Ne est en interligne
MÉMOIRES DE SAI.M-i.IMON. XIV 1 1
refuser rien de ce qui pouvoit le rendre plus net, plu^ décisif, le plus hors d'atteinte d'aucun retour en quelque sorte que ce pût être, et qu'à l'avenir il ne pût jamais se trouver ni lieu ni prétexte de plus ouïr parler de la question. Cette action du Roi surprit infiniment. On crut que, voyant en effet la justice et la cause y tourner, instruit qu'il se disoit tout haut que, Mme de Soubise l'ayant pour juge, il n'étoit pas possible qu'elle perdît, et ayant promis implicitement1, le matin même, au duc de Rohan, que l'affaire seroit jugée sans milieu et sans retour5, il avoit été bien aise de montrer qu'il nefaisoit acception de personne en justice; que lui-même la croyoit du côté du duc de Rohan; qu'il lui avoit voulu tenir3 une parole si fraîchement donnée, épargner au rapporteur, qui naturellement devoit dresser l'arrêt, tout ce qu'il auroit à y essuyer de points et de virgules, et de pis encore de la part des Rohans, son parti pris, tenir le Chancelier de court après ce qu'il en avoit entendu en opinant, et se délivrer luimême des demandes et de l'importunité de Mme de Soubise sur un arrêt où il ne vouloit plus toucher4.
Pendant ce long conseil, les Rohans, séparément répandus, faisoient des visites dans Versailles, tenoient les plaids5 chez la maréchale de la Motte, et le jeune coadjuteur, pour marquer une pleine confiance0, jouoit tranquillement à l'hombre chez la Chancelière. Le duc de Rohan s'étoit retiré chez lui à la ville, sa femme dans un cabinet de Mme d'O au château7; leur fils aîné alloit et venoit. Il
1. Cet adverbe est en interligne. — 2. Ci-dessus, p. 155 et 159.