Sur son état de fortune, voyez l'appendice V de notre tome IX,

9. Selon M. Franklin (la Vie privée d'autrefois : Variétés gaslrono miques, chap. n), le principal repas, qui se prenait à neuf heures du matin dans le temps de Rabelais, et, un peu plus tard, à dix heures,

grâce un air de guerre à un air de cour d'une façon tout à fait noble et naturelle. Il étoit gros, point grand, et d'une laideur particulière et qui surprenoit, mais avec des yeux si vifs et un regard si perçant, si haut, et pourtant doux, et toute une physionomie qui petilloit d'esprit et de grâces, qu'à peine le trouvoit-on laid1. 11 s'étoit démis une hanche d'une chute qu'il fit du rempart de Luxembourg en bas, où il commandoit alors2, qui ne fut jamais bien remise, et qui le fit demeurer fort boiteux, et fort vilainement parce que c'étoit en arrière. Naturellement gai et aimant à s'amuser. Il prenoit autant de tabac que le mare- [Add. Sl-S.. 461) chai d'Huxelles, mais non pas si salement que lui, dont l'habit et la cravate en étoient toujours couverts3. Le Roi

avec des variations suivant les saisons (voyez ci-après, p. 466, notice sur R. de Beaune), fut retardé jusqu'à midi par Louis XIII, jusqu'à une heure par Louis XIV; mais les courtisans dînaient encore à midi, pour être en mesure de se trouver au couvert royal, de même qu'ils soupaient entre sept et huit heures, et le mot de midi était même devenu synonyme de dîner. Quant à onze heures, c'était le moment le plus favorable selon les bons hygiénistes, et, pour cela, Montaigne l'avait adopté.

1. Une gravure du portrait peint par Rigaud en 1694 a été placée par feu M. Hippeau en tête du tome II de V Avènement des Bourbons (1875). Le dessin au lavis du portrait de la collection de l'Ordre est dans les mss. Clairambault 1173, fol. 127, et 1239, fol. 53.

2. En effet, il commanda dans Luxembourg à partir de 1690 ; mais on voit, par le Journal de Dangeau (tome II, p. 230; comparez la Gazette de 1688, p. 569 et 570), que, deux ans auparavant, il avait fait une chute grave au siège de Philipsbourg.

3. L'usage du tabac à priser était devenu très commun, même parmi les jeunes gens, même devant les femmes : voyez une chanson de Coulanges sur les manières du temps présent, dans le Chansonnier, ms. Fr. 12 692, p. 57, et les répugnants détails donnés dans une lettre de Madame (recueil Brunet, tome I, p. 179). Callières, dans ses Mots à la mode, éd. 1698, p. 70-71 et 209-210, nous renseigne sur la manière de priser ; mais tous les hommes ne se servaient pas de tabatière comme le duc de Savoie (notre tome IX, p. 84), et, par exemple, le grand prieur de Vendôme prenoit le tabac à pleine poche (Mémoires de d'Argenson, éd. Jannet, tome I, p. 136). Guillet de Saint-Georges rapporte que le P. de Tournemine, admirant le médaillon du grand Condé fait par Girardon, regrettait cependant qu'il y manquât un peu de tabac au bout du nez.

haïssoit fort le tabac1 : Harcourt s'aperçut, en lui parlant souvent, que son tabac lui faisoit peine; il craignit que cette répugnance n'éloignât ses desseins et ses espérances : il quitta le tabac tout d'un coup. On attribua à cela les apoplexies qu'il eut dans la suite, et qui lui causèrent une terrible fin de vie. Les médecins lui en firent reprendre l'usage, pour rappeler les humeurs à leur ancien cours, et les détourner de celui qu'elles avoient pris2; mais il étoit trop tard. L'interruption avoit été trop longue, et le retour au tabac ne lui servit de rien.

Je me suis étendu sur ces dix maréchaux de France ; le mérite de quelques-uns m'y a convié, mais plus encore la nécessité de faire connoître des personnages qu'on verra beaucoup figurer en plus d'une façon, comme les maréchaux d'Estrées, d'Huxelles, de Tessé, de Tallard et d'Harcourt. Reprenons maintenant le courant.

Comte d'Évreux Les Bouillons, uniquement attentifs à leur maison, et colonel gênerai toujours et en toutes sortes de temps et de conjonctures,

de la cavalerie. ° . * . îi 1 -

son caractère, tirent en ce temps-ci une grande anaire pour elle maigre \Add. S-S. 462] la profonde disgrâce du cardinal de Bouillon. Le comte d'Auvergne avoit eu la charge de colonel général de la cavalerie à la mort de M. de Turenne3, dans laquelle M. de Louvois, ennemi de M. de Turenne et de tout ce qui lui appartenoit, lui avoit, tant qu'il avoit vécu, donné tous les dégoûts imaginables, et Barbezieux après lui. Le

1. Voyez les Mémoires de Luynes, tome XVI, p. 348. Le Roi dit un jour qu'il ne donnerait plus d'abbayes aux abbés qui prisaient ou qui portaient perruque (Annuaire-Bulletin de la Société de l'Histoire de France, année 1868, 2e partie, p. 19).

2. Beaucoup de médecins croyaient le tabac à priser souverain contre le rhume, les humeurs, l'apoplexie. D'autres, au contraire, tels que Fagon, ou que Boudin, celui-ci cependant en abusait, le considéraient comme un poison ; la thèse de Fagon fut soutenue à la Faculté le 26 mars 1699. Madame, plus pratique, trouvait au tabac l'avantage de masquer « l'horrible odeur des dents pourries » (recueil Brunet, tome II, p. 98).

3. En août 1675 (Gazette, p. 606). Sur cette charge, voyez la Milice française, par le P. Daniel, tome II, p. 445-457, les Mémoires du duc de Luynes, tome I, p. 88-90, etc.

Roi, piqué d'avoir longtemps inutilement travaillé à l'engager de la vendre à M. du Maine, qu'il en consola enfin par mettre les carabiniers en corps sous sa charge1, avoit continué à maltraiter le comte d'Auvergne dans ses2 fonctions, et à le traiter médiocrement bien d'ailleurs3. G'étoit une manière de bœuf ou de sanglier fort glorieux et fort court d'esprit, toujours occupé, et toujours embarrassé de son rang, et pourtant fort à la cour et dans le monde ; d'ailleurs honnête homme, fort brave homme, et officier jusqu'à un certain point. Il étoit fort ancien lieutenant général4, il avoit bien et longtemps servi; lui et M. de Soubise, quoique se voulant donner pour princes, avoient été fort mortifiés de5 n'être point maréchaux de France, et tous deux ne servoient plus0. Le comte d'Auvergne, par les tristes aventures de ses deux fils laïcs7, n'en avoit plus que deux, l'un et l'autre dans l'Eglise 8; des trois fils de M. de Bouillon, les9 deux aînés étoient fort mal avec le Roi : restoitle comte d'Evreux10, dont la figure et le jar-

1. Voyez notre tome I, p. 131, 282 et 560. Dès 1689, le jeune prince avait demandé à Mme de Maintenon de lui faire faire le troc de ses galères contre la cavalerie {Correspondance générale, tome III, p. 197); mais le comte d'Auvergne ne s'était débarrassé que du régiment Colonel-général, et, l'acheteur en ayant été tué quatre ans plus tard, il l'avait revendu encore plus cher que la première fois, cent dix mille livres. Sur la charge de colonel général, il avait obtenu, en novembre 1697, un brevet de retenue de trois cent mille livres.

2. Ses corrige les, et, plus loin, à le trailter est en interligne.

3. Saint-Simon a parlé déjà (tome II, p. 210) des « couleuvres dont on le nourrissait. » Jusque-là, le comte avait joui des entrées les plus familières, joué avec le Roi, etc. Voyez la Relation de Spanheim, en 1690, p. 128-129, et, en 1700, p. 414.

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