Notre auteur le voit à chaque anniversaire de Louis XIII
aucun épitaphe1, en sorte qu'à* voir ce tombeau, on ne peut conjecturer que c'est celui de M. de Turenne que par sa figure, qui ressemble à tous ses portraits3, et par ses armes, qui n'ont d'autre ornement que la couronne de duc et des trophées4. Il n'y a même aucuns vers, aucune louange, parce qu'on n'a osé mettre cette précieuse qualité de prince, et qu'on n'a pas voulu montrer qu'on l'évitait*.
t. Épitaphe était aussi bien du masculin que du féminin.
2. Avant à, il a biffé on ne peut conjecturer, pour le récrire plus loin en interligne, au-dessus de que c'est.
3. Les plus célèbres portraits sont la gravure de Nanteuil d'après Philippe de Champaignc, faite pour les Hommes illustres de Perrault, et le buste de Coyzevox, au musée du Louvre. Le comte G. de Talhouët- Roy possède un buste en marbre, qui doit venir du château de Navarre.
4. Michel Félibien a donné dans son Histoire de Vabbaye de Saint- Denis (1706), p. 513-514 et 569-570, une description de ce tombeau, œuvre de Tuby et de Demarsy, et une estampe de Simonneau, que Baluze reproduisit dans son Histoire, avec les pièces relatives à l'inhumation. Nous verrons en 1710 comment Louis XIV, ayant à sévir contre le cardinal qui venait de passer à l'ennemi, ordonna de faire disparaître tout ce que les Bouillons avaient ajouté à la décoration primitive de cette chapelle funéraire, et qui pouvait « sentir le moins du monde le prince, » mais « en laissant cependant en son entier le mausolée, en sorte qu'il reste avec la décence convenable pour marquer à la postérité l'honneur que les services du maréchal de Turenne lui ont attiré de notre part après sa mort. » Mme de Maintenon écrivait alors au duc de Noailles : « On rompt, on efface les fleurs de lis et les armes que le cardinal de Bouillon a fait mettre à Saint-Denis, dans la chapelle d'Évreux, pour confondre quelque jour le nom de Bourbon avec le sien On laisse seulement les armes de M. de Turenne sur son tombeau Plus on approfondit tout ce qui a rapport à ce Pantalon suisse, plus on trouve de preuves de son incroyable vanité. » De même, à Cluny où le cardinal se complaisait depuis 1695 à préparer un fastueux monu ment qui devait rappeler l'attache de sa maison avec les ducs d'Aqui tainc du dixième siècle, fondateurs de la célèbre abbaye, l'érection de ce mausolée fut suspendue par un arrêt de 1711, et jamais achevée. 11 n'en reste que l'estampe insérée dans le livre de Baluze.
5. En racontant la profanation de cette sépulture par les révolutionnaires de 1793, et le transfert de ce qui resta des reliques de Turenne et du monument même dans l'église des Invalides (^2 septembre 1800), le feu baron de Guilhermy a reproduit (Inscriptions de
C'est du temps de ces deux fameux frères que le nom époque
d'Auvergne a peu à peu été joint à celui de la Tour1. 11 y a ^J^"
en Limousin, en Dauphiné, et en d'autres provinces, des Auvergne
maisons de la Tour qui ne sont point de celle-ci, et qui aioute »u nom
n'ont aucune parenté entre elles3. Ce mot d'Auvergne s'ajouta d'abord* comme pour distinction, et pour montrer de laquelle on parloit; après, cela devint équivoque : l'attachement5 à ce mot pour s'en faire un nom découvrit le projet. Le cardinal de Bouillon se prétendit sorti par mâles des anciens comtes de la province d'Auvergne
la France, tome II, p. 679) le texte de l'inscription qui avait été fixée sur le cercueil même : « Ici est le corps de sérénissime prince Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, maréchal général des camps et armées du Roi, colonel général de la cavalerie légère de France, gouverneur du haut et bas Limousin, etc., lequel fut tué d'un coup de canon le 27 de juillet l'an 1675. »
1. Voyez ci-après, aux Additions et corrections, p. 636, une citation du mémoire de 1710 publié dans les Écrits inédits.
2. Toutes armoiries parlantes, dont le meuble principal était une tour, avec des additions, brisures ou écartelures variées. On peut voir les modifications successives de l'écu de la Tour-d'Auvergne soit dans les sceaux que Baluze a fait graver pour son livre, soit dans le recueil formé par Clairambault, ms. 1155, fol. 46-66.
3. La Tour de Juzes, de Saint-Paulet et de Montauriol, en Lauraguais; la Tour-Châtillon, en Valais; la Tour-du-Pin, en Dauphiné; la Tour-de-Licux, en Cominges, etc. C'est YHistoire généalogique qui dit (tome IV, p^524) que le nom de la Tour est trop commun dans toutes les provinces, particulièrement en Guyenne et à la cour des anciens comtes de Toulouse, et qu'il y a trop peu de sûreté dans la filiation des premiers degrés. On trouve un relevé de nombre de ces maisons homonymes dans les dossiers du Cabinet des titres et dans ceux de Gaignières et de Clairambault. En Auvergne même, nous verrons le cardinal refuser de reconnaître pour ses parents des la Tour de Murât et d'Apchier, parce qu'ils avaient pris femme chez les Sainctot et étaient pauvres, tandis que le duc de Bouillon vivant sous Louis XV finit par accepter cette consanguinité, aussi bien que celle des la Tourdu-Pin ; cette dernière avait été admise par Baluze.
4. D'abort surcharge d'autres lettres. — 5. Avant l'article, il a biffé cl. * Au nom est en interligne, au-dessus d'à celuy, biffe.
la Tou
cadets des ducs de Guyenne1, et n'omit rien pour trouver à Cluny, qui est de la fondation de ces princes2, de quoi appuyer cette chimère. Elle lui venoit sans doute de plus loin. On a vu3 l'affectation avec laquelle ils voulurent avoir, par l'échange, cette terre particulière qui a été ailleurs plus d'une fois expliquée, et qu'on appelle le comté d'Auvergne. Le second fils du duc de Bouillon qui fit l'échange4 en porta le nom5. Us espérèrent la confusion, dans l'esprit du gros du monde, du titre d'une terre médiocre, ordinaire, et tout à fait sans distinction et particulière, avec celui du titre de la province même, et persuader ainsi leur origine des anciens6 comtes de la province d'Auvergne, puisqu'ils en portoient le nom et le titre7, comme la plupart des gens sont infatués que les Montmorencis sont les premiers barons du Royaume parce qu'ils prennent le titre de premier baron de France, c'est-à-dire de la France proprement dite comme province, qui est grande comme la main, autour de Montmorency et de l'abbaye de Saint-Denis, dont Montmorency relevoit, et que, de sa situation, on appelle Saint-Denis-en-France8. G'étoit donc, non plus simple-
1. Ou plutôt d'Aquitaine première. On a la liste, depuis l'an 760 environ, des comtes d'Auvergne, devenus héréditaires cent vingt ans plus tard; mais rien n'est établi sûrement.
2. Cluny fut fondé en 910 par Guillaume, dit le Pieux, duc d'Aquitaine, comte d'Auvergne et marquis de Nevers, qui fonda aussi le monastère de Sauxillanges en 947.