‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 94 sur 556 · Déjà dit au tome VI, p · texte numérisé non relu

Déjà dit au tome VI, p

6. Nointel est situé dans le Valois, sur le bord de la forêt de Carnelle, entre l'Isle-Adam, Luzarches et Beaumont-sur-Oise. Érigée une première fois en marquisat (septembre 1654) pour Edouard Ollier, conseiller au Parlement et père de l'ambassadeur à Constantinople, cette terre fut achetée par Béchameil le dernier août 1671, augmentée de plusieurs fiefs, et érigée une seconde fois en marquisat, pour le nouveau seigneur, au mois d'octobre 1697 (Arch. nat., Xu 8692, fol. 4 v°, enregistrement du 22 novembre). Le château, environné de fossés,

fit sur son entrée en ce lieu la plus plaisante chanson du monde1, dont le refrain étoit : Vive le Roi et Béchameil, son favori, son favori! dont le Roi pensa mourir de rire, et le pauvre Béchameil de dépit2. Il étoit bien fait et de bonne mine, et croyoit avoir de l'air du duc de Gramont3. Le comte de Gramont, le voyant se promener aux Tuileries : « Voulez-vous parier, dit-il à sa compagnie, que je vais donner un coup de pied au cul à Béchameil, et qu'il m'en saura le meilleur gré du monde? » En effet, il l'exécuta en plein. Béchameil, bien étonné, se retourne; et le comte de Gramont à lui* faire de grandes excuses sur ce qu'il l'a pris pour son neveu. Béchameil fut charmé, et les deux compagnies encore davantage5. Louville, peu après son retour absolu d'Espagne6, épousa une fille de

avec un parc de haute futaie qui seul subsiste encore, a été détruit en 1810 ; on en trouve une vue dans le Voyage pittoresque de France publié en 1792.

1. Sur Fiesque et son esprit railleur, voyez, en dernier lieu, notre tome IX, p. 310.

2. Comparez la suite des Mémoires, éd. 1873, tome VI, p. 182. Cette imitation des ponts-neufs se trouve dans tous les Chansonniers (mss. Fr. 12 620, p. 259-268, et 12 688, p. 437-445 ; Papiers de Tallemant des Réaux, à la Rochelle, ms. 673, fol. 216-217, etc.), et M. Ernest Bertin en a donné une partie dans les pages de ses Mariages dans V ancienne société consacrées à Béchameil, p. 557-560. Elle devint le type, le « timbre, » d'une foule de vaudevilles ou de couplets analogues, et Béchameil en garda le sobriquet de favori du Roi (Mémoires de l'abbé de Clwisy, tome I, p. 25-26). Un siècle plus tard, Voltaire écrivait encore à Mme du Deffant (lettre du 30 mars 1768) : « J'ai bâti un château comme Béchameil, et une église comme Lefranc de Pompignan. » Gaignières a fait sur la chanson un commentaire dont il faut signaler l'analogie avec le présent passage des Méynoires.

3. L'ancien comte de Louvigny, dont nous aurons le portrait au début de 1704 : le plus beau visage que l'on pût voir, le plus mâle, etc.

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