‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 405 sur 610 · La princesse de Conti et Madame la Duchesse · texte numérisé non relu

La princesse de Conti et Madame la Duchesse

6. I.e pdc puis surcharge une lettre effacée du doigt. — On se demande

et le roi et la reine d'Angleterre n'étoient pas en situation

de sVn plaindre. C'étoit donc un demi-droit, en M. le duc d'Orléans, que cette prétention, telle qu'elle pût être; et, à l'égard des pays étrangers, il ne donnoit pas la main, et ne rendoit pas la visite qu'il recevoit des ambassadeurs, comme faisoient les princes du sang. Les cardinaux étrangers, même romains, lui écrivoient Monseigneur et Altesse Hoyale, et, lorsqu'il écrivoit aux rois, excepté celui <l«i France, il ne les traitoit point de Sire, mais de Monseigneur*. Toutes ces raisons lui parurent bonnes pour ne faire point de façons sur le fauteuil que la reine douairière d'Espagne lui fit présenter2. Le Roi ne le trouva point mauvais3, et, en Espagne, on n'osa s'en plaindre. Ce4 qui en résulta, au contraire, fut qu'on s'y piqua de ne faire pas moins qu'à Bayonne : en sorte que don Gaspar Gironr>, le

si puis de ne serait pas ici une locution prépositive de môme nature que celle d'ensuite de, relevée dans notre tome VII, p. 163.

1. Le Supplément au Corps diplomatique contient (tome IV, p. 469- 470) un formulaire, d'ailleurs incomplet, des lettres de la maison d'Orléans, qui ne parle pas de ces cas particuliers.

2. Le Journal de Dangeau n'a que ces deux lignes, à la date du 20 avril (p. 348) : « M. le duc d'Orléans a vu la reine douairière d'Espagne à Bayonne, et elle lui a fait donner un fauteuil. »

3. Pressenti d'avance sur ce point, le Roi avait décidé qu'il ne serait point parlé de cérémonial pour un séjour si court (Affaires étrangères, vol. Espagne 161, fol. 54), et le duc de Gramont annonça que la reine avait « fait des merveiMes » (fol. 66 et 231). Le prince lui-même écrivit au Roi, le 8 avril (Guerre, vol. 2048, n° 333) : « J'ai vu la reine douairière d'Espagne ainsi que Votre Majesté me l'avoit ordonné. Elle m'a reçu avec une politesse infinie et m'a retenu plus que je ne pensois, car elle a voulu s'asseoir et m'a fait prendre un fauteuil, que je n'ai pas cru devoir refuser, puisque la feue reine ma sœur, après son voyage, en avoit donné un à Mademoiselle du consentement des ambassadeurs d'Espagne. Elle m'a parlé avec toute la vénération convenable de Votre Majesté, et toute la soumission à ses ordres. »

4. Ici, l'écriture change, indiquant un arrêt dans le travail.

5. Gaspard Tellez Giron, seigneur del Berbe et commandeur de Pozo- Rubio dans l'ordre de Saint-Jacques, de même maison que les ducs d'Uceda et d'Osuna, avait été créé majordome de Charles II en janvier 1698, puis gentilhomme de la chambre en août 1699, alors qu'il avait

premier des quatre majordomes du roi, alla, avec des

carrosses et des équipages du roi, au-devant de lui jusqu'à

Burgos, c'est-à-dire de Madrid comme qui iroit d'ici

presque à Poitiers, et que, sur la route et partout, il fut

reçu en infant d'Espagne1. Il en eut le traitement entier, à [Add. S'-S. 737]

la cour, du roi, de la reine, des infants, des grands et de

tout le monde, sans qui cela y ait fait, ni ici, la moindre

difficulté2. Mais voici ce que les excès deviennent; ils en

font naître sans fin, et il vaut3 mieux le dire ici tout de suite.

Lorsque la reine veuve du roi Louis 1er d'Espagne, fille Étranges abus de M. le duc d'Orléans4, par conséquent princesse du sang, nes des passa à Bayonne5, la reine douairière d'Espagne trancha deBayonneà toute difficulté, et la traita comme déjà mariée et comme , M-,le duc princesse des Asturies6. Elle s'appuyoit sur l'exemple de M1ie ^e

déjà fait des ouvertures au duc d'Harcourt pour la succession de Charles II. Majordome encore sous le roi Philippe V, en 1706, il deviendra conseiller de cape et d'épée au conseil des Indes et grand maréchal des logis de la maison royale, et il sera attaché à la personne de Saint-Simon lors de l'ambassade de 4721, ce qui nous vaudra un portrait curieux. Il ne mourut qu'en décembre 1727, âgé de soixante-quinze ans. Victor Hugo a fait figurer un Gil Tcllez Giron dans Hernani.

1. Il a déjà été parlé de ce cérémonial dans nos tomes VII, p. 373, et IX, passim. Comparez un mémoire de 1753, dans le volume France 200 du Dépôt des affaires étrangères, fol. 68 v°.

2. Dangcau, p. 357; Gazette, p. 210-211; Gazette d'Amsterdam, n° xxvii. Rien dans les Mémoires de Sourches. Dangeau, d'ailleurs, dit simplement, sans même prononcer le nom de Gaspard Giron : « Il arriva un courrier de M. le duc d'Orléans parti de Madrid le 20. Ce prince y a été reçu avec de grandes acclamations. II est logé dans le palais et est traité du roi, des grands et de toute l'Espagne comme les infants. » Il faut donc croire que nous avons ici un souvenir du récit que don G. Giron fit, quinze ans plus tard, à notre auteur.

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