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2. Ce mémoire était l'œuvre de Joseph-Balthazar Gibert, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres et garde du Dépôt de la Pairie.
3. Ouvrage cité, Appendice, p. 47l'2-180. J'ai déjà inséré ces extraits dans le tome XXI et supplémentaire de l'édition de 1873, p. 387-390.
*< M. de Pontchartrain donna ordre, en 1703, à M. de Clairambault, généalogiste du Roi, de faire imprimer an Louvre les Statuts de l'ordre du Saint-Esprit. Un de ces statuts donne, en propres termes, la préséance aux princes issus de maison souveraine sur les ducs non princes. Quelques ducs, excessivement jaloux des privilèges qu'ils croyoient dus à leur dignité, s'intriguèrent alors pour faire insérer dans l'édition qu'on préparoit quelques additions qui pussent affoiblir la trop grande impression de cette préséance. M. le duc de Saint-Simon se montra le plus ardent; M. le duc de Chevreuse, sans faire paroître autant de chaleur et de vivacité, mit plus de suite dans cette espèce de trame secrète. Ils engagèrent enfin M. de Clairambault, qui s'y prêta avec peine, à faire un Avertissement qui, placé à la tête de l'édition, remplirait les vues des ducs. Cet Avertissement, minuté d'abord par le généalogiste, fut ensuite revu par les ducs, et corrigé de la propre main de M. de Chevreuse; et, tel qu'il sortit alors de leurs plumes, on nous l'offre aujourd'hui, et on nous le cite comme une autorité qui doit faire loi. Quelle loi?
« Nous savons qu'en 1688, c'est-à-dire cent huit ans après que le statut de la préséance des princes de naissance sur les ducs gentilshommes eut été fait, ces derniers portèrent pour la première fois leurs prétentions aux pieds du trône. Louis XIV, après avoir examiné les mémoires respectifs, décida contradictoirement et définitivement en faveur des princes issus de maisons souveraines. Il n'y eut, dans ce jugement, aucune réserve favorable aux nouvelles prétentions de MM. les ducs gentilshommes pour le rang dans l'ordre du Saint-Esprit, mais seulement pour les difficultés qui pourroient s'élever entre les princes et les ducs hors de l'Ordre, le Roi ayant déclaré que ce qui seroit réglé pour l'Ordre ne tireroit à aucune conséquence hors de l'Ordre. Il est vrai que Louis XIV ajouta.... « qu'il ne prétendoit régler, dans ce rôle, les rangs « que les ducs prétendent les uns sur les autres.... » Est-ce être fidèle et exact que d'appliquer cette réserve, qui ne regarde que les contestations des ducs gentilshommes entre eux, à la décision si précise du Roi en faveur de la préséance des princes de maisons souveraines?
« Nous savons surtout, sans craindre d'être démentis, que les termes de la « réserve si favorable aux ducs, » et citée par l'Anonyme, p. 42, comme étant de Louis XIV, ne sont point de ce monarque, et ne sont qu'un projet de protestation imaginé par les ducs pour être inséré un jour dans les registres1. M. de Clairambault, dans le VIe tome du recueil de la Pairie, p. 489, etc., a inséré une esquisse de la manière dont cette réserve devoit être énoncée. On y voit beaucoup d'embarras, des
expressions équivoques, des ratures. Il y est dit : « Le Roi permit à
« MM. les ducs de faire des protestations pour la conservation de leurs « droits, et ils me donnèrent celle qui suit.... » Et il ajoute, après
1. Ici, George] indique en note, dans le portefeuille 2 de Lancelot et dans les mss. Clairambault, sept formules différentes proposées par les ducs.
avoir raturé quelques mots : « qui se trouve dans mes registres. » Or, clans les registres1, cette protestation ne se trouve point : on se contente de renvoyer à l'Avertissement de 1703, que l'on cite comme preuve. On voit parla de quel prix est cet Avertissement pour les prétentions de MM. les ducs.
' « Voilà l'historique de cette manœuvre; voici les preuves.
Lettre de M. le duc de Saint-Simon à M. de Clair ambault.
« 12 juin 1703.
« M. de Pontchartrain m'a dit ce soir, Monsieur, que M. de Torcy « lui avoit demandé de faire imprimer au Louvre les Statuts de l'ordre « du Saint-Esprit.... Vous m'avez dit qu'on en a les originaux, où les « ducs sont nommés avant les princes, et vous savez qu'on les a falsi- « fiés, et, sur iceux, fait jurer le Roi en son sacre.... Voyez, au nom • de Dieu! ce qu'il y faut faire, et, si l'abbé Bignon y peut faire « quelque chose, mandez-moi comment il s'y faut prendre; car je lui « écrirai, et quitterai même tout pour aller à Paris, s'il le falloit. Je ne « sais si l'impression est commencée.... Dieu veuille que je ne sonne « pas cette fois un tocsin inutile !
« Le duc de Saint-Simon. »
Réponse de M. de Clair ambault.
« 13 juin 1703.
« 11 est vrai, Monsieur, qu'on doit réimprimer les Statuts et preuves de l'ordre du Saint-Esprit.... Dans ces réimpressions, on se sert ordinairement de la dernière impression, que l'on renouvelle. Cette dernière impression est fort différente des originaux qui sont entre les mains du grand trésorier; mais ces changements sont autorisés par les délibérations des chapitres depuis plus de cent ans. »
Lettre de M. de Clairambault à M. de Pontchartrain.
« 13 juin 1703.
« Monseigneur,
« J'ai reçu ce matin une lettre de M. le duc de Saint-Simon.... Je » connois sa vivacité.... Ce seroit une furieuse discussion d'entrer dans « l'examen de la différence des Statuts, et je crois que le Roi ne seroit « pas de ce goût. »
Réponse du ministre.
« Ce n'est point à M. de Saint-Simon à savoir ce que Ton veut faire « à l'égard des Statuts de l'Ordre.... Pressez l'impression. Je n'ai
1. Georgel parle des registres de l'Ordre; mais Clairambault ne parlait-il pas de ceux de la Pairie?
• pointa rendre compte à M. de Saint-Simon. Est-il établi syndic des « ducs?... »
Lettre de M. le duc de Chevreuse à M. le duc de Saint-Simon.
« 15 juin 1703. ■
« 11 n'est pas possible, Monsieur, d'ôter au public la connoissance
« d'une préséance actuellement existante, quoique abusive, et qu'il
« voit tous les jours. Aussi l'impression des Statuts de l'ordre du Saint-
« Esprit aux galeries du Louvre n'y ajoutera rien de nouveau et de
« réel. Ces Statuts sont d'ailleurs certainement approuvés par le Roi,
« et, pour dire plus, tout le monde sait que S. M., ses prédécesseurs
« et l'Ordre entier les ont exécutés, depuis plus de cent ans, comme
« leur unique règle. Il me paroît donc que le mieux est de laisser
« imprimer maintenant ces Statuts, et d'y ajouter, par forme d'Avis au
« lecteur, qu'ils avoient été faits autrement dans l'institution..., qu'ils
« furent changés sept ans après, par des raisons des temps.... Après
« quoi, on mettra tout du long le statut qui nous regarde.... Ce sera
« le moyen.... de tourner en bien le mal que nous craignons.... En ce
« cas, vous aurez la bonté de le dire à M. de Clairambault, atin qu'il
« en dresse le projet. »
Lettre de M. le duc de Saint-Simon à M. de Clairambault.
« 16 juin 1703.
« Je vous envoie, Monsieur, la réponse que m'a faite M. de Che- « vreuse.... Je vous supplie de vouloir bien travailler à ce qui vous est « demandé, parce qu'en cas de refus, cela vaut toujours mieux que « rien. »
Lettre de M. de Clairambault à M. le duc de Chevreuse.
<« 7 juillet 1703.
« Il paroît de conséquence de ne pas réveiller une querelle qui ne « plairoit pas au Roi.... Il n'est pas aisé de mettre sur le papier ce « qu'il peut y avoir pour et contre.... Je crois qu'il est de conséquence « de ne pas mettre ce fait en dissertation dans le public, ni avec per- « sonne de ceux qui ne sont pas obligés au secret. »
Réponse de M. le duc de Chevreuse.
« 13 juillet 1703.
« Après avoir proposé les additions favorables aux prétentions des ducs, il continue ainsi :
« Voilà, Monsieur, ce que je pense sur cette matière; si vous y trou- « vez quelques difficultés, je m'y rendrai. Au reste, le secret sera
« gardé pour le passé, hors à l'égard de M. le duc de Saint-Simon..., « et, pour l'avenir, ni lui ni personne (hormis M. de Torcy) ne saura, « si vous le souhaitez, que ce soit vous qui ayez fait la petite addition « que je viens d'expliquer. »
« Envoi à M. de Chevreuse de l'Avertissement projeté pour mettre à la tête des Statuts de l'ordre du Saint-Esprit à imprimer, par M. de Clairambault, le 27 septembre 1703.
« Cet Avertissement est le même que celui qu'a cité l'Anonyme, aux six dernières lignes près, que M. de Clairambault avoit tracées ainsi :
« Le Roi a suivi les Statuts qu'on lui a fait jurer à son sacre, qui « sont les mêmes qui vont être imprimés, et a permis à chacun de « faire des protestations pour la conservation de ses droits. »
« Ce dernier article fut barré par M. le duc de Chevreuse, et, en marge, on trouve écrits de sa main, les propres termes qu'on lit aujourd'hui dans l'Avertissement imprimé et cité par l'Anonyme, p. 42. »
Lettre de M. le duc de Chevreuse à M. de Clairambault, en lui renvoyant V Avertissement corrigé.
« 16 octobre 1703.
« L'Avertissement que je vous renvoie me paroit très bien. J'ai « changé quelque chose à la fin, qui n'est rien en soi, mais qui fait « beaucoup pour les parties intéressées. »
« Les pièces originales des extraits fidèles que nous venons de donner se trouvent dans les manuscrits de Clairambault, au titre : Recueil de V ordre du Saint-Esprit, vol. 118, p. 7554, etc. »
La nouvelle édition des Statuts de tordre du Saint-Esprit cstably par Henri IIIme du nom roy de France et de Pologne, au mois de décembre Van MDLXXV1II, fut donnée par l'Imprimerie royale en 1703. Outre les Statuts, portés au nombre de quatre-vingt-quinze articles, elle contenait toute la série des déclarations, édits, arrêts, etc., intéressant l'Ordre. Comme il avait été proposé par M. de Chevreuse en guise de transaction, et aussi de consolation pour son ami, un Avis préliminaire reconnut que des changements sur les articles de l'âge, des non-regnicoles, du nombre des membres, et enfin des rangs de préséance, avaient été introduits depuis 1588, « par les délibérations du chapitre de l'Ordre, pour les rendre plus complets ou pour se conformer aux temps, suivant le dernier article des Statuts, qui le permet ainsi. >> Quant à la préséance, cet Avis s'exprimait ainsi : « Dans l'article des rangs, lequel, suivant les statuts originaux et les premiers imprimés, donne, après les princes du sang, la préséance aux ducs, et qui a été changé suivant l'article lxxxii, il a été fait des plaintes et remontrances, à l'occasion de cet article, aux promotions de 1619, 1G33, 1662 et 1688. Le Roi a suivi les statuts qui vont être rapportés parce qu'il les a jurés à son sacre, et S. M. a permis aux parties intéressées en ce change-
ment de faire des protestations pour la conservation de leurs droits. » Quoi qu'en eût Saint-Simon, l'article lxxxii consacrait donc la préséance des « princes issus de maison souveraine qui sont ducs, puis des princes qui ne seront ducs, » sur les « ducs qui ne seront que gentilshommes. » Georgel dit que les ducs ne se tinrent pas pour battus, et parvinrent à faire « insérer adroitement dans l'édition de 1740 l'Avertissement insidieux, contraire aux registres du greffe de l'Ordre, préparé avec art dès l'année 1703. » Cet Avertissement est cependant le même dans l'une et l'autre édition1.
On peut comparer, dans notre tome V, p. 581, le procès-verbal officiel de 1688, où les ducs avaient obtenu l'insertion de leur protestation disant que la préséance accordée aux princes étrangers, dans les circonstances racontées par Saint-Simon, ne pouvait préjudicier pour l'avenir aux ducs, « S. M. n'ayant prétendu rien décider sur leurs droits de préséance, qui demeureront toujours en leur entier. »