Charles-Godefroy de la Tour-d'Auvergne : tome X, p
8. Paul Mancini, élevé au collège de Clermont, fut d'abord nommé par son oncle mestre de camp du régiment de la Marine, puis capitaine des chevau-légers du Roi en place de Saint-Maigrin, qui venait de périr le 2 juillet 1652, à la bataille du faubourg Saint-Antoine; mais, blessé lui-même dans cette journée, il mourut à Pontoise quelque temps après (Gazette, p. 657, 682, 694-695 et 719; Mémoires de Mademoiselle, tome II, p. 114, et de Mme de Moltcville, tome IV p. 18; le comte de Cosnac, Mazarin et Colbcrt, tome I, p. 267, etc.).
9. « Bien fait, dit Conrart (Mémoires, p. 581), il avoit de l'esprit et une humeur agréable; mais, ce qui étoit de plus important, il avoit grande part aux bonnes grâces du Roi, et, comme il étoit d'un âge se rapportant au sien (il avoit environ dix-huit ans), et qu'il savoit l'art de plaire et de se rendre agréable, il y avoit grande apparence qu'il pourroit devenir favori. » Le cardinal composa lui-même son épitaphe (Lucien Perey, le Roman du Grand Roi, p. 14-17).
troisième1, étant au collège des Jésuites2, fort envié des écoliers par toutes les distinctions qu'il y recevoir, se laiss;t aller à se mettre à son tour dans une couverture et à se laisser berner*; ils le bernèrent si bien, qu'il se cassa la tète, à quatorze ans qu'il avoit5. Le Roi, qui étoit à Paris, le vint voir au collège6; cela fit grand bruit, mais n'em-
1. Alphonse-Marie Mancini, appelé l'abbé Mancini, parce que son oncle le destinait à l'Église, et baptisé le 24 juin 1044, n'était arrivé en France, avec sa sœur Anne, qu'en octobre 1655 (Gazette, p. 953 et 1152).
2. Les mots des Jésuittes ont été ajoutés en interligne. — Le jeune Alphonse avoit été mis, comme son frère, au collège de Clermont, plus tard Louis-le-Grand, sous la surveillance du P. Rapin.
3. Une lettre écrite par Mazarin à J.-B. Colbert le 15 juillet 1657, et publiée dans le tome VIII, p. 38-39, du grand recueil de sa correspondance, montre avec quel soin ce cardinal suivait la conduite et les études de son neveu au collège de Clermont, jusqu'à voir ses thèmes. « 11 me semble, dit cette lettre, qu'il sort trop souvent du collège, et que lui-même s'en devroit excuser quand on le convie de sortir, sachant que je n'y prends pas plaisir et que ce n'est pas son bien. Quand viendra le temps des vacations, je veux qu'il aille avec les enfants de M. le Tillier, dans la conversation desquels assurément il profitera beaucoup, et je m'assure que Mme le Tillier le traitera comme s'il étoit son treizième enfant. Enlin, s'il travaillera (sic) pour être honnête homme, je ferai sa fortune; sinon, je ne m'en mêlerai pas. » Le cardinal préférait beaucoup la société de cet intendant des finances, Jacques le Tillier (et non le Tellier, comme on l'a imprimé), à celle de la comtesse de Soissons, qui, à son gré, attirait trop son jeune héritier.
4. Berner, c'est faire sauter quelqu'un en l'air par le moyen d'une couverture, dit le Dictionnaire de V Académie de 1718.
5. Il subit l'opération du trépan, mais mourut douze jours après l'accident, 5 janvier 1658 (Gazette, p. 47 ; Muse historique de Loret, tome II, p. 430-431 ; Mémoires de Mademoiselle, tome III, p. 192 et 195, de Monglat, p. 328, du P. Rapin, tome III, p. 16-17, et de D. de Cosnac, tome I, p. 268-269 ; Lettres de Guy Patin, tome II, p. 367-370 ; lettres de Mazarin, au Dépôt des affaires étrangères, vol. France 275, fol. 131 et suivants; Port-Royal, tome III, p. 405; les Cours galantes, par G. Desnoiresterres, tome II, p. 2-3; Lucien Perey, le Roman du Grand Roi, p. 83-85).
6. Ni la Gazette, ni Loret dans sa Musc historique, ni les mémoires du temps ne parlent de cette visite du Roi. Saint-Simon a peut-être été induit en erreur, ici et dans l'Addition n° 731 , par le passage des Mémoires de Monglat indiqué ci-dessus, qu'il aura mal interprété. Ces Mémoires figurent dans le catalogue de sa bibliothèque, sous le n° 778.
pécha pas le petit Mancini de mourir. Resta seul le second, qui est M. de Nevers dont il s'agit ici1. C'étoit un Italien très italien2, de beaucoup d'esprit facile, extrêmement orné, qui faisoit les plus jolis vers du monde, qui ne lui coûtoient rien, et sur-le-champ, qui en a donné* aussi des pièces entières3; un homme de la meilleure compagnie du monde, qui ne se soucioit de quoi que ce fût; paresseux, voluptueux4, avare à l'excès, qui alloit très souvent acheter luimême à la Halle5 et ailleurs ce qu'il vouloit6 manger, et qui faisoit d'ordinaire son garde-manger de sa chambre7.
1. Arrivé à Paris le 20 mai 1653 (Gazette, p. 496), Philippe-Julien Mancini fut, en 1656, envoyé en mission auprès de Monsieur Gaston (Gazette, p. 168 et 192).
2. Comme Albergotti, « Italien raffiné, » ci-dessus, p. 45 et 71.
3. Sur la valeur poétique des œuvres de ce duc de Nevers, on peut voir les Mémoires de Coulanges, p. 222 et suivantes, le Chansonnier, ms. Fr. 12619, p. 377 et 489, et l'article de la Nouvelle biographie générale, tome XXXVII, p. 822-823. Sa querelle avec les partisans de Racine et de la tragédie de Phèdre fit beaucoup de bruit. Titon du Tillet l'a placé dans son Parnasse ; mais Voltaire qualifiait de « singuliers » ses vers, que, d'ailleurs, dit-il, « on entendait très aisément et avec grand plaisir. » Il y en a un recueil manuscrit à la bibliothèque de l'Arsenal, ms. 2946, et quelques pièces ont été imprimées. En septembre 1704, le Roi entendit un divertissement musical dont les paroles étaient de ce duc (Dangcau, tome X, p. 122).
4. Le Chansonnier, à l'endroit cité, l'accuse de relations incestueuses. Comparez les Œuvres de Racine, tome III, p. 257.
5. La Halle de Paris comprenait, entre l'église Saint-Eustache et les Saints-Innocents, toute une série de marchés reconstruits au temps du roi Henri II et ayant chacun leur destination pour certaines denrées alimentaires: boucherie, marée, poisson d'eau douce, salines, légumes, poirées, etc., ou pour les articles d'habillement: friperie, cuirs, draps, toiles. Piganiol dit, au milieu du dix-huitième siècle : « C'est le plus riche marché qu'il y ait au monde, car on y trouve tout ce que l'air, la terre et l'eau produisent de plus nécessaire et de plus agréable aux sens, mais aussi le plus vilain et le plus malpropre des quartiers de Paris. 11 ressemble, en grand, à ceux qu'occupent les juifs dans les villes où l'on les souffre. »