Tome XIII, p
toujours suivi1, il avoit toute sa confiance; tout occupé de troupes, de subsistances, de guerre, il ne donnoit aux affaires d'Etat qu'une attention superficielle, emporté par cette passion de héros et par l'amour de la vengeance2. L'Empereur et l'Angleterre gagnèrent Piper à force d'argent et d'autres promesses. Piper, vendu de la sorte, se servit de ces deux passions de son maître pour le tirer de Saxe, et le faire courir après le Czar pour le détrôner comme il avoit fait le roi Auguste3. Rien ne le put détourner d'une si hasardeuse folie. L'objet, et le péril qui y étoit attaché, fut pour lui un double attrait; Piper l'y nourrit et l'y précipita A. Le traître y périt dans les cachots des Moscovites, et son maître, qui ne s'en sauva que par des miracles, et qui en fit depuis du plus grand courage de cœur et d'esprit, ne fit que palpiter depuis, et ne figura plus en
1. Dans ses campagnes hors de Suède, qui duraient depuis 1700. Il ne revit jamais Stockholm, le Sénat ayant gouverné pendant cette absence de plus de dix-huit ans.
2. Voyez, dans le tome IV du recueil de Lamberty, son portrait en latin, p. 436-437, et en français, p. 437-439.
3. Cette influence de Piper, comme sa vénalité, sont clairement dénoncées dans les instructions françaises de septembre 1701 et de janvier 1707, p. 208-209, 226, 229-231 et 243, et dans celle qui fut donnée au comte de Croissy en 1715, p. 252-253. On lui avait promis trois cent mille livres, s'il maintenait l'alliance avec la France ; mais, gagné par l'argent de l'Anglais, il refusa d'abord de proposer la médiation de son maître pour une paix générale, sous prétexte qu'elle pourrait être repoussée (janvier 1707), puis, huit mois plus tard, lui fit conclure une alliance avec l'Angleterre et la Hollande, une autre avec l'Autriche. Cette vénalité de Piper était connue de toute l'Europe.
4. Dans le volume précédent, nous avons dit que la responsabilité des dernières entreprises de Charles XII contre la Russie n'incombe pas à Piper, qui d'ailleurs disparut de la scène une fois pris par les Moscovites à Poltava, et que c'est le général Rehnskiold qui entraîna Charles, de victoire en victoire, jusqu'à la chute finale. Ce fut Goërtz aussi, qui, après le retour de Bender, ayant hérité du crédit de Piper, enchaîna encore son roi aux ennemis de la France, ainsi que Voltaire le dit dans YHisloirc de Charles XII, éd. Beuchot, p. 157 et 198. Comparez, sur les « grands desseins » de Charles XII, les Mémoires du marquis d'Argenson, tome I, p. 24-33.
Stanislas reconnu roi
par la France.
Mécontents,
et
leurs progrès.
Europe, comme on le verra en son temps1. Bonnac, qui étoit à Dantzick chargé des affaires du Roi en Pologne, eut ordre d'aller reconnoître et complimenter de sa part le nouveau roi Stanislas2, qui fut reconnu de l'Empereur et de presque toute l'Europe3. Cronstrom, envoyé de Suède*, avoit donné part au Roi, de la part du roi de Suède et de celle du roi Stanislas, dont il avoit reçu une lettre de créance5, de son avènement à la couronne de Pologne et de l'abdication du roi Auguste, électeur de Saxe6.
Les Mécontents inquiétoient toujours extrêmement l'Empereur7, qu'ils pensèrent prendre à la chasse à deux lieues deYienne8, où ils brûlèrent des villages. Ils avoient pris Gran 9, qui fut repris sur eux sans qu'ils fissent pour cela une diversion moins embarrassante. Ils finirent l'année par battre le général Heusler10 et lui tuer quatre mille hommes.