Bon, au singulier, et mots, au pluriel
passa publiquement pour être le fruit1. Sa mère, dont j'ai parlé à l'occasion de son mariage', étoit dans la privance de Mme de Maintenon la plus étroite; toutes deux, seules de la cour et de Paris, ignoroient la vie de Courcillon. Mme de Dangeau, qui l'aimoit passionnément, étoit fort affligée et avoit peine à le quitter des moments : Mme de Maintenon entra dans sa peine3, et se mit à aller tous les jours lui tenir compagnie au chevet du lit de Courcillon jusqu'à l'heure que le Roi alloit chez elle, et très souvent, dès le matin, y dîner. Mme d'Heudicourt, autre intime de Mme de Maintenon, et dont j'ai parlé aussi4, y fut admise pour les amuser, et presque point d'autres. Courcillon les écoutoit, leur parloit dévotion, et des réflexions que son état lui faisoit faire : elles de l'admirer, et de publier que c'étoit un saint. La d'Heudicourt et le peu d'autres qui écoutoient5 tous ces propos, et qui connoissoient le pèlerin6, qui quelquefois leur tiroit un bout de langue à la dérobée, ne savoient que devenir pour s'empêcher de rire, et, au partir de là, ne pouvoient se tenir d'en faire le conte tout bas à leurs amis. Courcillon, qui trouvoit que c'étoit bien de l'honneur d'avoir Mme de Maintenon tous les jours pour garde-malade, et qui en crevoit d'ennui, voyoit ses amis quand elle et sa mère étoient parties les
4 . On s'étonna, disent les Mémoires de Sourches, que l'opération fût nécessaire chez un jeune homme de vingt ans. Dangeau la mentionne seulement en une ligne. Il avait été très malade en mars 4704 (ibidem, tome VIII, p. 349).