‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 62 sur 556 · Grandes, par mégarde, dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Grandes, par mégarde, dans le manuscrit

6. Voyez ci-après, p. 86-87. Dès le commencement de la campagne, Villars, se sentant « troublé par des inquiétudes » qui cependant n'avaient pas encore de fondement sérieux, demanda à emmener sa femme à l'armée. Chamillart eut ordre de lui faire observer que cette question conjugale deviendrait un danger pour les affaires militaires, si la maréchale passait avec lui en Bavière contre toutes raisons de politique, de sagesse, et même de prudence, puisque c'était la rapprocher du trop galant Électeur. Mais Villars insista, disant qu'il n'y

Fanatiques.

Montrevel

en Languedoc.

Montrevel fut envoyé en Languedoc, où les religionnaires commençoient à donner de l'inquiétude1. Leur nombre et les rigueurs de Bâville, intendant moins que roi de2 la province3, les avoient encouragés4. Plusieurs

avait aucun motif de le forcer de la reléguer dans quelque vieux château du Dauphiné, et que d'ailleurs il n'était pas question de la mener jusqu'à Munich. « J'avoue, écrivait-il au ministre, que je crains pour elle le séjour à Paris, où elle doit vivre avec des compagnies très dangereuses. Elle est mal avec ma mère et ma sœur, et je ne saurois lui donner entièrement tort sur cela. J'ai fait venir auprès d'elle une autre de mes sœurs que j'ai toujours tendrement aimée, et qui lui est une compagnie qu'elle ne sauroit avoir à Paris. » Le Roi fit répondre, le 8 juin, qu'il agit à sa convenance; mais la maréchale, qui était installée à Strasbourg, avec sa belle-sœur, depuis février, et qui y vit le duc de Bourgogne à son passage, ne put obtenir un passeport pour rejoindre son mari à travers les armées belligérantes. « La voilà bien malade d'être la reine de tant de guerriers; elle représentera Armide et les enchantera tous, » écrivait Mme de Grignan. Voyez aussi les Mémoires du duc de Luynes, tomes II, p. 201, et XI, p. 84, les Mémoires de Villars, tome II, p. 298, Saint-Simon historien, par Chéruel, p. 558-559, et surtout le livre de Ch. Giraud sur la Maréchale de Villars et son temps, p. 19-69. Ce dernier auteur a cherché à établir que la jalousie du maréchal n'avait aucune raison d'être; mais tout ce que nous apprennent de sa femme, outre Saint-Simon, les Coulanges, Hénault, Madame, les Chansonniers, etc., contredit cette thèse, au moins pour d'autres temps.

1. Dangeau, tome IX, p. 107 et 112; Sourches, tome VIII, p. 14.

2. De corrige dans. Ensuite, il manque un c à Provine, et avoit est au singulier.

3. Voyez nos tomes II, p. 223, note 2, et III, p. 326, 327 et 330.

4. Depuis la guerre précédente, le gouvernement était préoccupé de l'état du pays ; on s'était donc résolu à déporter les principaux agitateurs et à faire élever des forts ou tracer des routes stratégiques dans les montagnes (Histoire de Louvois, tome III, p. 498-500). A la fin de 1702, les soulèvements nouveaux coïncidèrent avec la guerre extérieure ; mais Mme de Maintenon fit cacher la gravité des faits au Roi jusqu'en janvier 1703, temps où les choses prirent un caractère tout à fait sérieux, et pour longtemps. Voyez les Papiers du P. Léonard, Arch. nat., TT 464, et les gazettes qu il recevait de Languedoc, M 766, n° 1, la Gazette d'Amsterdam, la Gazette de Bruxelles, celle-ci dans le sens catholique, Y Histoire du Fanatisme renouvelé, par le protestant converti Brueys (Toulouse, 1703), Y Histoire de la guerre des Camisards, par Court de Gébelin (1760 et 1819), Y Histoire des Camisards publiée à Londres

avoient pris les armes, et fait de cruelles exécutions sur des curés et sur d'autres prêtres. Les protestants étrangers attisèrent et soutinrent sourdement ce feu, qui pensa devenir un embrasement funeste1. Broglio2, qui y commandoit en chef, mais il se peut dire sous Bâville son beau-frère3, y demeura quelque temps * sous le nouveau maréchal5. On y envoya quelques troupes avec un nommé Julien qu'on avoit débauché du service de Savoie, et qui

en 1744, les Dragonnades, par Eugène Bonnemère (1869 et 1877), et les autres publications modernes dont une bibliographie partielle a été donnée dans le Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme français, année 1892, p. 668-670, sans parler des volumes publiés sur cette époque par M. Roschach, dans la nouvelle édition de YHistoire du Languedoc, tomes XIII et XIV, ni des documents encore inédits, tels que la correspondance de M. de Grignan avec le ministre de la guerre et la correspondance de l'intendance de Languedoc, notamment les mss. de la bibliothèque Méjanes n08 672-674, à Aix, etc. Dès le commencement de 1703, les réfugiés mirent en vente à Rotterdam et à Amsterdam un Théâtre de la guerre des Cévennes, avec un manifeste en faveur des populations soulevées.

1. Un premier projet d'intervention anglaise avait été préparé dès 1691, par le ministre Claude Brousson. Ceux de 1703 furent dressés soit par Ruvigny-Gallway, soit par d'autres réfugiés, Belcastel et le marquis de Miremont.

2. Après Broglio, Saint-Simon a biffé beau frère. Nous avons déjà trouvé (tome I, p. 270) l'ancienne orthographe piémontaise Broglio, quoique la signature fût francisée en Broglie dès les premières années du dix-huitième siècle. Dangeau se servait tantôt de Broglia ou de Broglio, tantôt de la forme Broille, conforme à la prononciation, et que l'on trouve dès 1647 dans la Gazette, p. 620. Cent ans plus tard, le duc de Luynes écrivait encore : Broglio.

3. Victor-Maurice, comte de Broglie (tome I, p. 270), avait épousé, le 29 août 1666, Marie de Lamoignon de Bâville, fille aînée du premier président, née le 2 août 1645. Elle mourut à Paris le 12 janvier 1733.

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