‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 469 sur 610 · Il ne mourut qu'en 1770, aux Pays-Bas · texte numérisé non relu

Il ne mourut qu'en 1770, aux Pays-Bas

étoit fille du maréchal de Roquelaurc, et celle du comte de Gramont étoit sœur de Bouteville père de M. de Luxembourg. Quoique la mode du temps l'eût fait aller fort à la guerre, il n'y avoit jamais brillé, ni espéré s'avancer1. Il fut quelque temps à Monsieur le Prince, et se prostitua volontiers pour attraper Grand escroc et grand faiseur de dupes au jeu; de l'esprit, des gasconnadcs, de l'impudence, de l'effronterie, de la bassesse, et de toutes les misères à l'avenant, dont ses propres Mémoires, faits et avoués par lui, font une foi singulière. On y voit l'histoire de son mariage et beaucoup d'autres aussi peu honorables. Avec tout cela, fort dans le grand monde et de la cour, où, à la fin, il attrapa les premières entrées chez le Roi, à qui il se rendit agréable par son assiduité, ses bouffonneries, et se montrer valet à tout faire.

Ce comte de Gramont fut également le mépris et la terreur de la cour par tout ce que son âge, sa faveur et sa malice lui donnoient droit de dire, et même en face, sans qu'il fût possible qu'il y en eût aucune suite sans se rendre parfaitement ridicule à force de mépris. Pour l'essentiel, il avoit toujours vécu d'industrie, et les ministres le ménageoient et lui facilitoient des grâces pécuniaires. Son visage étoit d'un vieux singe-....

30 janvier 1707. — Le comte de Gramont étoit un vieux sacripand de cour et de monde, qui avoit beaucoup d'esprit et d'impudence, et qui avoit honte bue sur tout. 11 étoit frère de père du maréchal de Gramont, dont la mère étoit fille du maréchal de Roquclaure, et celle du comte de Gramont étoit sœur de Bouteville décapité à Paris pour duels, père du maréchal de Luxembourg. Il s'étoit attaché à Monsieur le Prince, qu'il suivit en Flandres, se promena après en Angleterre, y devint amoureux de Mlle d'Hamilton, que ses frères le forcèrent d'épouser, et qu'il amena en France. Les Mémoires de sa vie qu'il n'a pas eu honte d'écrire et de publier le font assez connoitre. Ce ne fut pas une légère tache à notre cour qu'un aussi publiquement malhonnête homme, poltron, fripon au jeu, escroc et plein de toutes sortes d'infamies, non seulement les portât toutes avec un front d'airain, sans en désavouer pas une, mais eût acquis une faveur et une liberté auprès du Roi qui le rendit continuellement redoutable aux ministres même. C'étoit un homme à qui tout étoit permis, et qui se permettoit tout. Le Roi parlant un jour d'un envoyé du Nord qui venoit de repartir après un compliment et quelque chose de plus qu'il étoit venu taire, et dont il s'étoit fort mal acquitté : « Vous verrez, Sire, dit le comte, que c'est quoique parent de ministre. » Il ne marchandent personne, et souvent en face. Il avoit quatre-vingt-six ans quand il mou-

1. Le correcteur ou arrangeur a ajouté en interligne un de avant cet infinitif.

"2. La fin de cette Addition, relative à la comtesse de Gramont, trouvera place on regard de la page S" i du tome V de l'édition de 1873.

rut*. Étant fort malade un an devant sa mort, sa femme lui voulut parler de Dieu; l'oubli entier dans lequel il en avoit été toute sa vie le jeta dans une grande surprise de nos mystères, et, se tournant rets sa femme : ■ Comtesse, lui demanda-t-il, mais me dis-tu bien vrai/ » Et comme, du temps après, elle lui récitait le Pater : « Comte--'', cette prière est belle. » 11 n'en avoit pas la moindre notion. De ses dits et de ses faits, on en feroit un livre, mais qui seroit déplorable, si Ton en retranehoit l'effronterie et les saillies. Avec tout cela, il avoit débellé2 la cour, et la tenoit en respect. Ce brevet d'affaires qu'il avoit est un brevet d'entrées beaucoup moindres que celles des premiers gentilshommes de la ehambre, et beaucoup plus grandes que les entrées de la chambre.

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