Douze ou quinze, dit Dangeau
6. Selon une relation de Clairambault (ms. 4151, fol. 1), le duc de la Rochefoucauld, prévenu par les valets, alla gratter à la porte de la chambre de Mme de Maintenon, et le Roi, se doutant qu'il y avait quelque événement extraordinaire, vint ouvrir lui-même, demanda aussitôt Torcy, etc.
7. Chamillart était à l'Étang, suivant sa coutume, pour la fin de la semaine, Torcy à Paris, Pontchartrain et la Vrillière à Versailles.
8. Tous ces détails sont empruntés à Dangeau ; ils sont plus circonstanciés dans les Mémoires de Sourchcs.
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que ce fût un parti1; mais la réflexion que Monsieur le Premier n'avoit point d'ennemis, que ce n'étoit point un homme en réputation d'argent bon à rançonner, et qu'il n'étoit arrivé d'accident de ce genre à pas un de ces gros financiers, fit qu'on revint à croire que ce pouvoit être un parti. C'en étoit un en effet. Un nommé Guethem2, violon de l'électeur de Bavière lors de la dernière guerre3, qu'il faisoit alors avec les alliés contre la France, s'étoit mis dans leurs troupes, où, passant par les degrés, il étoit devenu très bon et très hardi partisan, et par là étoit monté au grade de colonel dans les troupes de Hollande4. Causant un soir avec ses camarades, il paria qu'il enlèveroit quelqu'un de marque entre Paris et Versailles. Il obtint un passeport des généraux ennemis et trente hommes choisis, presque tous officiers5. Ils passèrent les rivières déguisés en mar-
4. C'est-à-dire un détachement de l'armée des alliés qui était alors en Flandre, sous les ordres de Marlborough.
2. Ce nom est écrit Gvestin par Dangeau, et notre auteur en avait ait Guestein dans son Addition. Ici, il a écrit : Guetem, ce qui est
presque l'orthographe exacte, tandis que les autres relations du temps ont défiguré le nom jusqu'à le rendre méconnaissable. Le véritable nom est Pierre Guethem, comme on le verra plus loin. Guethem était natif de Tourcoing, où le souvenir de sa téméraire entreprise lui vaut encore aujourd'hui une certaine célébrité.
3. Guerre est ajouté en interligne, et, ensuite, avec surcharge dans.
4. Les cinq derniers mots ont été ajoutés en interligne. — Dans la guerre de la ligue d'Augsbourg, Guethem avait d'abord été capitaine de la compagnie franche de l'Électeur. Dans celle de la Succession d'Espagne, il a primitivement servi l'Empereur en Hongrie, comme lieutenant-colonel (Gazette de Bruxelles, 1703, p. 8°20; Gazette de 1 704, p. 100), puis est revenu en Hollande et a été chargé de lever dans le pays de Liège un régiment de dragons et de fusiliers destiné à faire la course de partisans, avec un major français nommé la Motte (Gazette d'Amsterdam, 1706, n°* xxii, xxm, xxxiv et lxvi). Guethem avait commencé par être valet de pied chez le prince de Conti, lors du voyage de Hongrie, avant de servir comme chasseur et comme violon l'Électeur, qui était grand amateur de musique symphonique et jouait du violoncelle. On conserve à Tourcoing un guidon de soie jaune pris par lui sur les Turcs, en Hongrie.
5. Un capitaine, six lieutenants, deux maréchaux des logis, tous
chands : ce qui leur servit à poster leurs relais. Plusieurs d'eux avoient resté sept ou huit jours à Sève, à Saint- Gloud, à Boulogne; il y en eut même qui eurent la hardiesse d'aller voir souper le Roi à Versailles1. On en prit un de ceux-là le lendemain, qui répondit assez insolemment à Chamillart, qui l'interrogea, et un des gens de Monsieur le Prince en prit un autre dans la forêt de Chantilly, par qui on sut qu'ils avoient un relais et une chaise de poste à la Morlière2, pour y mettre le prisonnier qu'ils feroient; mais alors il avoit déjà passé l'Oise3. La faute qu'ils firent fut d'abord de n'avoir pas emmené le carrosse, avec Beringhen dedans, tout le plus loin et le plus vite qu'ils auroient pu à la faveur de la nuit, tant pour éloigner l'avis de sa capture, que pour le ménager pour le chemin à lui faire faire à cheval4, et se donner plus de temps pour leur retraite. Au lieu d'en user de la sorte, ils le fatiguèrent au galop et au trot. Ils avoient laissé passer le Chancelier, qu'ils n'osèrent arrêter en plein jour5, et manquèrent le soir M. le duc d'Orléans, dont ils méprisèrent la chaise de poste6. Lassés
montés sur leurs chevaux ordinaires. Ils venaient de Courtray, et
s'étaient séparés en trois bandes, à Chantilly, Saint-Ouen et Sèvres.
4. Les détails que contient cette phrase ne sont pas pris à Dangeau.
2. Dangeau avait correctement écrit : la Morlaye, et il est étonnant que notre auteur défigure le nom d'une localité si voisine, non seulement de Chantilly, mais de son gouvernement de Senlis et de l'ancienne torre de son père et de ses ancêtres, le Plessis-Chamant (tome I, p. 138, etc.). La Morlaye est une paroisse contiguë au domaine de Coye, du président Rose (tome VIII, p. 26), sur la grand'route entre Luzarches et Chantilly, à treize kilomètres de Creil,un peu plus de Senlis.
3. C'est le résumé du récit de Dangeau. L'homme, interrogé par Chamillart, puis mis à la Bastille, s'appelait Bostal : Archives de la Bastille, tome XI, p. 368-309. Cinq avaient logé dans une auberge de Passy, à l'enseigne de V Empereur dans la lune. Leur intention était de se saisir de quelque gros seigneur, sinon du « principal de la cour. »
4. Il avait cinquante-cinq ans et était d'une santé trop délicate, dit Dangeau, pour faire grande diligence.
5. Selon les Mémoires de Sourches, p. 279, ils dédaignèrent le marquis de Brancas passant dans leur embuscade.
6. Ces détails, non plus, ne viennent pas de Dangeau. Ce que la
d'attendre, et craignant d'être reconnus, ils se jetèrent sur ce carrosse, et crurent avoir trouvé merveilles quand [ils] virent, à la lueur du flambeau, un carrosse du Roi1 et ses livrées, et dedans un homme avec un cordon bleu par-dessus son justaucorps, comme le Premier le portoit toujours*. 11 ne fut pas longtemps avec eux sans apprendre qui ils étoient et leur dire aussi qui il étoit3. Guethem lui marqua toute sorte de respect et de désir de lui épargner tout ce qu'il pourroit de fatigue. Il poussa même ses égards si loin, qu'ils le firent échouer : ils le laissèrent reposer jusqu'à deux fois, ils lui permirent de monter dans la chaise de poste dont j'ai parlé, ils manquèrent un de leurs relais, ce qui les retarda beaucoup. Outre les courriers aux gouverneurs des frontières, on avoit dépêché à tous les intendants et à toutes les troupes dans leurs quartiers4; on avoit détaché après eux plusieurs gardes du Roi du guet même5, et toute la petite écurie, où le Premier étoit fort aimé, s'étoit débandée de tous côtés. Quelque diligence qu'on eût faite pour garder tous les passages, il avoit traversé la Somme, et il étoit à quatre lieues par delà Ham,
lecture plus attentive du Journal eût dû faire remarquer à notre auteur, c'est que, quatre heures auparavant, le parti aurait pu, comme c'était son but, s'emparer de Monseigneur et du duc de Berry, qui, venus pour prendre un loup dans la plaine même de Billancourt, s'en étaient retournés sans escorte (Dangeau, p. 324; Sourches, p. 280).