‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 484 sur 610 · Le prince de Ghimay · texte numérisé non relu

Le prince de Ghimay

(Page 393.)

31 janvier 4699. — M. de Chimay n'a été fait grand d'Espagne que par Philippe V, du temps de Mme des Ursins; mais l'électeur de Bavière lui avoit procuré la Toison de Charles II.

734. — M. de Donzy prend indûment le titre de duc. (Page 394.)

3 mars 1695. — Ce duc de Donzy ne le fut jamais que lorsque M. le duc d'Orléans le fit duc-pair de Nevers dans sa régence. Son père n'a été que duc à brevet. 11 avoit doucement fait appeler son fils de la sorte, et,. de son domestique, l'appellation s'en introduisit dans

1. Il y avait des procédures contre le duc de Nevers pour mauvais traitements faits par ses gens à un huissier du Parlement.

le monde. A la fin, le Roi le trouva si mauvais, qu'il ordonna à M. de Pontchartrain de le mander de sa part à son père, et on n'osa plus l'appeler duc.

735. — Mademoiselle de Choin et les parvulo de Meudon. (Page 395.)

26 avril 1707. — Ces diners particuliers de Meudon s'appeloient des parvulo, et fourniroient une longue anecdote, qui intéresseroit des personnes dont le respect ne permet pas de s'expliquer. Ce qui s'en peut dire est que la comtesse de Bury, qui fut dame d'honneur de Mme la princesse de Conti, fille du Roi, à son mariage, mit auprès d'elle, longues années après, une de ses parentes, en qualité de fille d'honneur, qui s'appeloit Mlle Chouin, laide à merveille, mais de beaucoup d'esprit. Sa sortie de la cour fut orageuse pour elle et pour d'autres. Monseigneur y prit grand part, qui commandoit alors l'armée de Flandres, et M. de Luxembourg, qui la commandoit sous lui, eut grand peur. Le commerce très secret' continua entre les mêmes personnes. Au bout de quelque temps, Monseigneur la mit à Choisy, puis à Meudon, quand cette maison fut à lui. Avec le temps cela se sut davantage; quelques gens de plus furent admis au secret, qui devint à la fin toujours secret, mais le secret de la comédie. Mlle Chouin logeoit dans un appartement qui avoit une communication secrète avec celui de Monseigneur, et, comme il en avoit un d'hiver et un d'été, Mlle Chouin en changeoit de même, et avec la môme commodité. La veille que Monseigneur arrivoit à Meudon, elle y venoit fort tard en fiacre, avec une seule femme de chambre et son paquet, montoit tout droit chez elle, et ne sortoit de son appartement, ni pour prendre l'air, ni pour rien, qu'après le départ de Monseigneur, qu'elle s'en retournoit comme elle étoit venue. Là, du Mont lui faisoit porter à manger par un seul domestique, qui faisoit son appartement et qui l'y servoit, et, tous les jours, Monseigneur y passoit beaucoup d'heures, souvent tète à tète, et rarement avec quelque confident bien particulier. Ces confidents s'élargirent, eurent après liberté de l'aller voir à la dérobée, pour lui tenir compagnie dans les temps où Monseigneur n'y étoit pas. Madame la Duchesse y fut admise, et, de l'un à l'autre, beaucoup de gens, mais sans jamais sortir de l'air du mystère, ni que sa façon d'être recluse et d'aller et venir ait changé. Quand donc Mine la duchesse de Bourgogne alloil dîner avec elle et Monseigneur, cela s'appeloit le parvulo. Longtemps avant d'en venir là, le Roi le sut, et n'osa le trouver mauvais, bien moins encore Mine de Mainlenon. Sur les dernières années, elle la vif à Meudon, dans les voyages que le Roi y faisoit rarement, et elle y vit une fois le Roi, qui lui offrit un logement à Versailles, et de voir Monseigneur à découvert. Elle, qui craignoit de s'afibiplir par le grand air et d'y être trop en prise, s'excusa prudemment et obiniàtrément.

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et persévéra dans ->;i même façon de fivre. Elle se conduisent avec Monseigneur el avec ses cillants précisément comme misait Mme de Main tenon, demeuroit dans son fauteuil en leur présence, recevoit la cour des deux princes et les caresses de Mme la duchesse de Bourgogne, qui en usoit avec elle comme avec Mme de Maintenon, parlant d'elle et devant elle, disoit tout franchement : la duchesse de Bourgogne, et : le duc de Ben y. Pour Mgr le duc de Bourgogne, elle y ajoutoit le Monsieur, et vivoit plus sérieusement et plus mesurèrent avec lui. Sa cour grossie à Meudon avec l'attache tacite du Roi, elle en eut une à Paris. Les princes du sang, les seigneurs de tout âge les plus distingués briguoient (l'être admis chez elle; les ministres lui faisoient leur cour, mais moins à découvert. Pour tant de grandeur et d'espérance, jamais elle ne se haussa ni baissa, jamais elle ne préféra personne à ses anciens et plus médiocres amis; elle n'eut jamais ni table ni équipage, et logea toujours joignant le Petit Saint-Antoine, chez la Croix, un des receveurs généraux, son ancien ami, qui l'avoit recueillie au sortir de la cour, et à qui on la faisoit pour elle en sa manière. Son désintéressement iut entier, et tel qu'elle recevoit peu de Monseigneur, ne voulut jamais rien prendre par aucune voie, et qu'elle seroit morte de faim sans la pension qu'elle eut à la mort de Monseigneur. Elle conserva après ses anciens amis et un assez grand nombre d'autres, et de très élevés, fut abandonnée de beaucoup davantage; elle s'y attendoit, et à pis encore, et, comme elle ne s'étoit pas élevée, elle ne s'en abattit pas. Tant que le Roi vécut, elle conserva de la considération; mais, pour ce qu'elle vouloit et ce qu'il lui falloit, elle n'en avoit que faire. Elle survécut ainsi sagement et dignement sa faveur pendant plus de vingt ans, se donna fort à Dieu dans ses dernières années, et mourut dans de grandes épreuves d'intirmités, qu'elle porta avec une grande piété et une grande pénitence. C'étoit, avec beaucoup d'esprit, une très bonne créature, et bien au delà de ce qu'une faveur bien moins singulière comporte ordinairement.

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