Avant s'en, Saint-Simon a biffé sans, corrigé en s'en
3. Gayot de Pitaval, dans ses Saillies d'esprit, p. 48, raconte une algarade qu'il fil au procureur Nibobet.
4. Comparez, dans noire tome VII, p. 195, ses brocards contre le procureur général la Briffe, et voyez, dans le livre du prince Emmanuel de Broglie : les Portefeuilles du président Bouhier, p. 64, une boutade à certain conseiller embarrassé de son • harnais. » On en trouvera deux ou trois autre ci-après, aux Additions et corrections.
o. Nicolas Doublet, seigneur de Persan, né en février 1659, conseiller au Parlement (15 décembre 1683), maître des requêtes en 17 18, mort le 15 novembre 17°28; et Pierre Doublet, seigneur de Crouy et de Saint-Aubin, baptisé le 29 octobre 1667, conseiller au Parlement (27 avril 1696), maître des requêtes (u20 juin 1711), mort le 31 juillet 1739. On prétendait qu'ils descendaient d'un laquais (Mémoires de Mathieu Marais, tome II, p. °288; Journal de Barbier, tome l, p. 218- 219). Rigaud avait peint le portrait de M. de Persan en 1692.
6. Persan, près de Beaumônt-sur-Oise, et Crouy, près de Soissons. La première terre avait été acquise des Vaudctar par le père des deux conseillers, receveur général des finances à Caen (fils d'un avocat et petit-fils d'un procureur), qui en prit le nom. Quant à Crouy ou Croy, cette seconde terre est différente de celle de Picardie d'où nous
les connoissoit très bien; mais il ne laissa pas de demander qui ils étoient. A leur nom, le voilà courbé tout bas en révérences; puis, se relevant, et les regardant comme les reconnoissant avec surprise : « Masques, leur dit-il, je vous connois! » et leur tourna le dos1.
Pendant les vacances, il étoit chez lui à Grosbois2. Deux jeunes conseillers qui étoient dans le voisinage l'y allèrent voir. Ils étoient en habit gris de campagne, avec leurs cravates tortillées et passées dans une boutonnière, comme on les portoit alors3. Cela choqua l'humeur du cynique; il appela une manière d'écuyer, puis, regardant un de ses laquais : « Chassez-moi, lui dit-il, ce coquin-là tout à cette heure4, qui a la témérité de porter sa cravate comme Mes-
vcrrons que la maison de Croy a tiré son nom. Déjà en 1682, Douillet de Crouy avait acquis des Se vin la terre de Bande ville, qui fut érigée de nouveau en marquisat en sa faveur, en mai 1705 (Arch. nat., P 122, n° 715 bis, et X" 8699, fol. 378 v°).
1. Cette anecdote, déjà racontée dans l'Addition n° 728, reviendra en 1711. Mme de Sévigné (Lettres, tome X, p. 279) attribue le même mot à M. de Poissy, dans une circonstance analogue, et elle l'admirait franchement.
2. Cette terre et son beau château (tome XI, p. 351, note 1) furent achetés par Harlay, au prix de cent cinquante mille livres, en août 1701 (Danyeau, tome VIII, p. loi; Depping, Correspondance administrative, tome II, p. xxx), et le Roi lui fit cadeau de dix mille écusàcette occasion (Papiers du P. Léonard, M 757, p. 311, et MM 825, fol. 84). En 1702, il fit changer le nom de Grosbois en Sancy (notre tome XIII, p. 193, note 6); mais l'enregistrement des lettres patentes obtenues à cet effet n'eut lieu que le lendemain de sa retraite, le Il mai 1707.
3. Après avoir été, selon les Mémoires de Retz (tome IV, p. 550, note 1), une espèce de collet qu'on portait en habit de campagne ou en justaucorps, la cravate était devenue le mouchoir dont parle Mademoiselle (Mémoires, tome III,» p. 313), qu'on nouait autour du cou et qui se portait de diverses couleurs. La Bruyère, en son chapitre des femmes, compare le magistrat en habit gris et en cravate au bourgeois en baudrier.
A. « On dit adverbialement... tout à cette heure, tout à Vheure, pour dire dans un moment;... sur l'heure, tout sur l'heure, pour Vheure, pour dire pour le présent » (Dictionnaire de l'Académie, 1718).
sieurs. » Messieurs pensèrent en tomber en défaillance, s'en allèrent le plus tôt qu'ils purent; ils1 se promirent bien de n'y pas retourner.
Le peu de ses plus familiers et sa plus intime famille2 n'en souffroient pas moins que le reste du monde : il traitoit son fils3 comme un nègre4; c'étoit entre eux une comédie perpétuelle. Ils logeoient et mangeoient ensemble, et jamais ne se partaient que de la pluie et du beau temps. S'il s'agissoit d'affaires domestiques ou autres, ce qui arrivoit continuellement, ils s'écrivoient, et les billets cachetés, avec le dessus, mouchoient d'une chambre à l'autre. Ceux du père étoient impitoyables, ceux du fils, qui se rebéquoit volontiers, très piquants. Jamais [il] n'alloit chez son père, qu'il ne lui envoyât demander s'il ne Tincommoderoit point; le père répondoit comme il eût fait à un étranger. Dès que le fils paroissoit, le père se levoit le chapeau à la main, disoit qu'on apportât une chaise à Monsieur, et ne se resseyoit3 qu'en même temps que lui ; au départ, il se levoit et faisoit la révérence6. Mme de' Moussy7, sa sœur, ne le voyoit guères plus aisément ni plus familièrement, quoique dans le même logis. 11 lui faisoit souvent de telles sorties à table, qu'elle se réduisit à manger dans sa chambre. C'étoit une dévote de profes-
-1. Ils surcharge et, ou inversement.
2. Le mot famille est ajouté en interligne. — 3. Ci dessus, p. 367.
4. Nous avons déjà eu cette locution dans le tome VI, p. 102. Il faut noter que nègre ne parut qu'en 1762 dans le Dictionnaire de l'Académie.
5. Il y a bien resseyoit dans le manuscrit, mais rasseyoit dans l'Addition correspondante (Dangeau, tome XVII, p. 135, 23 juillet 1717), sur la mort du fils. Le Dictionnaire de V Académie de 1718 ne donnait que la forme rasseoir. Nous avons déjà eu (tome VIII, p. 145), à l'indicatif présent : s assit.
6. Ces détails, tirés de l'Addition qui vient d'être indiquée, seront encore répétés à l'endroit correspondant des Mémoires, puis en 1721.
7. Marie de Harlay, mariée le 17 février 1663 à Armand le Bouteillier de Senlis, marquis de Moussy, brigadier d'infanterie, qui fut tue le o janvier 167.-), au combat de Turckheim, sans enfants. Elle mourra le 29 août 1709. Il est souvent parlé d'elle dans les Lettres de Mme deSévigné.
sion, dont le guindé, l'affecté, le ton et les manières étoient fort semblables à celles de son frère1. La belle-fille, très riche héritière de Bretagne2, étoit3, avec toute sa douceur et sa vertu, la victime de tous les trois. Le fils a voit tout le mauvais du père, et n'en avoit pas le bon* : un composé du petit-maître le plus écervelé, et du magistrat le plus grave, le plus austère et le plus compassé; une manière de fou, étrangement dissipateur et débauché. Lui et son père s'étoient figuré5 être parents du comte d'Oxford parce qu'il s'appeloit Harley6. Jamais race si glorieuse, et glorieuse en tous points7, jamais tant de fausse humilité8. [Add. S'-S. 729] Les aventures du premier président avec le Harlequin de
4. Saint-Simon reparlera d'elle à l'occasion do, sa mort (tome VII de 1873, p. 430), et répétera alors ce qu'il a dit ici, ainsi que dans l'Addition à Dangeau (tome XIII, p. 26) qui trouvera place alors.
2. Anne-Renée-Louisc du Louet de Coëtjunval : tome II, p. 4 19.