I. Voyez le Mémoire de Gibert, p. Al-Vl
Page 7, note 2. Les Archives possèdent (K 1684, n° \) l'original de a déclaration signée par Philippe V le 29 octobre 1703, et contresignée par le despacho. Le nom du duc d'Orléans n'y est point prononcé, comme on va le voir :
« Don Phelipe, etc. Reconoccendo que el rey Carlos segundo, nostro zio (que esta en el cielo), en su thestamento de dos de octobre del anno pasado de mil y setecientos (devaso de cuia disposicion murio), y observando las leyes de estos regnos, me instituyo y nombro por subceior y heredero de ellos, y, faltando mi posteridad, o poscyendo la corona de Francia, subceda en estos regnos el duque de Berri, mi hermano, y, despues de el, en los mismos câuos, hizo los llamamentos que expresa el thestamento referido, tomando uno de cada vama de los llamados a esta subcesion ; y siendo de mi obligacion y conciencia cl declarar con mas extencion los llamamentos que comprehende la voluntad del rey mi zio, y en consequencia de las leyes fundamentales de estos reynos que tengo juradas, y el derecho que, par ellas y la posession y dominio en que estoi de estos reynos, como heredero lexitimo de ellos, me compete, por la présente, declaro que, evaquada la subcecion de la serma reyna de Francia dona Maria-ïheresa mi abuela, estan llamados los subceiores de la serma reyna de Francia dona Anna mi visabuela, y despues las demas ligneas explicadas por el rey mi zio, par conforme a su voluntad y a las leyes de estos regnos, para cuia observancia lie querido hacer (como la hago) esta declaracion ante el infrascripto mi secretario de Estado y del despacho universal, y quiero y mando se ponga original en el Archevio de Simancas, junta con el thestamento del rey mi zio, y pasando copia authorizada de ella anni consejos de Estado, Castilla, Aragon e Italia, y ani lo otorgo y firmo siendo festigos, don Manuel Arias, arcobispo de Sevilla y governador de Consejo, don Antonio de Toledo, marques de Mancera, mi gentilhombre de camara y présidente de el de Italia, y don Juan Alonso (Haros de Guzman-el-Bueno, duque de Medina-Sidonia, gentilhombre de mi camara y mi cavallerizo mayor (todos de mi consejo de Estado). En Madrid, a veynte y nueve de octoubre de mil setecientos y très.
« Yo el Rey.
« Man., arc. de Sova. El marques Mancera. Medina-Sidonia.
« Ante mi :
« Antonio de Ubilla y Médina. »
Page 13, note 2, Mme de Scudéry écrivait à Bussy-Rabutin, le 12 mars 1679 : « Le marquis de Chamilly vient d'épouser Mlle de Villeflix, qui a huit cent mille livres de bien. Ces Chamilly-là sont bien heureux ! » Bussy répond : « Si Mlle de Villeflix avoit cent mille livres de bien, Chamilly seroit bien heureux. 11 Test toujours beaucoup. » (Correspondance de Bussij, tome IV, p. 328 et 330.) Comparez le Mercure, d'avril 1679, p. 159-162.
Page 14, note o. On voit, dans la même Correspondance, tome I, p. 29, que Chamilly avait rempli les fonctions d'aide de camp auprès du Roi en mai 1667. Il y est aussi parlé de sa glorieuse défense de Grave (tome II, p. 386-387 et 406-407). L'évoque de Verdun écrivant à ce propos (p. 407) : « Que pensez-vous de cet homme-là? Lavezvous vu servir? J'ai ouï dire à des gens du métier que c'étoit un brave homme; et puis c'est tout; » Bussy, jaloux de ce succès, répond (p. 409) que ce sont des combinaisons favorables de la fortune, du côté des assiégeants comme du côté des assiégés, qui ont fait considérer, par presque tout le monde, la défense de Grave comme une merveille, et que cependant « tous les braves gens du Royaume qui auroient été ignorants auroient fait autant que Chamilly. »
Page 37, note 6. Effacez la fin, à partir de : et la Milice, etc.
Page 41, note 2, ligne 2. Au lieu de la, lisez : le.
Page 74, note 5. Ajoutez l'indication : Mémoires de Sourches,tome VIII, p. 54.
Page 89, note 4. Le P. Léonard nous a conservé (Arch. nat., M 766, n° 1) la lettre suivante de M. du Héron, l'officier général blessé mortellement trois mois plus tard, à Mùnderkingen, sur l'expédition de la vallée de la Kinzig :
« Du 7e mai 1703.
« Nous sommes à la veille de joindre M. l'électeur de Bavière. M. de Montigny, avec cent cinquante chevaux, est venu apporter à Monsieur le maréchal la nouvelle que ce prince est à Ehingen, sur le Danube, au-dessus d'Ulm, avec un corps de troupes, et qu'il a fait préparer du pain pour huit jours pour l'armée du Roi, et de l'avoine pour la cavalerie. Il ne s'avancera pas davantage, pour ménager la sienne, qui est aussi fatiguée des longues marches qu'elle a faites que la nôtre. M. de Monasterol et M. de Siméoni partiront demain avec M. de Montigny. M. le maréchal de Villars les suivra apparemment après-demain, avec M. le comte du Bourg, pour s'aboucher avec ce prince. Il commence à respirer.
« M. Schlick est aux environs de Passau, et n'ose entrer en Bavière, où l'Empereur lui a défendu de faire des hostilités. Les Saxons l'ont quitté ; ils sont cependant encore dans le Palatinat. Il y a bien de l'apparence que, sur la nouvelle de notre jonction, ils se retireront. Les troupes de Franconie sont retournées chez elles après avoir bombardé inutilement pendant dix ou douze jours. Le comte de Stirum est à Suabischegemund. L'Empereur n'a pas voulu ratifier le traité de
neutralité de la ville de Ratisbonue. M. l'Électeur y a deux mille hommes, commandés par M. de Santini. On dit que l'évêquc de Passau ne veut plus permettre aux troupes impériales de passer dans sa ville. M. l'électeur de Bavière mande à M. de Monasterol qu'il a des idées réjouissantes, qui loi font digérer les couleuvres qu'il a avalées. On croit qu'il étendra son armée et celle du Roi le long du Danube, pour la laisser reposer et rétablir nos chevaux, qui ont besoin de repos. Les Impériaux ne pouvoient pas croire qu'il nous fût possible de pénétrer au travers des montagnes que nous avons passées. Il n'a tenu qu'à eux de nous en empêcher, s'ils avoient su ou voulu profiter des avantages que la situation des lieux où nous avons marché leur fournissoit. Il est étonnant que, grands remueurs de terre qu'ils sont, ils n'en aient pas remué, ou du moins abattu des arbres dans des endroits fort étroits, et qu'ils auroient rendus, par ce moyen, impraticables. 11 est constant que, s'ils avoient pris cette précaution, qu'ils eussent eu quelque infanterie qui eût voltigé dans les montagnes, il eût été difficile, pour ne pas dire davantage, de surmonter ces obstacles.
<> M. de Blainville, qui a voit l'avant-garde, a poussé toujours leurs troupes devant lui. Le commandant de Hasslach voulut se défendre : il fut obligé de se rendre prisonnier de guerre, avec sa garnison de cent quatre-vingts hommes. Les troupes qui étoient dans les redoutes proches de cette ville se retirèrent à la vue de celles de M. de Blainville. Il s'avança à Hausach, où les ennemis avoient des lignes qui n'étoient pas encore perfectionnées, avec un petit fort à cinq bastions. Ils ne les soutinrent pas, et se retirèrent sans attendre qu'on les attaquât. Les lignes étoient clayonnées, pour soutenir les terres, avec un art et une propreté admirable. M. le maréchal de Villars joignit en cet endroit M. de Blainville. Il pouvoit prendre la route de "Wolfach, ou celle de Hornberg. Il a paru que le comte Prosper de Fùrstenberg avoit plus d'attention à celle de Wolfach: Monsieur le maréchal la laissa à sa gauche, et s'avança vers Hornberg, où la vallée s'étrécit beaucoup. Il trouva des retranchements, à la portée du mousquet de la ville, qui occupoient toute la largeur de la vallée. Du côté de la gauche des ennemis, ils étoient continués jusqu'à la moitié de la montagne ; le reste étoit seulement tracé par un abatis d'arbres. Sur leur droite, ils ne s'étendoient pas fort loin; mais ce qui en étoit fait étoit palissade. Mais les ennemis occupoient une petite plate-forme qui étoit au sommet de la montagne sur laquelle ces retranchements étoient commencés. Monsieur le maréchal fit monter huit compagnies de grenadiers, les brigades de Champagne et de la Reine, sur sa gauche, celle de Dauphin sur sa droite. Il n'y eut que cette dernière qui put joindre un détachement des ennemis, qu'elle surprit, ayant fait le tour des montagnes. A la vue de ces troupes, les ennemis se retirèrent dans les montagnes, où on en a pris environ une centaine, un major, trois capitaines et un enseigne.
« Lorsque l'on est à Hornberg, on trouve deux gorges.de montagnes.
L'une mène à Fréyberg. Les ennemis l'avoient coupée par un retranchement, dont les pièces de bois de sapin, d'environ six pieds de longueur, soutenoient les terres. Ils avoient négligé d'en faire une sur'la route de Villingen. Pour la suivre, il faut monter par des chemins très étroits, où il eût été impossible de faire passer des chariots et des caissons, et même des mulets, si nous avions trouvé bien des bois abattus et les chemins rompus. Au haut de la montagne, les ennemis avoient élevé un retranchemeut contre M. l'électeur de Bavière. La descente de cette montagne, en allant vers Villingen, eût été au moins aussi difficile que la montée, si les ennemis avoient voulu y travailler. Monsieur le maréchal alla camper d'Hornberg à Saint-Georges, où les gros équipages commencèrent à le joindre, le lendemain, à Mùnchweiler, où tout ce qui n'a pas été rompu se joignit avec l'arrière-gardc, que M. de Lannion commandoit. Il y a séjourné un jour à Mùnchweiler pour l'attendre. Pendant ce jour de séjour, il fit tirer quelques volées de canon à Villingen, et même quelques boulets rouges, que je crois avoir été mal rougis. Le gouverneur ne se laissa point épouvanter. Monsieur le maréchal ne jugea pas à propos de s'amuser à l'attaquer dans les formes ; il vint hier camper à Donaueschingen, petite ville appartenant au prince de Fùrstenberg. fameuse par la source du Danube. Elle est dans la cour du château, clans une enceinte de murailles d'environ trente pieds en carré. Elle coule dans un canal au travers de la cour et va joindre de petits ruisseaux qui viennent de Saint-Georges et de Mùnchweiler, qui lui cèdent l'honneur de donner le nom au plus grand fleuve de l'Europe. Le ruisseau qui passe à Saint-Georges va à Villingen. Cette ville est de figure ovale; elle a deux enveloppes : les murailles des maisons font une partie de l'intérieure; l'extérieure est terrassée jusqu'à une certaine hauteur. Elle n'a pour défense que des créneaux, et n'est flanquée que de mauvaises tours, fort éloignées les unes des autres. Les ennemis avoient fait des redans devant les portes et les avoient palissades. Le fossé est revêtu ; il y coule de l'eau. Il n'y a aucun dehors; elle est commandée de tous côtés. Elle n'eût pas tenu vingt-quatre heures, si Monsieur le maréchal l'avoit attaquée. Un commissaire provincial y a été emporté d'une volée de canon, et un autre blessé. M. de Lannion n'a pas été inquiété dans son arrière-garde. »
Page 91, note 5. Le même recueil de Lettres historiques concernant l'histoire civile de France formé par le P. Léonard (Arch. nat., M 766, n° 1) contient une copie de la lettre qui suit, écrite de Meringue (Môhringen), le 15 ou le M mai 1703. Une autre lettre, du 15, rapporte exactement les mêmes faits. On remarquera que la première donne la date du 11 mai pour la jonction, tandis que Saint-Simon place au 12, ainsi que Dangeau, la première entrevue de Villars avec l'Électeur, et que ce serait le 9 selon les Mémoires militaires de Pelct, p. 582. La seconde des lettres recueillies par le P. Léonard donne aussi la date du 12, de même que la Gazette, p. 252. Sur la copie de celle qu'on va lire, la date de quantième 17 a été corrigée en 15.
« 11 n'est point parti de courrier depuis le 8 dernier, et ce fut le 11 que se fit l'entrevue de M. l'électeur de Bavière et de M. le maréchal de Villars. J'y étois. M. de Villars ne devoit arriver chez M. l'Électeur qu'à midi, et, ce jour-là, il pleuvoit beaucoup. Cependant, dans l'impatience où étoit M. l'Électeur de voir Monsieur le maréchal, il monta à cheval dès le matin, et s'avança de hauteur en hauteur, avec une assez grosse escorte, envoyant courrier sur courrier pour en apprendre des nouvelles. Enfin, dès qu'il le sut à une lieue, il doubla le pas, et, dès qu'il vit nos troupes, il se mit au galop; et enfin, reconnoissant de loin M. de Villars, il poussa droit à lui à toute jambe, et, sans lui donner le loisir de descendre de cheval, il se jeta à son col et l'embrassa tendrement, mais avec tant de vivacité, que nous crûmes un moment qu'ils alloient tous deux tomber par terre.
« Ce furent des démonstrations de joie de part et d'autre, qui faisoient plaisir à voir. M. l'Électeur laissa môme paroitre quelques larmes, et dit à Monsieur le maréchal qu'il n'y avoit rien qui ne fut au-dessous du service qu'il venoit de lui rendre, qu'il ne lui devoit pas moins que ses États et le salut de sa famille. Monsieur le maréchal eut à peine le loisir de lui dire que les ordres du Roi étoient si précis, non seulement de tout tenter, mais de tout hasarder pour venir à son secours, et que les troupes et les officiers qu'il avoit l'honneur de commander étoient si dévoués au service et à la gloire de S. M., qu'il avoit toujours espéré que rien ne leur seroit impossible; que d'ailleurs l'ancien et respectueux attachement qu'il avoit toujours eu pour S. A. El. avoit redoublé l'ardeur qui étoit nécessaire pour surmonter tous les obstacles. M. l'Électeur lui dit poliment : « C'est à Frédéric-Barberousse « que ma maison doit l'électoral; c'est à vous, Monsieur le maréchal, « à qui j'en dois la conservation. Je l'ai vu perdu, ajouta-t-il, et vous « me le rendez. » 11 lui conta alors le terrible désespoir où l'avoit jeté, six jours auparavant, une lettre interceptée de M. de Bade au cardinal Lamberg, où il marquoit que M. de Villars s'étoit retiré de devant ses retranchements, et que tout autre passage étoit impossible. « Quelle « joie ai-je eue, dit-il, d'apprendre, le même jour, que vous aviez enfin « heureusement passé les montagnes! Je n'en aurai jamais une pareille « de ma vie. » Monsieur le maréchal lui présenta ensuite les officiers de considération qui l'avoient accompagné, et il les reçut avec toute la politesse du monde; chacun étoit charmé des manières de ce prince. Il n'est pas fort grand, mais bien fait, et l'air tout à fait gracieux. C'étoit une joie universelle. On se mit en marche, et on les laissa s'entretenir seuls, tandis que les François et les Bavarois s'embrassoient et faisoient connoissance par l'entremise de M. de Monasterol et de M. Siméoni.
« Nous trouvâmes l'armée bavaroise en bataille. M. l'Électeur, pour faire honneur à Monsieur le maréchal, ordonna trois salves de toute l'artillerie et de toute la mousqueterie, et, pour signal de chaque salve, M. l'Électeur crioit : « Vive le Roi! » en jetant son chapeau en l'air.
On dina, et l'on but de bon cœur à la santé du Roi. C'étoit un plaisir de voir la joie des officiers bavarois peinte sur leur visage, et avec quel empressement, au sortir de table, chacun d'eux se montroit à Monsieur le maréchal, et comment ils le dévoroient des yeux. Si cette journée fut si agréable pour nous, jugez ce qu'elle fut pour lui, vif et sensible comme il est.
« Les jours suivants, M. l'Électeur a eu de grandes conférences avec Monsieur le maréchal. Tout ce que nous voyons nous promet entre eux une longue et parfaite intelligence. Le quartier de M. l'Électeur est à une demi-lieue d'ici. On dit que nous serons encore trois semaines dans ce pays-ci, qui est excellent pour raccommoder les troupes. Ce temps peut être bien nécessaire pour convenir de quelque chose avec les Cercles. Vous saurez plus tôt que nous leurs dispositions, et ce seront peut-être des nouvelles pour vous tandis que ce sera encore un mystère pour nous. L'eau du Danube est belle ici; mais nous croyons qu'elle est encore plus belle à cent cinquante lieues. »
Page 93, note 2. Le chevalier d'Hautefeuille était, en -1654, lieutenant des gardes du duc de Guise, sous les ordres du chevalier de Forbin (Gazette de 1655, p. 50).
Page 103, note 1. Mme de Scudéry annonça en ces termes, à Bussy- Rabutin (Correspondance, tome V, p. 217), la fin du comte de Brancas, en janvier 1681 : « Il est mort fort chrétiennement. On demanda, au coucher du Roi, s'il n'avoit point fait de testament; ce badin de comte de Gramont répondit que oui, et qu'il avoit fondé un hôpital pour tous les princes et les ducs de France ruinés. » Bussy réplique, quelques jours plus tard (p. 220), qu'il ne sait à quoi le défunt a pu manger le bien de sa femme.
Page 120, note 5. Nous savons déjà que l'archevêque de Reims avait une situation difficile à cause de ses anciennes relations avec Arnauld, et que les jésuites le poursuivaient de leur rancune. Fut-il compromis réellement dans l'affaire de mai 1703? C'est ce qui semble résulter de la lettre que Fénelon écrivit le 4 juin suivant à son confident l'abbé de Langeron. Nous y lisons ces phrases : « Si on peut trouver (dans les papiers de Quesnel) des gens comme M. Boileau, M. du Guet et le P. de la Tour, il faut les écarter et ôter toute ressource de conseil à M. le cardinal de Noailles. Si M. l'archevêque de Reims n'est pas attaqué sur sa lettre à M. Vivant, il faudroit au moins lui faire dire d'aller résider dans son diocèse. Les docteurs du parti seroient étonnés faute de chef.... Noubliez pas de faire savoir au Bon duc (de Beauvillier) et au P. de la Chaise ce qu'on doit chercher dans les papiers saisis à Bruxelles.... »
Le curé Vivant dont Fénelon parle était syndic de la Faculté de théologie. Ce fut un des plus actifs collaborateurs du cardinal de Noailles, et il engagea avec M. Petitpied, sur le Cas de conscience, une correspondance qui fut rendue publique en 1704. Après avoir été des premiers à signer le Cas, il en devint le proscripteur le plus acharné.
Mais Fénelon ne parlait que des papiers saisis à Bruxelles, et nou de ceux d'Hautvillers. Dans cette dernière maison, on voit, par les pièces publiées dans le recueil des Archives de la Bastille, tome XI, p. 126-131, que le religieux dont Saint-Simon ne donne pas le nom était dom Thierry de Viaixnes, un des auteurs présumés du Problème de 1698. Le 7 août, on découvrit ses papiers cachés dans sa paillasse, et quelques écrits de lui chez le sous-prieur. Saint-Simon dira, en 4706, que ces papiers étaient les originaux du Problème, écrits de la main de l'abbé Boileau de l'Archevêché, celui dont il nous a longuement parlé à ce sujet (tome VI, p. 98-104).
Effectivement, un autre récit de l'arrestation de dom Thierry à Paris, le 6 août, et de la saisie des papiers d'Hautvillers (Arch. nat., L 14, n° 1, fol. 49-50), porte que le lieutenant général d'Argenson fut chargé d'examiner ces papiers et y trouva l'original du Problème, mais écrit par un autre bénédictin de Saint- Vannes, dom Barthélémy Senac, qui était mort depuis, et seulement corrigé par dom Thierry.
En outre, il n'était plus question du Problème en 1703, mais bien du Cas de conscience, c'est-à-dire' de cette consultation mise en circulation depuis 1701, qui permettait, moyennant des réserves implicites, d'adhérer au Formulaire de 1684 et à la condamnation du livre de Jansénius. L'affaire, faisant trop de bruit, a été déférée à Rome en février 1703, immédiatement jugée par Clément XI, et un arrêt du Conseil du 5 mars a imposé le silence absolu de part et d'autre : de là sortiront, deux ans plus tard, la bulle Vineam Domini, et, en 1713, la bulle Unigenihis ou Constitution.
Dom Thierry de Viaixues, qui, depuis 1696, dirigeait à Hautvillers une sorte de conférence sur les sciences religieuses, était en correspondance avec Quesnel et en communauté d'idées avec l'archevêque de Reims. En 1697, il a écrit une défense de l'ordonnance de celui-ci contre les doctrines de Molina soutenues par les jésuites (notre tome Vf p. 1-5), mais n'a pas fait imprimer ce mémoire. En 1699, il lui a fourni des citations pour faire exiler le jésuite Flavet, comme coupable de nestorianisme. En 1700, il lui a fourni également, pour les produire à l'assemblée du clergé et au Roi lui-même, les cahiers d'enseignement d'un jésuite de Pont-à-Mousson, où il était dit qu'un roi pouvait faire assassiner un autre souverain qu'il savait se préparer à lui faire la guerre. Ce sont ces dénonciations et les Préfaces qu'il a fait paraître en 1701, en tête du livre de Lemos sur la Congrégation de Auxiliis, puis, en 170*2, en tête d'une nouvelle édition du livre de Richer De ecclesiastica et politica polestate, qui lui ont valu de puissantes inimitiés. Son arrestation fut motivée (Nouvelles ecclésiastiques de 1735, p. 200) de ce que les écrits de Richer prétendaient soumettre le Roi aux états généraux, comme le Pape au Concile. D'autres arrestations eurent lieu en même temps, ou peu après. La principale fut celle d'un bénédictin apostat qui était allé se réfugier auprès de Quesnel, dom Gabriel Gerberon, auteur d'une Histoire générale du jansé-
iiisme publiée en 1700, et l'un de ceux aussi à qui on avait attribué le Problème (ci-dessus, p. 117, note 1); puis, on octobre 1703, celle de Germain Willaert ou Vuillart, qu'on appelait le « procureur général de l'ordre des jansénistes, » celle du prieur des bénédictins de Mculan, dom Jean Thiroux, celle enfin du Poitevin P.-Fr. d'Arembcrg du Piessis, qui avait fait évader Quesnel des prisons de Bruxelles. Tous furent envoyés en prison : Vuillart passa le reste de ses jours à la Bastille, dom J. Thiroux sept ans, d'Aremberg dix; dom Gerberon, livré aux agents de la France, fut enfermé, malgré son très grand âge, dans la citadelle d'Amiens, puis au château de Vincennes, et n'en sortit que moyennant abjuration de ses erreurs, au bout de dix années; le sousprieur d'Hautvillers fut seulement invité, par un ordre secret du Roi, à venir se disculper à Versailles ; mais dom Thierry, arrêté le 6 août à Paris, resta en prison ou en observation jusqu'à la mort de Louis XIV. Il se retira alors à l'abbaye de Beaulieu, dans l'Argonne.
On possède, dans un manuscrit de Port-Royal, un certain nombre de lettres autographes qu'il écrivit de là à Mme de Caumartin, son ancienne et tidèle protectrice. M. Gazier a bien voulu me les communiquer. Le religieux y répète à plusieurs reprises que la saisie de ses manuscrits, remis aux jésuites ses ennemis, l'a absolument ruiné. Dans celle du 19 janvier 1716, il dit : « Un libraire m'offrit dix mille francs des seuls onze volumes in-folio écrits de la propre main de Richer, à condition de les faire copier et de me rendre les originaux, quand le tout seroit imprimé et en vente. On m'a tout enlevé, sans que jamais, pendant plus de douze ans de persécution, quatre ans d'exil et plus de huit ans de prison, on ait osé me faire juridiquement aucun reproche contre ma foi ni mes mœurs. » Ces papiers et tous les autres, il en réclamait la restitution, et demandait pour cela les bons offices de M. d'Argenson, qui kii avait été déjà favorable. Dans une autre lettre du 18 juin suivant, où il détaille encore les papiers objet de ces réclamations, nous lisons : « On me mande de Paris, le 29 mai, que M. le Régent a donné ordre à M. d'Argenson de faire porter tous les manuscrits de Richer qui m'ont été enlevés à la Bibliothèque du Roi, que cela n'est point exécute, sans qu'on en sache la raison, et que, quand ils seront en ce dépôt, je serai bien reçu à faire mes demandes.... »
Page 1°27, note 1. Le P. Léonard a recueilli cette lettre, sur la mort de Gourville, qui se trouve aujourd'hui dans le registre des Archives nationales coté MM 825, fol. 54 :
« De Saint-Maur, ce jeudi 28 juin 1703.
« M. de Gourville, sur la minuit, sentant une grande colique, appela son valet de chambre, qui fit chauffer des linges. La colique apaisée, pour témoigner qu'il se portoit bien, il se mit à chanter une chanson à sa manière, et renvoya son valet de chambre ; mais, une heure après, il le rappela. « Je sens, dit-il, que mon mal devient sérieux ; faites « venir du secours, appelez mon neveu; je suis pressé. Mettez-moi
« dans mon fauteuil. » Plusieurs personnes entrent au bruit dans la chambre; on le met près du feu, on lui donne de l'eau de la reine de Hongrie. M. de Gourville, dont je tiens ce détail, prend la main de son oncle ; il cherche son pouls, il ne le trouve point. Le mouvement des mains fait lever la tète à M. de Gourville : il regarde son neveu sans rien dire; la tête retombe. Les médecins arrivent, et M. de Gourville meurt sur les quatre heures du matin. On l'a ouvert; on ne lui a trouvé aucune cause de mort. Il s'étoit beaucoup appliqué, depuis quelque temps, à revoir ses Mémoires; on croit que cette grande application d'un homme de quatre-vingt-deux ans a précipité la mort.
« M. de Gourville n'avoit aucune étude, mais beaucoup d'esprit, de bon sens et d'application, d'ordre et d'économie. Il étoit né pour gouverner un État. Ses amis disent qu'il avoit le mérite et le génie de feu M. Colbert, surintendant des finances. On sait qu'il a mis un grand ordre dans la maison de Monsieur le Prince et fait valoir ses droits et revenus. M. de Gourville avoit été dans les affaires et employé par M. Foucquet ; on lui fit même son procès : il y a une requête terrible donnée contre lui par M. Talon. M. de Gourville a fait des Mémoires qui courent depuis un an dans le monde. L'abbé de Caumartin les a vus et examinés, et son jugement est qu'ils sont mal arrangés et écrits sans style, que les faits en sont certains, que M. de Gourville n'y parle que des choses qu'il a vues ou traitées lui-même, qu'il a fait l'histoire de sa vie et de sa fortune, qu'il rapporte des choses vraies, mais qui ne lui sont point d'honneur, ni à sa famille, comme d'un vol considérable qu'il fit en Flandre, accompagné de six bandits, chez un homme qui venoit de recevoir de l'argent, et dont il a depuis fait la restitution, même des intérêts. Après cela, il n'y a pas lieu de croire que les héritiers de M. Gourville veuillent donner ses Mémoires au public.
« Sire Jean Hérault, seigneur de Gourville, conseiller du Roi en tous « ses conseils, surintendant des maison et affaires de Monsieur le « Prince, » voilà les qualités que l'on a données à M. de Gourville dans son billet d'enterrement. M. de Gourville a laissé vingt-cinq ou trente neveux ou petits-neveux. Il a fait son légataire universel M. Maret, intendant de la maison de Monsieur le Prince. Il a donné, il y a plusieurs années, la terre de Gourville au fils de son frère, à la charge de porter le nom de Gourville. Feu Monsieur le Prince avoit donné à vie, à M. de Gourville, la terre de Saint-Maur, à la charge de lui rembourser toutes les augmentations et améliorations qu'il pourroit y avoir faites quand on la retireroit de ses mains. Monsieur le Duc d'aujourd'hui, qui n'aime point Chantilly, a retiré la terre de Saint- Maur, et, au lieu de la restitution des avances faites, qui montoient à plus de quatre cent mille francs, faites sur la terre de Saint-Maur, M. de Gourville s'est contenté de vingt mille livres de rente de pension viagère, à condition que le sieur de Gourville, son neveu, demeurera capitaine du château de Saint-Maur avec une pension de dix mille
livres qui auroif cours après l'extinction de celle de vingt mille francs. « M. de Gourville, capitaine du château de Saint-Maur, âgé d'environ quarante-cinq ans, n'est point marié ; il a beaucoup d'esprit et de politesse; il a été envoyé du Roi à Hanovre, il a fait une belle dépense, il joue avec Monsieur le Duc, avec M. le prince de Conti et avec tous les gens de sa cour, il mange avec Monsieur le Duc, il est de tous ses plaisirs; il a plus de vingt-cinq mille livres de rente, dont la terre de Gourville fait partie. M. Ranchin, secrétaire du Conseil, avoit une fort belle maison dans Saint-Maur : Monsieur le Duc l'a achetée, et en a fait présent à M. de Gourville. »
Page 136, note 2, ligne avant-dernière, lisez : « Jean, fait cardinal en 1611, par Paul V, mourut, etc. ».
Page 137, note 6, Jean-Casimir, dernier prince de la dynastie des Jagellons, fils cadet de Sigismond III et frère de Ladislas VII, roi de Pologne, avait d'abord secondé celui-ci dans ses projets de ligue contre la France; mais, poussé par la tempête sur les côtes de Provence, où il fut arrêté (Gazette, 1638, p. 369-371) et retenu en prison jusqu'en 1640, il n'avait recouvré sa liberté qu'à condition de ne plus servir contre nous. C'est alors que, comme cadet et par vocation, il se destina à la vie religieuse. Après avoir voulu se faire capucin à Vienne (Gazette de 1642, p. 1049), il alla prendre l'habit de la Société de Jésus à Lorette, le 23 septembre 1643, obtint des dispenses pour faire son noviciat et recevoir la prêtrise (Gazette, p. 934, 989 et 1049-1050), se rendit à Rome pour cet effet, y passa trois ans auprès du Pape, et fut déclaré cardinal par Innocent X le 28 mai 1646 (Gazette, p. 487, 529, 530 et 562), mais retourna auprès du roi son frère, qui n'approuvait pas sa prise d'habit (Gazette de 1644, p. 402, et de 1646, p. 1106), et, en mourant le 19 mai 1648, Ladislas le désigna pour recueillir la couronne de préférence à son autre frère Charles. Conformément à cette volonté, Casimir renvoya son chapeau au Pape (Gazette de 1648, p. 502 et 1030), prit tout de suite le titre de roi de Suède, comme héritier des Jagellons (il le conserva jusqu'en 1655), et, avec l'appui des représentants de la France, qui étaient alors le comte d'Arpajon et M. de Brégy, il fut élu par les Polonais le 20 novembre (ibidem., p. 1520- 1523, 1618, 1657, 1693, 1705, 1717-1728, 1745 et 1746; Gazette de 1649, p. 202-204 et 209-211). Relevé de ses vœux, le nouveau roi Jean-Casimir, ou Casimir V, épousa la veuve de son frère (contrat du 1er mars 1649: Arch. nat., KK 597, fol. 165-174), et il eut avec elle un règne assez brillant. Néanmoins, ses goûts de retraite et de piété reprenant le dessus, Louis XIV visa à obtenir qu'avant d'abdiquer la couronne, il l'assurât à un prince français, le fils du grand Condé, marié en 1663 avec une nièce de la reine. C'est dans ce sens que Monsieur de Béziers fut chargé d'agir, avec recommandation de ne point laisser risquer l'abdication, si l'élection n'était assurée pour la France (Arch. nat., K 1312; recueil des Instructions aux ambassadeurs en Pologne, tome I, p. 51- 84). La reine Marie jouait le premier rôle dans cette négociation, et
c'est elle qui fit désigner Bonsypour recevoir la nomination de Pologne dans la prochaine promotion de cardinaux, comme le prouve cette lettre de Louis XIV, datée du 31 décembre 1666 (Catalogue de la vente des autographes de M. Renard, 18 mai 1889, n° 87) : « Madame ma sœur, je n'entreprendrai pas ici de vous faire des remerciements de la nomination du sieur évêque de Béziers à la dignité de cardinal; ils seroient trop au-dessous d'un présent si considérable en soi et par ses circonstances. Ce que je puis dire est que je sens cette marque d'amitié dans toute son étendue, et que je n'aurai point de plus grande joie que de m'en pouvoir acquitter pleinement selon mon désir. Vous confirmant au surplus qu'il est impossible d'être avec plus d'estime que je suis, etc. » La cour de Pologne sut très mauvais gré au pape Alexandre VU de n'avoir pas tenu compte de cette nomination, et, lorsque Clément IX fut élu, Jean-Casimir eut soin de la renouveler (Gazette de 1667, p. 500, 524 et 752). Sur ces entrefaites, la reine étant venue à mourir le 9 mai 1667, et Casimir ne songeant plus qu'à une retraite immédiate, Louis XIV lui fit offrir un asile en France, avec les riches bénéfices que le duc de Verneuil allait abandonner, à condition qu'il reporterait son appui, non plus sur un Condé, mais sur M. de Neubourg, l'un des principaux contractants de la défunte ligue du Rhin. Casimir abdiqua enfin en juin 1668, et Bonsy prit congé de lui tout aussitôt. Le roi le suivit à quelques mois de distance, et fut pourvu immédiatement des huit abbayes de Saint-Germain-des-Prés, Fécamp, Saint-Taurin d'Évreux, Ourscamp, Tiron, Bonport, la Valasse et les Vaux-de-Cernay, formant un revenu de près de deux cent mille livres (Chambord, 13 octobre 1668). Jean Casimir vécut encore quatre ans, revenu des grandeurs du monde, et il mourut le 16-17 décembre 1672, non pas dans un de ses riches bénéfices, mais dans l'hôtel abbatial de Saint-Martin de Nevers, tenu alors par l'abbé Pierre de Vienne (Gazette, p. 1277). Les Archives nationales possèdent, dans les papiers des princes de Condé (K 1312), une liasse de pièces relatives à la maladie, à la mort et au testament du roi. D'autres documents français ont été produits dans le livre publié en polonais, en 1889, par M. K. Waliszewski, sous ce titre : les Relations diplomatiques entre la France et la Pologne, 1644-1667.
Page 137, note 9. Dans sa seconde mission (Instructions aux ambassadeurs en Pologne, tome I, p. 85-110), Bonsy arriva à Varsovie en avril 1669. L'élection ayant tourné, contre l'attente de tous, au profit du piaste Wisniowiecki, sans que Bonsy y eût été pour rien, Louis XIV continua cependant à solliciter pour son ambassadeur la nomination du nouveau monarque. On a le texte de la lettre écrite à cette occasion > avec une note du président Rose qui ferait croire que Bonsy avait donné de grosses gratifications à M. de Lionne pour rédiger la dépêche en termes pressants, et à la mère du roi régnant, pour appuyer la proposition (Œuvres de Louis XIV, tome V, p. 448); d'autre part, les Mémoires de l'abbé de Choisi) révèlent (tome II, p. 158-162) comment
cotte intrigue faillit empêcher la promotion du futur cardinal de Bouillon. Le duc de Chaulnes fut chargé d'appuyer les titres de Bonsy.
Page 142, note 4. 11 y a, dans le recueil des Pièces intéressantes et peu connues de 1781-1790, tome VIII, p. 365-371, quelques rectifications au récit fait par Gayot de Pitaval dans ses Causes célèbres.
Page 147, note 3, ligne 2. Lisez : Mercure du mois, p. 203-208; Gazette, p. 383.
Page 151, note 4. Ajoutez en tète : « Tome IV, p. 146. »
Page 165, note 4. La locution être dans la bouteille m'a fait remarquer dans la Gazette de 1651, p. 445, une correspondance de Rome où il est dit qu'un imposteur a été promené et fustigé dans les rues de cette ville, « portant pendue à son col une bouteille dans laquelle étaient deux chandelles allumées, et, sur icclle, la figure dont on dépeint le diable, et, outre cela, derrière et devant, deux tableaux avec ces mots : Le roi des sorciers et le prince des enchanteurs. »
Page 175, note 5. Henri IV, s'adressant aux magistrats du Parlement en 1599, disait, à ce que rapporte P. de l'Estoilc {Journaux, tome VII, p. 164) : « Je viens parler à vous, non point en habit royal, ni avec l'épée et la cape..., mais vêtu comme un père de famille, en pourpoint, pour parler franchement à ses enfants. » Saint-Simon raconte (tome XXI, p. 65) que le vieux Beringhen ne quitta jamais « l'habit de son temps, c'est-à-dire le pourpoint et le manteau, le rabat, les roses aux souliers et aux jarretières, et son cordon bleu au col, comme le portent les prélats. »
Page 182, note 3. Sur le chancelier Cheverny et sa famille, il faut voir aussi Bernier, Histoire de Blois (1682), p. 497-503. Ronsard a célébré « les esprits demi-dieux des Huraults ses ancêtres. »
Page 194, note 3. L'Estoile rapporte, en 1577, ce couplet d'une mascarade de vendangeurs (Journaux, tome I, p. 226) :
Vous cuvez trop votre vendange; Vous n'aurez que du ripopé.
Pour faire quelque doux mélange, Vous faut trouver un bon râpé.
Page 230, note 7. Louville écrivait à M. de Torcy, le 12 décembre 1702, au milieu d'une très longue lettre : « Vous saurez qu'à Luzzara, où le roi s'ennuyoit beaucoup parce qu'il n'avoit rien à faire et qu'on l'empêchoit tous les jours de monter à cheval (que cela soit dit entre nous, s'il vous plait, et ce qui, par parenthèse, me faisoit accuser d'aimer l'équitation; c'étoit le terme dont on se servoit pour me brocarder, parce que je conseillois toujours de monter à cheval), à Luzzara, dis-je, le roi, après dîner, qui étoit l'heure ordinairement où je n'allois pas chez lui, faisoit beaucoup d'enfances, et faisoit entrer, pour cela, beaucoup d'enfants et d'idiots, pour badiner avec lui, et, entre autres, un M. de Francinc, qui est un fat s'il y en eut jamais, et un petit prince d'Elbeuf, qui s'y introduisoit malgré le roi, car il ne le
pou voit souffrir, et avoit raison. Tous ces idiots et enfants, rassemblés ensemble, faisoient mille impertinences : on se crachoit au visage, on faisoit des potages, on les mangeoit, on se battoit quelquefois, et [on] faisoit mille choses de cette nature; et, pendant qu'on faisoit ce badinage très indécent, le roi, qui vouloit badiner quoiqu'il méprisât fort la plus grande partie de ceux avec qui il badinoit, appréhendoit fort que je ne vinsse pendant ce temps-là, et que je ne le surprisse en flagrant délit; et, pour cela, il faisoit mettre des sentinelles dans toutes les avenues par où je pouvois aborder.... »
Page 260, note 3. Joachim du Bellay disait, au seizième siècle :
Des âmes peu communes, Pour allonger leur gloire, accourcissent leurs ans.
Pages 279 et 280. Malgré l'abondance des documents réunis par M. le marquis de Vogué, il n'est pas facile d'établir le partage des responsabilités entre l'Électeur et Villars. Celui-ci, dans les lettres publiées jadis par Soulavie (Pièces- inédites, tome I, p. 244-292), ou dans ses propres Mémoires (tome II, p. 87-95, 108, 110 et suivantes), se plaint tantôt que ce sont les conseillers de l'Électeur qui veulent rester seuls maîtres des contributions, et qu'ils sont tout gagnés à l'Empereur; tantôt, que le prince lui-même, songeant toujours à un accommodement plus avantageux avec Vienne, barre tous les projets ; tantôt, que ses conseillers et ses généraux se laissent soudoyer par le Tyrol, plutôt que de le mettre à contribution et d'en tirer pour le moins cinq cent mille écus ; tantôt, que ses refus de marcher en avant donnent à croire ou qu'il a déjà conclu son pacte avec Vienne, ou qu'il est détourné de son vrai devoir par le dévouement de sa femme aux Impériaux, etc., etc. Mais l'Électeur ne récrimine pas moins aigrement, ni moins constamment, et ses lettres, celles de Monasterol,ou même celles de notre représentant officiel Ricous et du marquis d'Usson, présentent les faits sous un jour tout autre, et Saint-Simon semble s'être fait leur écho. Le 10 septembre, Monasterol écrit à Usson : « Les extravagances de Monsieur le maréchal vont trop loin. Il ruine les affaires du Roi et désespère S. A. El. L'affaire d'Augsbourg manquée par ses menées fait ouvrir les yeux à ceux qui vouloient bien les tenir clos sur d'autres sujets. Enfin nous avons tous levé le masque.... » Chacun se hâte alors de répondre qu'on a tout fait pour retenir Villars et qu'il n'est que trop vrai que ces divisions achèveront peut-être de ruiner les affaires. De son côté, Villars sollicite son rappel et multiplie ses lettres au Roi, à Chamillart, au duc de Bourgogne, à Tallard (10 septembre). C'est un congé qu'il veut à toute force, et être dégagé des fautes qui vont se commettre; peu lui importe qu'on dise : « Il ne pense qu'à sa femme, et ne veut qu'elle. » Sur ces entrefaites, le 12 septembre, l'aigreur empire sur la question de savoirs'il ne vaudrait pas mieux perdre la communication avec Ulm que de s'éloigner de la Bavière, et, le Conseil de guerre s'étant déclaré à l'unanimité pour Ulm, peut-être par
condescendance pour Viliars, l'Electeur protesta violemment. C'est sur ces entrefaites qu'eut lieu le combat d'Hochstedt, et, toujours préoccupé pour lui-même, l'Électeur ne voulut point qu'on se rabattît sur Ulm et Villingen pour opérer la jonction avec Tallard, mais exigea que l'armée victorieuse se retournât vers Augsbourg et le prince de Bade. Contraint et forcé, Viliars exécuta de mauvaise grâce cette opération, et ne sut point contraindre le prince de Bade au combat. De part et d'autre, les courriers partirent de nouveau pour Versailles et Paris. L'Électeur écrivait alors à son cher Monasterol : « 11 n'y a point de milieu à chercher entre le maréchal de Viliars et moi, quand il s'agit de prendre un parti que je connois pour le meilleur et approuvé des généraux, quand le maréchal y est contraire par ses vues particulières, qui sont deux : la première, de faire connoître à toute l'armée qu'on exécute ce qu'il veut malgré mes sentiments au contraire; et la seconde, son intérêt et ses commodités. Il en faudroit venir à l'extrémité de commander aux lieutenants généraux à l'exclusion du maréchal, et je sais bien que personne [ne] refuseroit à m'obéir : je ne me flatte pas sans raison que je suis considéré et estimé de toute l'armée, et crois n'en être pas haï autant que le maréchal de Viliars.... Je supplie le Roi très instamment de vouloir rappeler le maréchal de Viliars de cette armée, ou de trouver bon que je lui abandonne tout, famille, États et armée, et que, pour ma personne, je passe avec une escorte en Suisse.... » Cette lettre était du 30 septembre ; le 3 octobre, Viliars, en réponse à celles qu'il avait écrites le 10, reçut du Roi (avant que celui-ci eût connu la victoire d'Hochstedt) l'autorisation de reculer sur le Rhin, laissant l'Électeur libre de traiter avec Vienne, s'il ne lui restait d'autre ressource, et, de Chamillart, l'avis qu'il n'obtiendrait son congé qu'après avoir mené cette opération à bien. Sans dire franchement à l'Électeur ce qui le concernait dans ce plan, il ne lui laissa d'autre alternative que de suivre son mouvement rétrograde, et force fut au pauvre prince, après avoir pris Ricous à témoin de cette violence, de déclarer à ses généraux qu'il laisserait le comte d'Arco protéger ses États, et accompagnerait l'armée française. Il s'épancha dans une nouvelle lettre à Monasterol (12 octobre), où se trouve racontée, à peu près conforme au récit de Saint-Simon, la scène que nous avons ci-dessus, p. 279- 280. Mais Monasterol était déjà allé voir le Roi, ayant en main la lettre du 30 septembre; il avait trouvé le terrain tout préparé, Torcy gagné à l'Électeur par la correspondance de Ricous, et, sur la simple lecture des principaux articles, le Roi ordonna de rappeler Viliars et d'envoyer Marcin à sa place. Torcy fît une dépêche dans ce sens, le lendemain même, 14 octobre, dépêche que Tressemanes emporta. En annonçant le fait, Dangeau recueillit ce bruit (p. 320) que « l'Électeur ne s'accommodoit pas de M. de Viliars aussi bien qu'il eût été à souhaiter pour le service du Roi. » Mais le secret fut gardé sur les résolutions prises le 14, et l'on ne sut le remplacement de Viliars par Marcin que quinze jours plus tard, lorsque ce dernier était déjà parti de l'armée de Landau
(ibidem, p. 336). Dans l'intervalle, le Roi avait écrit de nouveau ("21 octobre) que, si l'Électeur ne voyait pas jour à préserver autrement ses Etats menacés par le prince de Bade, il eût à « travailler à faire son accommodement avec l'Empereur plutôt que de les perdre, et, dans cet accommodement, procurer une entière sûreté pour que l'armée du Roi pût rentrer en Alsace. » Ces lettres ont été publiées par Grimoard d'abord, puis, en partie, par Soulavie. Il n'est donc point exact, comme l'a écrit Villars dans ses propres Mémoires (tome II, p. 125), qu'on l'eût informé de traités déjà conclus sous main entre l'Électeur et l'Empereur.
Toutefois, il eut bien soin de soutenir que l'Électeur n'avait pas sollicité son rappel; que c'est lui-même qui, « par dégoût, avoit demandé son congé avec la plus grande instance, ne voulant point sacrifier sa gloire à toutes les fausses démarches qu'il étoit forcé de faire et à l'impossibilité de détacher le prince des traîtres qui n'étoient, chaque jour, occupés qu'à le vendre à l'Empereur « (Mémoires, tome II, p. 113). Et, tandis que Monasterol et Ricous se portaient garants des sympathies unanimes pour Max, lui, Villars, se vantait également d'être regretté et pleuré de toute l'armée. Il faut lire, là-dessus, dans le livre de M. de Vogué, sa réponse du 21 octobre aux condoléances de Mme de Maintenon, et surtout sa lettre du 4 novembre à son beau-frère Maisons- Poissy. Dans celle-ci, il prétend que ses relations n'ont jamais cessé d'être les plus amicales et les plus suivies avec l'Électeur, le « meilleur prince du monde; » que, s'il a demandé et voulu son rappel, c'est, non poin.t pour s'être brouillé avec le prince ou lui avoir déplu par instants, quand il avait tort, mais afin de ne pas garder la responsabilité d'événements faciles à prévoir. Tout le mal est venu de Monasterol.
En chemin, il reçut l'offre d'aller remplacer M. de Vaudémont contre Stahremberg; mais il la déclina dès son arrivée. Peut-être eût-il accepté d'aller en Portugal.
Quant à l'Électeur, très satisfait d'être délivré, il en remercia vivement Monasterol, mais sans se dissimuler les horreurs que Villars ne manquerait pas de débiter sur son compte.
Ils ne devaient plus se revoir que sur le sol français, après les désastres de 1709.
Page 287, note 5. L'Électeur écrivait à Monasterol, le 12 octobre : « Je laisserai à d'autres d'informer le Roi de ce qui se passe touchant les sauvegardes et autres vilainies de cette façon qui feront périr l'armée, si on n'y remédie. J'en parlerai aujourd'hui à l'intendant. Il eeroit bon qu'on réglât les sauvegardes.... Sachez qu'en Piémont le maréchal de Catinat ne les a jamais données, et, quand on lui en demandoit, il renvoyoit aux aides de camp du duc de Savoie. » Un mois plus tard, il se plaint que Villars ait « énervé » tout le pays par ses levées de contributions et empêché qu'on préparât les approvisionnements nécessaires; c'est au moins sept cent mille florins d'Allemagne qu'il emporte en France (Villars d'après sa correspondance, tome II, p. 397 et 445).
La Gazette d'Amsterdam, dans son n° ci, annonça de la frontière
suisse que le maréchal venait de passer à Bade avec un million de profit rapporté de la Souabe. C'était beaucoup plus selon les gazettes : ci-dessus, p. 154, fin de note. Ricous, nous dit M. de Vogué (Villars (V après sa correspondance, tome I, p. 257), faisait une évaluation inférieure : deux cent mille écus; Villars n'avoua jamais que deux cent dix mille livres, et son historien penche à croire le chiffre exact. J'ai déjà cité (p. 432) les lettres du maréchal à Chamillart publiées jadis par Soulavie. Dans celle du 23 octobre, il prétend (p. 290-291) n'avoir reçu que cent soixante-cinq mille livres depuis le 1er mai, à peine de quoi se dédommager d'une partie de ses frais d'équipage et de campagne, tandis que le maréchal de Boufflers, selon lui, avait fait cinq cent mille livres en deux mois de 1702. A cette date de mai 1703, le correspondant de Francfort écrivait à la Gazette (p. 273) : « Le maréchal de Villars fit demander de grandes contributions aux États de Souabe, principalement à ceux qui appartiennent à l'Empereur et qu'on appelle l'Autriche antérieure, et on assure que l'Électeur a fait dire aux cercles de Souabe et de Franconie qu'ils eussent à lui payer le contingent en argent qu'ils avoient accordé de fournir à la caisse militaire des alliés, puisqu'il n'est armé que pour maintenir les droits et les libertés de l'Empire. » A son tour, autorisé à couvrir sa dépense de général, M. de Marcin eut pour premier soin {Mémoires de Sourches, p. 266) d'assurer à ses troupes de délicieux quartiers d'hiver par des contributions qu'il imposa au Wurtemberg. Madame rapporte cette édifiante conversation entre les deux collègues (recueil Jacglé, tome 11, p. 5-6) : « Villars seul s'est enrichi, dans le Palatinat. Le maréchal de Marcin lui a dit un jour, en face, que ses richesses n'étaient que du bien mal acquis. « Ce n'est pas du bien mal acquis, répondit Villars, puisque le « Roi me l'a donné. » — « Le Roi ne saurait vous donner ce qui n'est « pas à lui, répondit Marcin, et je ne voudrais pas avoir autant à me « reprocher. » Nous reviendrons sur ce sujet en 1707. En somme, Villars avouait avoir prélevé pour lui-même une grosse part, mais sur les ennemis seulement (Siècle de Louis XIV, p. 340). C'est ainsi qu'il put payer l'acquisition de Vaux et ses magnifiques embellissements.
Page 305, note 3. Ajoutez : « La belle défense de 1703 valut au comte de Frise un titre de mestre de camp général impérial, le commandement de l'artillerie vacant par la mort du comte de Soissons, et un grade de lieutenant général anglais. En 1704, blessé à Donauwerth, il redevint commandant de Landau, que les alliés avaient repris. Passé feld-maréchal général en 1706, il mourut de maladie, à Rastadt, le 28 août 1706. — Son fils, Henri- Frédéric, né le 26 août 1681, était, en 1703, colonel d'un régiment du contingent hollandais. Il passa colonel des gardes du corps de l'électeur palatin, puis prit du service en Russie, revint à la cour de Saxe en 1712, fut ministre et favori du roi Auguste, dont il épousa la bâtarde en 1725, mais alla ensuite mourir en France, à Cette, le 6 décembre 1739. C'est le fils de celui-là qui, servant chez nous comme maréchal de camp, sous les ordres du maréchal de Saxe,
et étant fort bien en cour, hérita en 1750 du domaine de Chambord, où il mourut en 1755. L'histoire de ces comtes a été publiée en 1870, à Leipzig, par M. Henri de Friesen. »
Pages 316, note 5, et 514, note 2. A la fin de la lettre écrite de Perpignan, le 12 décembre 1702, à M. de Torcy, et qui n'a été qu'indiquée dans les Mémoires secrets, tome I, p. 371, Louville exposait comme il suit son avis sur la nécessité d'une intervention armée : « Au reste, quand on devroit m'accuser de me mêler de ce que je n'ai que faire, je ne puis m'empôcher de vous demander si l'on songe actuellement à ce qui peut arriver en Espagne l'année prochaine, où apparemment les ennemis, avec leur nombreuse armée navale, viendront soit par le Portugal, l'Andalousie, la Galice, ou même par la Catalogne. En supposant donc qu'ils feront de grands efforts de ce côté-là, quelle ressource aura le Roi pour s'y opposer? car ne comptez pas, je vous prie, sur les troupes d'Espagne de nouvelle levée, comme seront celles-là. Il faut donc des troupes étrangères, et il en faut absolument pour émeuter (?) les autres. Autrement, vous pouvez compter que rien ne s'opposera aux troupes angloises ; et, si vous n'envoyez pas dix bataillons d'infanterie françoise ou irlandoise, avec trois ou quatre bons régiments de cavalerie ou de dragons, pour joindre à une demi-douzaine de vieux bataillons et autant d'escadrons de vieilles troupes qui restent en Espagne, et faire une première ligne de cela, vous pouvez compter que toutes vos milices ne tiendront point, y eût-il cinquante mille hommes. Mais ce n'est pas le tout. Où prendrez-vous des généraux en Espagne? Confierez-vous le commandement de ses troupes à l'illustre marquis de Leganès, dont la fidélité répond à la capacité? Le donnerez-vous à Villadarias, qui est un brave officier, mais qui est un très petit général? Et de plus, peut-il être partout? Il n'y [a] pourtant que ces deux hommes-là qui aient vu la guerre. Las Torrès est encore un brave officier, et, s'il n'étoit question que de valeur, vous n'en pourriez pas trouver un meilleur, même en France; mais il faut bien se donner de garde de le faire commander en chef, car il n'en est pas capable. De plus, ne faut-il qu'un homme? Ne faut-il pas, sous lui, des officiers généraux? Or, il n'y en a point en Espagne. Ainsi, je crois qu'un maréchal de France seroit bien employé en Espagne pour être à la tête de tous ses bizarres commandements. Le maréchal de Choiseul, le maréchal de Catinat, si l'on ne veut plus s'en servir en France, M. de Tallard, tout cela seroit fort bon pour nous, et il ne faut pas moins certainement, car il faut un homme qui ait un ordre supérieur, pour que les Espagnols lui obéissent sans répugnance, avec trois ou quatre bons officiers généraux sous lui ; car, si les ennemis font leurs efforts du côté de l'Espagne la campagne prochaine, comme il y a tout sujet de le croire, peut-on seulement imaginer que le roi doive rester à Madrid pendant ce temps-là? Quelle honte seroit-cc pour lui, et quel affront pour les Espagnols, qui ont vu comme il a couru à la défense de l'Italie, et qui le verroient tranquille lorsqu'il s'agiroit de la défense de l'Es-
pagne? Pour moi, j'aimerois mieux le voir mort; et j'ai trop bonne opinion de lui pour croire qu'il fût possible de le retenir à Madrid, (-•■pendant, si vous ne lui envoyez ni troupes, ni généraux françois, il faut qu'il y reste, et il n'y a pas à hésiter; car il n'y a pas moyen de le confier à des généraux qui n'ont ni capacité, ni expérience, ni l'exposer à la tète des milices, toujours prêtes à fuir.... »
Page 534. La lettre n° 13, du 28 août 1703, dont nous n'avons donné que des fragments, contient, au troisième feuillet, ce passage sur le duc Victor-Amédée, que l'auteur des Mémoires secrets a réduit à six ou huit lignes :
« Monsieur le cardinal m'a fait confidence de ce que vous lui avez mandé au sujet de M. le duc de Savoie, et de la négociation qu'on veut entamer avec lui. Et n'est-ce point aussi pour plaire «à S. A. R. qu'on veut ménager cette habile femme ? Cela seroit assez plaisant. Si vous me permettiez, Monsieur, de me mêler de ce dont je n'ai que faire, je vous dirois franchement que j'ai bien mauvaise opinion de cette négociation ; qu'elle ne se fait apparemment que pour Taire plaisir à Phélypeaux, son grand admirateur ; que je suis très persuadé qu'elle ne réussira pas; que, quand elle réussiroit, comme il lui faudra donner quelque chose, dès qu'il aura obtenu ce quelque chose, il fera contre vous ce qu'il veut faire aujourd'hui, avec encore plus d'audace et de sûreté ; qu'amusés par cette négociation, nous manquerons le temps de le perdre, et que, au lieu de cela, il y auroit deux choses excellentes à faire : l'une, de lever des troupes, à quelque prix que ce soit, pour s'emparer de ses États, à condition de ne les lui jamais rendre et de sacrifier plutôt à cette entreprise le royaume de Naples et de Sicile ; l'autre, d'arrêter ses troupes à la fin de la campagne, et de les envoyer en Berry cten Anjou, et de l'enlever lui-même, s'il étoit possible, pour le conduire dans le château de Loches, et de le substituer au duc de Milan. C'est tout ce qu'il y a de bon à en faire. »