Avant amassa, il a biffé et
7. C'est le résumé des détails sur la prise de Ciudad-Rodrigo donne.»
la tranchée fut ouverte devant Lerida la nuit du 2 au de Lerida. 3 octobre1. Asfeld s'y chargea des vivres ei; des munitions, et M. le duc d'Orléans, qui m'a dit souvent que c'étoit le meilleur intendant d'armée qu'il fût possible de trouver, sans que ce pénible détail l'empêchât de ses fonctions militaires2, M. le duc d'Orléans, dis-je, se chargea lui-même3 de tous les autres détails du siège, rebuté des difficultés qu'il rencontroit dans chacun4. Il fut machiniste5 pour remuer son artillerie, faire et refaire son pont sur la Sègre6, qui se rompit et qui ôta la communication de ses quartiers : ce fut un travail immense7. Son abord facile, la douceur avec laquelle il répondoit à tout, la netteté de ses ordres, son assiduité jour et nuit à tous les travaux, surtout aux plus avancés de la tranchée, son exactitude à tout voir par lui-même, sa justesse à prévoir, et l'argent qu'il répandit dans les troupes et qu'il fit donner du sien aux officiers qui se trouvoient dans le besoin, le firent adorer, et donnèrent une volonté qui fut le salut d'une expédition que tout rendit si difficile8. C'étoit, après Bar-
par Dangeau. Les correspondances ont été réunies dans le volume 2050 du Dépôt de la guerre.
4. Dangeau, p. 489, 491 et 492; Sourches, p. 417; Gazette d'Amsterdam, n0ê lxxxi et suivants; Mémoires de Berwick, p. 409-413; Mercure de septembre, p. 395-397, d'octobre, p. 372-387 et 401-416, etc.; Affaires étrangères, vol. Espagne 176 et 177 ; Quincy, Histoire militaire, p. 417-420 et 426-435 (avec plan et description de la ville).
2. Emploi à' empêcher bon à relever. — 3. Luy mesme est en interligne.
4. A Paris aussi, on le chicana sur tous les détails de cette direction personnelle, comme Dubois le lui écrivait le 5 novembre.
5. Machiniste, « celui qui invente des machines et qui les conduit » (Académie, 1718).
6. Grande rivière de Catalogne qui descend des Pyrénées pour se jeter dans l'Èbre. C'est sur ses bords que le comte d'Harcourt avait été battu le 15 mai 1644.
7. Dangeau ne donne aucun de ces détails; au contraire, on en trouve une partie dans les Mémoires de Sourches, p. 408.
8. « M. le duc d'Orléans a acquis beaucoup d'honneur à ce siège; il alloit plusieurs fois le jour à la tranchée, et répandoit beaucoup d'argent » (Dangeau, tome XII, p. 12; comparez tome XI, p. 492). On
celone, le centre et le refuge des révoltés, qui se défendirent en gens qui avoient tout à perdre et rien à espérer1. La ville Aussi la ville fut-elle prise d'assaut le 43 octobre*, et prise d'assaut entièrement abandonnée au pillage pendant vingt-quatre le pillage, heures3. Elle étoit remplie de tout ce que les lieux à sa portée y avoient pu retirer. On n'y épargna pas les moines, Le château qui animoient le plus les habitants. La garnison se retira rendu au château, où les bourgeois entrèrent avec elle4. Ce châcapituiation. teau tint encore longtemps; enfin il capitula le 11 novembre, et le chevalier de Maulévrier5 en apporta la nou-
voit, par la correspondance des généraux assiégeants, que tout manquait, troupes, artillerie, munitions. Les Mémoires de Sourches disent (p. 430) que, si le siège réussit malgré la mauvaise volonté du conseil espagnol, ce fut « grâce à la persévérance du duc d'Orléans, qui avoit dépensé huit cent mille livres de son argent et avoit fait servir tout son équipage à voiturer les vivres pour la subsistance de l'armée. » Quincy également rend hommage au mérite unanimement reconnu du prince, et particulièrement à sa prudence dans les travaux d'approche. Enfin, le 13 novembre, Mme des Ursins écrivait à son amie Maintenon (recueil Bossange, tome IV, p. 108-109) : « On nous écrit tous les jours, de l'armée que M. le duc d'Orléans commande, que S. A. R. fait des merveilles et anime si fort par son exemple toutes les troupes, qu'on ne sauroit assez bien l'exprimer. Elle a beaucoup de goût et de talent pour la guerre; très sensible à la gloire, une tendresse et un respect infini pour le Roi, et un grand amour pour sa patrie. Si avec tant de choses essentielles elle mêle quelques légèretés, il faut bien les lui passer, et espérer que des réflexions plus solides lui feront surmonter ces sortes de foiblesses. » Ceci est une allusion à la démarche que le prince lui avait fait faire pour que l'on accordât à sa maîtresse Séry une place de dame d'atour : grâce qui avait été refusée maladroitement et sèchement (ibidem, p. 79-80, 11 4-115 et 122).
1. Les bourgeois firent autant de mal que les troupes réglées aux assiégeants; mais au moins n'y avait-il pas d'ennemis au dehors, pour les harceler, comme à Barcelone.
2. Dangeau, p. 494; Sourches, p. 418; Gazette, p. 524-525; Mémoires de Noailles, p. 201, et de Berwick, tome I, p. 411-413; Quhicy, p. 433- 435 ; lettre de Mme des Ursins, dans le recueil Bossange, tome IV, p. 92- 93; Affaires étrangères, vol. Espagne 174, fol. 50, lettre de Philippe V.
3. Huit heures seulement, selon Quincy. — 4. Détails pris à Dangeau. 5. Le même frère cadet du gendre de Tessé qui avait apporté la
nouvelle de la victoire de Calcinato en 1706.
velle au Roi le 191. Ghamillart l'amena sur les huit heures avant que le premier gentilhomme de la chambre fût entré. Le Roi les fit venir à l'instant à son lit; il fut si content de cette nouvelle, qu'il envoya2 éveiller Madame et Mme la duchesse d'Orléans pour la leur apprendre3. Ils sortirent cinq à six cents hommes, et pouvoient tenir encore quelques jours, et, tant devant la ville que devant le château, M. le duc d'Orléans n'eut4 pas plus de sept à huit cents hommes tués ou blessés. L'armée ennemie n'étoit qu'à deux lieux de Lerida, lorsque le château se rendit, faisant contenance de venir le secourir5. Las Minas, blessé à Almanza, en avoit repris le commandement; Galloway, extrêmement blessé, étoit hors d'état d'agir6. Après une campagne si longue et si difficile, il n'y eut plus moyen de rien entreprendre7, et, quelque désir que M. le duc d'Orléans eût d'aller faire le siège de Tortose8, il fallut le remettre à l'année suivante9.
Monsieur le Prince, mais surtout Monsieur le Duc, et un peu M. le prince de Conti, voyoient avec grande jalousie la gloire de M. le duc d'Orléans10. Ils étoient surtout piqués
1. Dangeau, tome XI, p. 496, et tome XII, p. 12; Sourches, p. 428; Gazette, p. 563-564 et 582-584; Gazette d'Amsterdam, n° xcvi, Extr. c et n° xcvm; Mercure de décembre, p. 585-654; Quincy, p. 435-441 ; lettre de Mme des Ursins, dans le recueil Bossange, tome IV, p. 112; Affaires étrangères, vol. Espagne 174, fol. 121-123, et 177, fol. 305.