BRANTÔME
(Fragment inédit de Saint-Simon-.
« .... Le célèbre Brantôme étoit dernier fils du frère de ce cardinal (Hélie de Bourdeille), duquel il ne paroit pas s'honorer beaucoup, quoiqu'il fasse volontiers grand cas de ses proches, témoin de tout ce qu'il dit de la sénéchale de Poitou sa grand mère, femme3 d'André de Vivonne, seigneur de la Châtaigneraye, desquels sa mère étoit fille, et tout ce qu'il dit sur les Jarnacs et sur le duel célèbre où le frère de sa mère fut tué. Ses mémoires, si curieux, si singuliers, si instructifs, sont trop connus pour en rien dire ici, et l'ont trop fait connoître pour s'étendre ici sur lui. A la mode du temps, il avoit l'abbaye de Brantôme4, parce qu'elle joignoit Bourdeille5; il en portoit le nom comme d'une terre et vécut toute sa vie en soldat et en courtisan séculier. Il s'ennuya de sa vieillesse et de la perte de ses amis et de tout ce qu'il avoit vu et connu, et mourut chagrin, dans une retraite de dégoût, mal content de sa fortune, 15 juillet 1614, fort vieux, en Périgord, en son château de Richemont6. Il avoit été un des gentilshommes de la chambre de Charles IX et d'Henri III7, et chambellan du duc d'Alençon, leur frère, qu'il suivit en ses étranges expéditions de Flandres. Il étoit chevalier de Saint-Michel, et on voit combien l'avilissement de cet ordre, et de n'avoir pas été de celui du Saint-Esprit, lui tenoit au cœur. On voit encore son adoration pour tout ce qui étoit Guise : ce qui n'est pas un petit inconvénient pour ses Mémoires. Il vécut jusqu'à quatre-vingtsept ans8, et il étoit frère du père de notre chevalier du Saint-Esprit9. »