‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 475 sur 610 · Rang des ducs au Conseil · texte numérisé non relu

Rang des ducs au Conseil

(Page 315.)

11 janvier 1702. — Cette remarque de la séance de Chamillart est superflue1 : personne, au Conseil ni ailleurs, ne dispute aux ducs. Ailleurs, ceux qui ont rang de prince étranger disputent en quelques lieux, et, au Conseil, le Chancelier, nouvellement, les précède, et, très nouvellement, le garde des sceaux.

723 et 724. — Le marquis et la marquise de Mézières. (Page 320.)

13 mars 1707. — Mézières, qui s'appeloit Béthisy, et de très peu de chose, étoit un visage de grenouille écrasée, enseveli dans sa poi-

1. Dangeau a dit que, dans une conférence des ministres chez le Chancelier, Chamillart s'est mis au-dessous du duc d'Harcourt.

trine, et par devant et par derrière effroyablement bossu; et à voir, il faisoit peine à respirer. Beaucoup d'esprit, même orné, une valeur brillante, du talent à la guerre et des hasards heureux le firent percer par l'estime. Le manège ne lui manqua pas, et sa sœur, qui, par des convenances singulières, avoit épousé M. de Charlus, devint bellemère de Mlle de Chevreuse, laquelle épousa son fils le marquis de Levis, dont elle fit la fortune, et contribua fort à celle de Mézières son oncle. Celui-ci s'amouracha d'une aventurière angloise qui s'appeloit Oglethorp, demoiselle pourtant, mais dont la mère étoit blanchisseuse de la reine d'Angleterre et de plusieurs autres à Londres, et qui étoit aussi une maîtresse commère. Sa fille, non moins intriguante et spirituelle, en fit ses preuves ici en plus d'une sorte, et plus d'un personnage qui feroient un roman, et aida fort son mari à s'enrichir et à achever de s'élever. Il avoit bonne opinion de lui au point de dégoûter, et qui alloit jusqu'à sa figure, qu'il rajustoit à tous les miroirs, et lui sourioit avec complaisance. Sa fortune, à travers tant de contredit, l'avoit gâté et rendu impertinent, jusqu'à se proposer d'aller à tout, et de le mériter. Sa femme, après sa mort, a grandement et étrangement marié ses filles au prince de Montauban et à M. de Mouy.

30 janvier 1719. — .... Elle1 [Mme de Charlus] étoit sœur de Mézières mort lieutenant général et gouverneur d'Amiens, qui, avec un visage de grenouille pourrie, se croyoit un petit Luxembourg parce qu'il étoit horriblement bossu par devant et par derrière. Le rare est qu'il se croyoit couru des dames, et qu'il ne passoit jamais devant un miroir qu'il ne se rajustât, ou, au moins, qu'il ne se regardât avec complaisance. Il étoit très bon officier, et son mérite en ce genre avoit percé malgré sa figure. C'étoit d'ailleurs un homme très avantageux et des propos duquel il y avoit fort à rabattre, et, avec de l'esprit, grand valet de faveur, et très impudent d'ailleurs. L'amour d'une part et la pauvreté de l'autre avoient fait son mariage avec Mlle Oglethorp, fille d'un gentilhomme anglais de bon lieu et de la blanchisseuse de la reine d'Angleterre, qu'il avoit épousée ; l'une et l'autre d'infiniment d'esprit, et encore plus d'ambition, d'artifice et d'intrigue. Cette dose de plus avoit fait croire à Mézières qu'il étoit propre à tout et susceptible de toutes choses. Sa veuve a su montrer depuis, en bien des sortes, de quoi elle étoit capable ; mais ses fils ont moins pris de soh esprit que ses filles, qui sont la parfaite image de celui de leur dangereuse mère, et qu'elle a su, de gré ou de force, marier hautement : Mme de Montauban malgré tous les Rohans, que Mme de Levis fit après daine du palais; et Mme de Ligne, dont la façon de la marier et les suites ont indigné toute la France. On peut conclure par dire que la vie de Mme de Mézières est un étrange roman, dont elle n'a pas encore commencé le dernier tome-.

1. Le commencement de cette Addition trouvera place dans la suite des Mémoires, tome XVI de; 1873, p. 190.

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