Ici, Herman, comme dans le texte des Mémoires
et avec Mme de Montespan. Celle-ci la protégea, et Mme Scarron, devenue gouvernante de ses enfants, prit Mlle d'Heudicourt pour les amuser chez elle. Devenue Mme de Maintenon, elle protégea infiniment Mme d'Heudicourt et sa fille, dont elle fit le mariage et la fortune. Si la cour fut scandalisée de la voir dame du palais, les troupes ne le furent pas moins de voir son mari directeur de la cavalerie et lieutenant général. Mme de Montgon étoit de tous les particuliers chez Mme de Maintenon, amusoit le Roi par son esprit et par sa liberté; elle devint un petit personnage, et quelquefois assez impertinente. Son mari la survécut longtemps, et s'étoit fait lieutenant général en la menaçant de l'emmener en Auvergne. Elle y étoit allée après, voir son beau-père et son bien, et y mourut fort promptement. Elle laissa un fils et une fille, qui épousa un Montmorin. Le fils1 entra assez bien dans le monde et fit quelques campagnes dans la gendarmerie; tout à coup, et sans aventures, il se jeta dans le séminaire de Saint-Sulpice, y passa quelques années en grande dévotion, se fit prêtre, et, peu de jours après, montra une intrigue qui surprit moins quelques supérieurs de son séminaire que le monde, qui ne le voyoit pas de si près. Les jésuites s'en voulurent servir pour donner en Espagne un degré d'autorité à la constitution Unigenitus qui réfléchit ici. Le roi d'Espagne venoit d'abdiquer; il lui fut proposé par le P. Bermudez, son confesseur, qui, par d'autres cabales, avoit eu grand part à l'abdication. Le roi d'Espagne ne l'avoit jamais connu : il étoit trop jeune lorsque ce prince alla en Espagne; il demanda si c'étoit le fils d'une Mme de Montgon qu'il avoit vue dame du palais, et eut peine à le recevoir dans sa retraite de Saint-lldefonse. Lui, cependant, parut d'abord aller pour procurer la canonisation de je ne sais quel saint, et cependant écrivoit au P. Bermudez des admirations de la retraite du roi d'Espagne et des désirs de s'en aller édifier de près, et de passer sa vie auprès d'un si grand exemple, qui, à la tin, le tirent admettre. Parmi cette négociation, le roi Louis mourut, et le roi Philippe remonta sur le trône. Un tel changement ne ralentit point l'abbé de Montgon, ni les jésuites; mais, le P. Bermudez ayant été chassé, il fallut changer de batterie. Mme de Montgon, qui avoit été élevée auprès de Madame la Duchesse, introduisit de bonne heure son fils auprès de Monsieur le Duc, qui étoit alors premier ministre, avec lequel il avoit passé sa première jeunesse. Il le fut trouver, et Monsieur le Duc, très brouillé en Espagne pour le renvoi de l'Infante, et qui avoit un grand désir de s'y raccommoder, crut l'abbé de Montgon un instrument propre. L'embarras étoit du prétexte; il étoit inconnu au roi d'Espagne, il ne s'agissoit plus de Saint-lldefonse, et un béat qui avoit tout quitté pour se faire prêtre, et qui n'avoit prétexté un voyage si bizarre que par l'admiration de la retraite du roi d'Espagne et du désir de s'y enterrer
i. Ce qui suit ne se retrouve pas dans les Mémoires, où le nom de l'abbé de Montgon ne sera prononcé qu'incidemment.
auprès «l'un si grand exemple, se Iroiivoil bien à découvert tll milieu
d'une cour où il o'avoit ni affaire, ni prétexte, ni bienséance de daller transplanter. Quoique Monsieur le Due fût le maître, il falloit pourtant
rattache de Monsieur dfl Fréjus, depuis cardinal de Fleury, et il M falloit bien garder de lui rien laisser apercevoir des motifs de es voyage, tant de celui qui regardoit Monsieur le Duc. que de ceux qui étoient particuliers aux jésuites, et des autres plus protonds et personnels au sulpicicn. G'étoit, en un mot, un fou de beaucoup d'esprit, et d'esprit agréable, mais caché et singulier au dernier point, qui avoit des vues et une ambition vaste, qu'il ne voyoit point de chemin pour la satisfaire ici, ni par les armes, qu'il avoit quittées, ni par l'Église, et qui espéra que, posté par les jésuites, il s'ouvriroil par l'Espagne un chemin abrégé au cardinalat, appuyé de la dévotion du roi d'Espagne et de cet abandon du monde et de sa patrie, à qui il crut donner un grand relief en partageant son bien à ses parents, et ne se réservant presque rien. Monsieur de Fréjus, qui ne voyoit pas clair à un voyage si extraordinaire, y résista tant et si longtemps, qu'il ne put \ consentir, et se contenta de ne le pas empêcher. L'abbé de Montgon partit, et fit en effet le raccommodement de Monsieur le Duc avec l'Espagne. 11 fut d'abord très bien en ce pays-là; mais il y fut traversé par notre cour dès que Monsieur de Fréjus y eut pris la place de Monsieur le Duc, et l'abbé commença à être embarrassé de sa personne. Il vint, quelque temps après, faire un tour de sept ou huit mois à Paris, où il parut avec un air fort composé, mais avec un équipage fort leste. Il y eut plusieurs audiences de M. le cardinal de Fleury, avec lequel enfin il demeura brouillé, et s'en retourna furtivement en Espagne. Il y trouva toutes les avenues fermées, plus d'accès auprès du roi ni de la reine; il essaya longtemps, par ses souplesses, de se raccrocher, puis des pensions, après des emplois à Rome : tout lui manqua. Il éclata, se brouilla avec les ministres, écrivit contre eux et contre M. le cardinal de Fleury, et fit imprimer un livre d'invectives écrit avec beaucoup d'esprit et de fiel, mais où on ne comprend ni le dessein ni la matière. Après cet éclat, qui mit également les deux cours contre lui, il fut chassé d'Espagne, erra quelque temps en Portugal, dont il eut ordre aussi de se retirer, et finalement vint par mer en Flandre, d'où il obtint la permission d'aller mourir de faim et de rage en Auvergne, où il est, et où il est apparent qu'il n'est pas encore au dernier tome du roman de sa vie1. Cela, quoique arrivé bien des années après la mort de Mme de Montgon, a paru mériter de trouver place
715 et 716. — Le comte de Gr amont. (Page 2Gfc2.)
4 décembre 1692. — Le comte de Gramont étoit frère du premier maréchal-duc de Gramont, mais d'un autre lit. La mère du maréchal