‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 156 sur 610 · Vive est ajouté en interligne · texte numérisé non relu

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2. On appelait réplique, en termes de Palais, un écrit opposé par le demandeur aux défenses de son adversaire, et aussi la riposte orale de l'avocat qui, ayant parlé le premier, reprenait la parole après la plaidoirie de son confrère.

3. Il a écrit, par mégarde : insuf/isaee. — 4. \\atil limites, il a biffëef. ■ >. Comme le Roi lui-même, ci-dessus, p. 156.

points et les raisons principales de Daguesseau, du rapporteur1 et des autres, en les citant, qui avoient opiné pour le duc de Rohan. Fixant ensuite un regard perçant sur le Chancelier, il discuta les raisons fondamentales de son avis, dont il mit en évidence le captieux5 et les sophismes. Retombant après sur les nouvelles raisons que Daguesseau avoit apportées, et sur l'autorisation du contrat de mariage par la signature du Roi, il soutint les premières; mais il combattit cette dernière, et déclara qu'il ne croyoit point que l'autorité des Rois pût s'étendre jusque sur les lois des familles, qu'il ne tenoit pour inviolables que lorsque, d'un consentement mutuel, elles avoient été faites par elles-mêmes, comme il étoit arrivé en celles dont il s'agissoit, et, de plus, confirmées par une exécution aussi paisible et aussi longue. Il parla une heure et demie, et se fit admirer par la force et la sagesse de son discours, et par la profonde instruction qu'il y montra. Il le termina par les mêmes paroles qui l 'avoient commencé, par quelques-unes sur la naissance illustre et ancienne des Chabots, et par quelque chose de plus animé contre les Rohans qu'il ne s'étoit permis dans toute son opinion. De cette manière il fit l'arrêt3. Restoit le Roi à

1. Avant du, qui corrige des, il a biffé et, et les deux premières lettres de raporteur (sic) surchargent au[tres).

2. Il a écrit deux fois : capsieux (sic), et biffé le premier.

3. La lettre suivante, écrite le surlendemain au marquis de la Garde par Mme d'Huxelles, confirme les dires de notre auteur, sauf pour le rapporteur, et donné plus de détails que la lettre du Chancelier reproduite ci-dessus, p. 156, note 7 : « L'affaire de M. le prince de Guémené et de M. le prince de Soubise contre M. le duc de Rohan- Chabot fut jugée avant-hier devant le Roi. Elle dura depuis trois heures jusqu'à sept. M. le duc de Rohan gagna contre son opinion et celle de tout le monde. MM. le Chancelier, la Vrillière, d'Armenonville, Desmarctz, Voysin, de Courson, rapporteur, ne furent pas pour lui; mais il eut le Roi, qui dit deux voix, Mgr le duc de Bourgogne, Monseigneur n'y étant pas, M. le duc de Beauvillier, MM. de Chamillart, de ïorcy, Daguesseau, de Ribeyre, le Peletier, d'Argouges. M. le Chancelier parla longtemps, et fort bien, pour soutenir son opinion, M. Daguesseau la même chose en faveur de la sienne, qui fit l'arrêt; car

prononcer, qui, depuis ce peu de mots à Daguesseau sur son opinion, avoit gardé un profond, mais très attentif silence. Personne n'avoit que voix consultative en sa présence; il avoit donc le choix de deux partis : l'un, de se rendre à la pluralité en deux mots, comme il avoit coutume de faire1, laquelle n'étoit que de deux voix; l'autre parti, qu'il n'a pris que trois ou quatre fois au plus en sa vie, étoit d'user de sa pleine puissance, et de prononcer en faveur du prince de Guémené. Il ne fit ni l'un ni l'autre, et en prit un troisième pour la première fois. Au lieu de se tourner vers le Chancelier pour lui déclarer sa volonté, il regarda un moment en silence toute la compagnie, et fit un discours d'un quart d'heure, plein de dignité et de justesse. ïl honora de son souvenir et de ses louanges le précis de l'avis des deux différentes opinions de ceux qu'il trouva avoir le mieux parlé, surtout du rapporteur et de Daguesseau, et marqua de la complaisance pour le discours de son petit-fils. Opinant ensuite en juge ordinaire, il exposa sommairement les raisons qui l'avoient le plus touché, blâma, mais avec une modération qui se sentoit de son penchant, l'entreprise de MM. de Rohan, insista sur la justice de la cause du duc de Rohan, et fit sentir que, lorsqu'il étoit question de justice, il étoit bien aise de la rendre. Enfin, se tournant au Chancelier, il lui commanda de dresser l'arrêt avec le duc de Rohan, de ne2 lui

Mgr le duc de Bourgogne s'y rangea. Le prince parla aussi de son côté, en opinant, à surprendre. Il avoit fait venir chez lui les avocats pour s'instruire; enfin il n'y a pas de jour qu'il ne lise et ne s'applique à beaucoup de sciences, jusqu'aux généalogies des maisons de France, dont M. de Gaignières a l'honneur de l'entretenir souvent. »

1. On a vu cependant, dans notre dernier volume (tome XIII, p. 593), que Louis XIV s'était exprimé nettement, à propos de l'empereur Léopold, sur l'inconvénient et l'inconvenance de cette soumission passive à la pluralité, croyant, dit-il alors, qu'un grand monarque devait « digérer » les sentiments énoncés par ses conseillers, et choisir le meilleur. Comparez l'appendice sur les Conseils, dans notre tome VII, p. 436, et voyez, sur le mot pluralité, ci-après, Additions et corrections.

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