‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 438 sur 610 · La Catalogne, Valence, Majorque, etc · texte numérisé non relu

La Catalogne, Valence, Majorque, etc

5. Ceux que nous avons vus (tomes X, p. 151, et XI, p. 225) s'assembler en 1702 sous la présidence de la jeune reine. Comme ils prétendaient n'être tenus que par le roi même, cette session a été

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tions dans toutes leurs parties, qui refusent1 presque toujours ce qu'on y voudroit ou innover ou augmenter, et ils ont la même délicatesse sur tout ce qui est édits et ordonnances, qui ne peuvent être exécutées2 non seulement sans leur consentement, mais sans leur ordre. Le tribunal suprême réside à Saragosse, qui est, pour l'Àragon et tout ce qui en dépend, comme est le conseil de Gastille dans ce royaume et ses dépendances. Le chef de ce tribunal, qui, comme en Castille, est un grand, et peut aussi être un homme de robe, avec moins de consistance alors, est tout un autre personnage que le président ou le gouverneur du conseil de Castille. Il se nomme, non le justicier, mais le justice, comme étant lui-même la souveraine justice3. Il ne peut être ni déposé ni suspendu, ni écorné en quoi que ce soit. Il préside également au tribunal suprême et aux états, quand ils sont assemblés, et qui quelquefois s'assemblent, ou par lui, ou d'eux-mêmes4, sans que le roi puisse l'empêcher. C'est dans ces états assemblés que le nouveau roi prête le serment entre les mains du justice, qui lui dit, étant assis et couvert, cette formule mot à5 mot et lentement, tout haut, en sorte que toute l'assemblée l'entende6 : Nous qui valons autant que vous, vous acceptons pour notice roi, à condition du maintien de tous nos droits, lois et prérogatives ; sinon, non! Voilà un étrange compliment à recevoir pour une tête couorageuse : Gazette, p. 244 et 292; Mémoires de Noailles, p. 416-117, et de Louville, tome I, p. 202, 204 et 231.

1. Qu'il, au singulier, a été corrigé en qui, et refuse est resté au singulier.

2. Ce féminin, par accord avec le dernier substantif, est bien au manuscrit.

3. Il a déjà été parlé de ce personnage, mais seulement en quelques lignes, dans le tome VIII, p. 141 et 3£9. Un écrivain espagnol, M. J. Ribera-Tarrago, vient d'émettre l'opinion que l'institution est d'origine musulmane.

4. Mesme, au singulier, dans le manuscrit. — o. Et surchargé en à. 6. Le texte espagnol a été donné dans notre tome VIII, p. Ml,

note 3. Ici, la traduction est soulignée.

ronnée; et, en1 Aragon, ils ont toujours tenu parole tant

qu'ils ont pu, et l'ont pu presque toujours. Ce justice, en

absence des états, les représente seul, et fait, en partie

seul, en partie avec le conseil, ce que feroient les états,

s'ils étoient assemblés, auxquels il en doit compte, et leur

est soumis en tout. Il a, comme les états, une grande

jalousie d'empêcher que le roi n'étende son autorité au

préjudice de la leur en quoi que ce soits, et, de part et

d'autre, en petit, ils ressemblent fort, quoique dans une

autre forme, au roi et au parlement d'Angleterre3. C'est

aussi ce qui a si souvent armé l'Aragon, la Catalogne, etc.,

contre ses princes, et c'est ce que le roi d'Espagne prit,

cette année, son temps d'abolir4. Il éteignit la dignité et Philippe v*

toutes les fonctions de ce fâcheux justice, il abolit les états, abo,lt les lois

il supprima tous les droits et prérogatives, il cassa toutes privilèges

les lois, il changea le tribunal suprême, il asservit l'Aragon

1. En est en interligne, au-dessus d'un premier en surchargeant ils o[nt].

2. En 1592, à la suite de troubles dans Saragosse, Philippe II avait privé le justice et plusieurs autres de l'exercice de leur autorité, imposé un vice-roi de son choix, repris l'administration des revenus, dépouillé les cortès de leurs pouvoirs, et fait confirmer ces changements par cette assemblée elle-même.

3. Voyez ce que disent de ces extraordinaires privilèges les Mémoires de Mme a" 'Aulnoy , appendice I, p. 541-544, les Mémoires du marquis de Villars, p. 36-37, Y État présent de l'abbé de Vayrac, tome I, p. 92-99, le P. Baudrillart, Philippe V, tome I, p. 61-63, etc. En 1686, les Aragonais avaient offert deux cent mille écus pour qu'on leur laissât, pendant un siècle, la nomination aux principales charges de leur pays (Gazette, p. 259).

4. Décrets des 29 juin et 29 juillet 1707 : Dangeau, p. 426; Gazette, p. 343, 366, 401 et 402; Gazette d'Amsterdam, Extr. lx et n° lxix, et année 1708, n°v ; Geffroy, la Princesse des Ursins, p. xliv-xlv ; Baudrillart, Philippe V, tome I, p. 291-294. Ces décrets furent rendus sur le conseil de Louis XIV, du duc d'Orléans et d'Amelot, malgré l'opposition du président Aguilar (Dépôt de la guerre, vol. 2049, n°* 132, 133 et 200; Affaires étrangères, vol. Espagne 173, fol. 79 et 88; Lettres de Louis XIV à M. Amclot, tome I, p. 212-215).

* Ce nom a été substitué à Le Roy d'Espagne, biffé.

et les

soumet aux

lois et au

gouvernement

de Castillc.

de lArapon et et toutes les provinces qui en dépendent, les mit en tout et

,, e j881 partout sur le pied de la Castille1; il y étendit les lois de dépendances, " r . . .

ce royaume, et il abrogea tout ce qui y pouvoit être contraire. Ce fut un grand et utile coup frappé bien à propos, et qui mit toutes ces provinces au désespoir et en furie2. Le bonheur de l'issue des armes a soutenu ce qu'elles avoient tant aidé à établir. L'Aragon, la Catalogne et toutes les provinces dépendantes de cette couronne ont fait l'impossible pour alléger au moins ce joug : Philippe V est demeuré, avec grand raison, inébranlable, et les choses y sont demeurées jusqu'à présent dans la forme où il les mit dans ce temps-là3.

Le parti étoit pris dès l'hiver de n'essayer point de rentrer en Italie. Médavy y étoit resté avec les troupes que M. le duc d'Orléans, marchant avec son armée à Turin, lui avoit laissées en Lombardie, et avec lesquelles il remporta une victoire4, en même temps que se donna la bataille de Turin, qui en auroit réparé les malheurs, si, comme M. le duc d'Orléans le voulut, il avoit mené son armée en Italie, au lieu.de la ramener dans les Alpes et dans le DauphinéB. Médavy se maintint avec ses troupes,

4. Le conseil d'Aragon, qui siégeait à Madrid, fut aboli, ainsi que le tribunal de la Manifestation à Saragosse, des « audiences » royales établies partout, et les pouvoirs remis aux mains du vice-roi.

2. Au commencement du règne, l'Aragon avait encore manifesté plus d'attachement que la Castille pour Philippe V (Dangeau, tome VIII, p. 265 et 296).

3. Amelot maintint envers et contre tous cette Pragmatique de 1707, qui rapprochait la monarchie espagnole de l'unité centralisatrice de la France. « C'est pourquoi, dit le P. Baudrillart, les conséquences politiques de la bataille d'Almanza peuvent être placées au rang des faits les plus importants qu'un travail comme le nôtre ait pour but de mettre en lumière. » Cependant, en 1710, Philippe V rendit une partie des privilèges qui semblait compatible avec l'unification, et, en mars 1711, on établit un règlement provisoire; ce n'est qu'en mars 1715 que l'assimilation fut complète. Encore y eut-il quelques retouches de 1718 à 1720.

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