‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 476 sur 610 · Vauban, et son livre sur la Dîme royale. (Page · texte numérisé non relu

Vauban, et son livre sur la Dîme royale. (Page

29 mars 1707. — On a vu1 quel étoit Vauban à l'occasion de sa promotion à l'office de maréchal de France, son mérite, l'affection et la confiance du Roi pour lui en l'occasion de Turin, combien il méritoit l'un et l'autre; mais il les perdit bientôt après, et il n'y put survivre. C étoit le meilleur homme et le meilleur patriote du monde, toujours occupé de l'État et du soulagement de toutes ses parties, ainsi que de l'avancement de sa gloire, avec un désintéressement parfait. Il étoit homme de grand ordre, de grand arrangement, de grand calcul ; les impôts, et encore plus la manière dont on les levoit, lui déplaisoient étrangement : il s'appliqua plusieurs années à y chercher un remède, et crut l'avoir trouvé par le livre célèbre qu'il publia. On n'entrera point ici dans l'examen de cet ouvrage; mais, quel qu'il fût, c'étoit celui d'un excellent cœur et d'un digne citoyen. Il se crut à portée d'oser traiter cette matière par la situation où, de longue main, il se trou voit avec le Roi, et, en cela, il se trompa en plein. Son livre fit grand bruit, goûté, loué, admiré du public, blâmé et détesté des financiers, abhorré des ministres, dont il alluma la colère. Le chancelier de Pontchartrain surtout en fit un vacarme sans garder aucune mesure, et Chamillart oublia sa douceur et sa modération. Les magistrats de finances tempêtèrent, et l'orage fut porté jusqu'à un tel excès, que, si on les avoit crus, le maréchal auroit été mis à la Bastille, et son livre entre les mains du bourreau. Le Roi, qui ne s'y put résoudre, ne laissa pas de se laisser entraîner à ce torrent, assez pour contenter ses ministres, assez pour scandaliser étrangement sa cour, assez pour tuer le meilleur des François et celui qui avoit cueilli les lauriers dont le Roi avoit environné son front.

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