‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 151 sur 610 · Les quatre · texte numérisé non relu

Les quatre

DE SAiNT-SIMON. 153

métier. Monseigneur et Mgr le duc de Bourgogne, qui entroient dans tous les conseils, dévoient aussi être juges. Les écrits volèrent donc de part et d'autre; le public en fut avide, même les pays étrangers1. La maison de Rohan y perdit. Sans oser attaquer la maison Chabot, elle voulut s'élever au-dessus de toute noblesse, en princes qui étoient d'une classe2 hors du niveau. Cette hauteur, destituée de toutes preuves, irrita et les véritables princes et ceux qui ne l'étoient pas, et donna un grand cours et une grande faveur aux mémoires du duc de Rohan, qui, sans attaquer aussi la maison de Rohan, mit sa chimère en pièces, et sans aucune réponse qui eût la moindre apparence, ni le plus léger soutien3. Il fallut avoir recours à des mensonges, à des contradictions, qui étoient incontinent et cruellement relevés, et qui augmentèrent la partialité et l'indignation publique. Beaucoup de gens, paresseux jusqu'alors d'approfondir et faciles à croire sur parole, virent clair sur cette princerie. Le plus fâcheux fut que Mgr le duc de Bourgogne, qui lisoit tout de part et d'autre avec l'application d'un homme qui veut s'instruire pour faire justice, fut mis au fait de ce qu'il importoit tant à l'état où les Rohan s s'étoient élevés de laisser ignorer à un prince qui de voit régner, et qui aimoit l'ordre et la vérité, et que le Roi même ne laissa pas, dans le cours de l'affaire, d'être détrompé de

1 . Une partie des factums sont réunis dans le volume 31 des Papiers de Saint-Simon (France 186), ainsi que dans les dossiers bleus 4280 et 15190, vol. 163 et 577-578 du Cabinet des titres, dans le ms. De Camps 88, fol. 109-149, dans le recueil de la Pairie (avec un mémoire de Clairambanlt), Arch. nat., KK 601, fol. 433-813, et dans la collection spéciale de la Bibliothèque nationale cataloguée par M. Corda, vol. 344 et 345.

2. Avant ce c/fmc,ilabifte un premier cla[sse] surchargeant d'autres lettres.

3. Les mémoires du duc de Rohan étaient des œuvres, très remarquables selon Fénclon, de l'avocat et académicien Louis de Sacy, latiniste, Littérateur, juriste, etc., qui les réunit lui-même, en 17"2i, dans son Recueil de mémoires, factums cl liarantjues, t. I, p. 382- 539. Guyenel signa ceux de M. de Guémené, et Georges le Roy ceux du prince de Soubise.

bien des choses essentielles <|ii(i Mme de Soubise lui avoit <lc longue maki peu à pou Inculquées. Cependant toute la faveur pendant l'instruction fut pour Mme de Soubise. II ne s'y fit pas un seul pas sans prendre l'ordre du Roi, qui pressa ou qui retarda l'affaire à son gré. Enfin, tout étant prêt, le Roi donna une après-dînéc entière1 au jugement de cette cause, où Monseigneur ne voulut pas se donner la peine de se trouver. Le coadjuteur de Strasbourg, depuis cardinal de Rohan2, touché de la foiblesse de leurs écrits, en donna, sur la fin, un de sa façon, dont3 il espéra des merveilles; il ne s'y trouva que du fiel peu mesuré, peu séant, et sans aucun nouvel appui, qui acheva de révolter le monde de tous états, qui ne cachoit plus sa partialité pour le duc de Rohan4. La veille du jugement, la maréchale de la Motte, grand mère de la princesse de Rohan, à la tête de toute cette famille, se trouva à la porte du cabinet du Roi au retour de sa messe5, pour lui présenter un nouveau mémoire. Le coadjuteur se promenoit en attendant par la galerie, avec un grand air de confiance et de supériorité, en fils de la Fortune et de l'Amour dans la maison maternelle6. Il y débitoit, entre autres choses, qu'on ne devoit pas être surpris si ceux de sa maison, si fort relevés par leur naissance au-dessus de la noblesse du Royaume, étoient jaloux de leur nom, et le souffroient impatiemment à d'autres. La cour étoit fort grosse; le marquis d'Ambres7,

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