‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 124 sur 610 · Le 2 décembre : Dangeau, p. 260; Sourches, p · texte numérisé non relu

Le 2 décembre : Dangeau, p. 260; Sourches, p

9. « Le Roi l'a entretenu assez longtemps; mais M. de Vendôme est si enrhumé, que le Roi avoit peine à l'entendre, à ce qu'il nous a dit à son coucher » (Dangeau). Voyez tome XIII, p. 291-296 et 345-347, et ci-dessus, p. 15-16.

10. Restaurateur « ne se dit que des grandes choses; son plus grand

Gènes.

Flandres; il y a voit laissé faire aux ennemis tout ce qu'ils avoient voulu1. On ne revenoit point d'Italie, et on revenoil de Flandres; ceux qui en arri voient n'avoient point reconnu le héros auquel ils s'étoient attendus : ils n'y avoient trouvé que hauteur démesurée, propos en tout genre qui l'étoient encore plus, mais qui ne tenoient rien, une paresse qui alloit jusqu'à l'incurie, une débauche qui étonnoit les moins retenus. Réunis avec ceux qui revenoient d'Italie, ils ne se trouvèrent pas de différents avis, Le masque tomba2; mais, comme le Roi, toujours prévenu, et voulant encore plus l'être, donnoit le ton à tout, que les appuis de Vendôme étoient connus et craints, et que le nombre des sots et des gens bas est toujours le plus grand, Vendôme, déchu de tout en effet, demeura toujours héros Grand Prieur en titre. Son frère3 ne fut pas longtemps à Rome sans s'y ennuyer. Il n'y trouva ni complaisance ni considération; ses prétentions de rang l'écartèrent et le séparèrent4, sa réputation, secondée de la vie qu'il y mena5, et dont il ne pouvoit, et n'eût même daigné se défaire, le fit mépriser : il s'en alla à Gênes, où il espéra être mieux reçu, et vivre plus à son aise6.

usage est dans le moral » (Académie, 4718). Le prince a été qualifié plus haut (p. 45) de héros réparateur, expression dont on peut rapprocher celle de réparateur des torts appliquée au roi Charles de Suède par un des auteurs du Mercure (septembre 1706, p. 369), avec cette observation : « s'il m'est permis de tenir le langage des anciens chevaliers. »

4. Par lettres du 29 septembre (Guerre, vol. 4939, n°* 409 et 410), on lui avait donné plein pouvoir de marcher sur la Haine ou sur la Sambre, pour empêcher le siège de Mons ou celui de Charleroy.

2. Même locution que dans le tome III, p. 90. — 3. Tome XIII, p. 347.

4. Arrivé à Rome le 5 avril 1706, il descendit d'abord chez le cardinal de Janson, puis s'établit à la porte Saint-Pancrace, dans l'ancienne maison de l'abbé Benedetti. Comme il ne voulait pas céder la droite aux cardinaux, il demanda à venir incognito chez le cardinal de la Trémoïlle ; mais on le pria de s'en abstenir (Affaires étrangères, vol. Rome 464, fol. 193 v°, et vol. 465, fol. 62 v° et 64 v°).

5. La marquise de Richelieu venait d'arriver, et ils associèrent leurs deux existences.

6. Dangeau, p. 263, 7 décembre : « M. le Grand Prieur a quitté

Je me garderois bien de barbouiller ce papier de l'ope- Ridicule ration de la fistule ' que Mareschal fit à Courcillon, fils ^ Mme de unique de Dangeau2, en sa maison de la ville à Versailles3, sur courcillon. sans l'extrême ridicule dont elle fut accompagnée4. Courcillon étoit un jeune homme fort brave, qui avoit un des régiments du feu cardinal de Fùrstenberg, qui valoit fort gros5. Il avoit beaucoup d'esprit, et même orné, mais tout tourné à plaisanterie, à bons mots6, à méchanceté, à impiété, à la plus sale débauche, dont cette opération

Rome depuis quelque temps. Il n'y voyoit point le Pape ni les cardinaux, à cause du cérémonial ; il est présentement à Gênes. » On trouvera ci-après, appendice IV, deux lettres du duc du Maine sur cette situation.

1. C'est ce qu'on avait appelé le mal Saint-Fiacre au quinzième siècle, et ce qui était devenu le « mal du Roi » depuis l'opération pratiquée sur Louis XIV, en 1686, par Félix. Avant Michelet, Lémontey a prétendu que ce mal coupa le règne en deux périodes opposées : la vie héroïque et la vie subjuguée (Essai sur rétablissement monarchique de Louis XIV, p. 411). Ce qui est certain, c'est que la fistule et la grande opération devinrent choses fort communes depuis ce temps-là : voyez Alfred Franklin, les Chirurgiens, p. 134-143.

2. Ce fils unique, né le 19 juin 1687, ne s'appela d'abord que comte de Courcillon ou comte de Dangeau (Arch. nat., Y 263, fol. 51), puis reçut les prénoms de Philippe-Égon du cardinal de Fùrstenberg, lorsque celui-ci le tint sur les fonts, le 3 mai 1697, avec la maréchale de Rochefort (Cabinet des titres, Pièces originales, vol. 884, fol. 51 ; Gazette cV Amsterdam, 1697, n° xxxvi). Mestre de camp de cavalerie en 1704, blessé à Malplaquet et amputé d'une cuisse, Courcillon fut promu brigadier le 30 mars 1710; mais, comme il ne pouvait plus servira l'armée, son père lui céda le gouvernement de Touraine. Il mourut de la petite vérole le 20 septembre 1719.

3. Sur cette maison, voyez YHistoire de Versailles, par J.-A. le Roi, tome II, p. 382.

4. Dangeau, tome XI, p. 271 ; Sourches, p. 239. Les deux Mareschal firent l'opération.

5. En janvier 1704 : Dangeau, tome I, p. lxvii-lxviii, et tome IX, p. 416-417; Sourches, tome VIII, p. 267-268; Mercure de février, p. 358-360. Le Roi consentit que ce régiment, commandé depuis 1689 par le comté de la Marck, passât entre les mains de Courcillon, quoique allemand (Courcillon lui-même l'était par sa mère), et prit son nom; il devint définitivement français.

Page 1