‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 485 sur 610 · Le fauteuil des infants et des fils de France · texte numérisé non relu

Le fauteuil des infants et des fils de France

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20 avril 1707. — Les infants ont un fauteuil devant le roi et la reine d'Espagne, qui leur est venu de celui que les cardinaux ont usurpé devant eux en étendant la courroie de celui des cardinaux légats a latere. Philippe IV, fatigué d'un cérémonial si bizarre, avoit l'ait des niches de pierre dans les embrasures des fenêtres d'une grande salle de son appartement, à laquelle on n'a point touché en refaisant cet appartement, et c'est dans une de ces embrasures qu'est une porte qui ne paroît point, et qui donne dans un degré pris dans l'épaisseur du mur qui monte dans une tour où François Ier fut prisonnier, dont le très court logement se conserve encore tel qu'il l'occupa. Ces niches de pierre faites dans ces embrasures de fenêtres

scrvoient à Philippe IV à éviter le fauteuil des cardinaux. Il les recevait dans cette salle, s'y proinenoit avec eux, puis leur proposoit de se reposer et de jouir de la belle vue sur le Mançanarez, se mcttoit dans une niche, et faisoit asseoir le cardinal dans l'autre1 . Telle est l'origine du fauteuil des infants et l'usage de celui des cardinaux, qui n'en ont plus qu'au Conseil, quand le roi y est seulement, et à la chapelle ; mais, au diner du roi et de la reine, ni en toute autre occasion, ils ne s'asseyent point, et tout ce qui leur reste est que, lorsqu'ils entrent dans l'appartement du roi et de la reine, on apporte un fauteuil dans la pièce du dais, et sous le dais, qui est éloignée de celle où on se tient, et ce fauteuil y demeure jusqu'à ce qu'ils sortent de l'appartement, au lieu que les infants sont assis dans un fauteuil dès que le roi ou la reine le sont, en quelque occasion que ce soit. Pour revenir à la reine douairière reléguée à Bayonne, elle sentoit sa disgrâce et ses besoins; elle vouloit plaire à un prince qui alloit se mettre à la tète des armées d'Espagne, et dont le rang ressembloit si fort à celui des tîls de France et s'étoit monté si fort au-dessus de celui des princes du sang : de façon qu'embarrassée que faire, elle aima mieux trop que trop peu, et sauta le bâton du fauteuil, que M. le duc d'Orléans prit avec grand joie, mais qu'il n'auroit osé prétendre, et qu'il n'a jamais eu du roi ni de la reine d'Angleterre à Saint- Germain. La reine mère d'Angleterre, sœur de Louis X1I1, réfugiée en France pendant l'horrible catastrophe du roi Charles 1er, son mari, est la première tète couronnée qui ait donné le fauteuil à un fds de France. Monsieur2, son frère, alors lieutenant général de l'État et la première personne après la Reine régente, l'exigea des besoins et de la nécessité de la reine sa sœur. Et, pour achever cette matière, lorsque la reine d'Espagne veuve du roi Louis l'alla épouser3, la reine douairière crut la devoir traiter en princesse des Asturies, et lui donna le fauteuil; et, sur cet exemple, elle en usa de même pour Mlle de Beaujolois allant épouser D. Carlos, à quoi la qualité de tille du régent actuel4 de France ne nuisit pas. Lorsque Mlle de Beaujolois fut renvoyée d'Espagne au renvoi de l'infante, tout avoit change de face. Elle n'étoit plus que princesse du sang, puisque son mariage avec D. Carlos n'avoit pas été accompli, et M. le duc d'Orléans, son père, n'étoit plus; mais Monsieur le Duc, prince du sang, étoit premier ministre, et quelque chose de plus. Cette considération agit encore sur l'état d'une reine exilée, point payée, peu comptée et malheureuse. Elle se piqua de pitié pour Mlle de Beaujolois, et de ne lui pas faire sntir la différence de ses deux passages à Bayonne : elle

\. Cette légende reviendra dans la suite des Mémoires, tome XVI11, p. 33,8.

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