‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 155 sur 610 · Après fut, il a biffé un second donc · texte numérisé non relu

Après fut, il a biffé un second donc

m MEMOIRES

celle de l;i mémoire de la Reine sa mère, celle de la religion, sur la part que le Koi et la Reine mère avoient eue au choix de M. de Sainte-Aulaye par Mlle de Kohan, et à leur contrat de mariage, auquel, par cette raison, leur signature ne pouvoit être considérée comme un simple honneur ainsi qu'aux autres contrats de mariages, mais comme une autorisation formelle de toutes les clauses contenues en celui-ci, dont on ne pouvoit attaquer aucune sans contester la validité de l'autorité royale. 11 fit souvenir le Roi des raisons d'Etat et de religion qui lui avoient fait prendre tant de part en ce mariage, et il finit en interpellant le Roi des vérités 1 qu'il avançoit. Le Roi convint à l'heure même de tout ce qu'il venoit de dire sur ce mariage, et loua succinctement le beau discours de Daguesseau. Les autres juges opinèrent ensuite, entre autres Chamillart, qui, à la grande surprise du Roi après ce qu'il lui avoit dit entrant au Conseil, fut pour le duc de Rohan, entraîné, comme il l'avoua au Roi au sortir de la séance2, par la force et le torrent de Daguesseau. Le duc de Reauvillier opina succinctement pour le duc de Rohan, mais très fortement, contre3 sa coutume. Jusque-là, tout se trouva tellement balancé, que le duc de Rohan ne l'emportoit que de deux voix : restoient à parler M. le Chancelier i et Mgr le duc de Bourgogne, et le Roi après à prononcer. La vérité me force à en dire une5 que je voudrois taire, dont le fonds put n'être pas mauvais par l'intime persuasion, mais dont l'écorce au moins, et la façon de soutenir ce qu'on pense être juste, parut passer le but. Le Chancelier étoit ami intime de Mme de Soubise.

4. Nous avons déjà ou (tome XI, p. 280) : « L'Électeur interpella Yillars de lui déclarer. »

°2. Ce détail confirme notre supposition de récit fait par lui à Saint- Simon.

3* LY de contre surcharge un second t.

4. Avant M., il a biffé Mgr le Duc de et ie commencement d'un B.

5. Une est en interligne, au-dessus d'une vérité, biffé, et en a été ajouté également en interligne,

II considéra qu'opinant pour M. de Guémené, Mgr le duc de Bourgogne feroit l'arrêt; il résolut de l'emporter de vive ! force : au lieu d'opiner en peu de mots sur une affaire si longuement débattue, et si fort discutée et éclaircie, il fit un long discours, avec tout l'esprit, la force, la subtilité possible, qui parut moins d'un chancelier que d'un avocat de réplique2. Puis, se rabattant peu à peu sur son dessein, il s'adressa par diverses questions au jeune prince, lui répétant souvent avec art : que peut-on objecter à ceci? que peut-on répondre à cela? quelle sortie de cet autre? pour étourdir sa conscience délicate en essayant d'étouffer ses lumières au cas qu'il ne fût pas de son avis, et peut-être encore, en le provoquant ainsi, l'accabler de l'embarras de lui répondre, et le réduire par l'insuffisance3 d'entrer en lice contre lui. 11 s'y trompa. Mgr le duc de Bourgogne avoit étudié à fonds les mémoires de part et d'autre, écouté attentivement le rapporteur, Daguesseau, toutes4 les opinions; il s'étoit surtout appliqué à celle du Chancelier, qui dura une grosse heure. Quand il eut fini, le prince prit la parole, d'abord avec sa retenue ordinaire, mais, incontinent après, avec une décision précise qui sentoit l'indignation, et qui sembloit avoir pénétré la poitrine du Chancelier. Il suivit la route qu'il lui avait tracée en s'adressant à lui : « Ce que je vous répondrai, Monsieur, lui dit-il tout à coup, à ce que vous venez de dire, c'est que je ne trouve pas de question en ce procès, et que je suis surpris de la hardiesse de la maison de Rohan à l'entreprendre. » Passant ensuite un regard sur toute la compagnie5, il reprit toute l'affaire avec exactitude, justesse et précision, et appuya sur les principaux

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