‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 492 sur 610 · Autographe · texte numérisé non relu

Autographe

A. Le prince lui avait demandé, le 20 juillet, de se tenir prêt à occuper Stradella et le débouché des montagnes pour parer à une marche en avant semblable à celle de M. de Stahremberg. C'était le duc de Vendôme <|iii avait indiqué celte opération, et même fixé les effectifs; il renouvela les mêmes prescriptions le 20.

m APPENDICE II.

convenu avec lui de lui donner trois régiments de dragons, au lieu do quatre bataillons, pour la sûreté de Tortone et d'Alexandrie. Cela fera le même effet, et notre siège, que je vais presser avec toute la diligenee imaginable, en ira encore plus vite. Les régiments de dragons Dauphin et Languedoc partiront demain du camp de Turin pour marcher droit à Crémone, où M. le prince de Vaudémont fait assembler les douze premiers escadrons que j'ai eu l'honneur d'envoyer à V. A. II. Le surplus des escadrons, jusqu'au nombre de cinquante, partira sous la conduite de MM. d'Aubeterre et de Kufïey, et marchera en corps jusqu'à Alexandrie, où il pourra recevoir vos ordres. Les régiments de dragons d'Hautefort et de Fimarcon en seront. V. A. R. voit bien que je ne retarde pas l'exécution de ses ordres. Il ne me reste qu'à lui l'aire faire une attention moyennant laquelle j'ose lui répondre, non sur ma tète, parce qu'elle n'en vaut pas la peine, mais selon toute la vraisemblance possible, que M. le prince Eugène échouera absolument dans un projet de secourir Turin. Il s'agit que, lorsque V. A. R. aura conduit à vue l'armée du prince Eugène assez avant pour qu'elle ne puisse plus lui donner de jalousie du côté du Milanois,que V. A. R. m'envoie en toute diligence, par Alexandrie et par Asti, tous ses dragons, sans exception. Je donnerai certainement, au moyen de ce secours, le temps à toute son armée d'arriver par le même chemin avant que M. le prince Eugène ait pu m'entamer par aucun endroit. Mon projet est de mettre quarante bataillons sur les hauteurs de Turin voisines de celle des Capucins, et d'y faire faire des retranchements par les paysans du Milanois. Je rendrai mes lignes de circonvallation encore meilleures qu'elles ne sont. Elles seront garnies de canon chargé à cartouches. Il restera, pour la garde desdites lignes, vingt-cinq bataillons et quatorze escadrons, sans les lmssards, et je mettrai dans les mêmes lignes les treize régiments de dragons que V. A. R. aura la bonté de m'envoyer. Le pont que nous avons à Caverent (Cavoretto) touche à notre droite, et nos lignes et notre montagne peuvent se secourir très aisément et très promptement. Les postes de ces montagnes sont si avantageux par leur situation, que toute l'infanterie de M. le prince Eugène se détruiroit à vouloir faire cette attaque, outre qu'il lui faut beaucoup de temps pour ses dispositions, et qu'il lui faut faire de nécessité un pont sur le Pô, à hauteur de Moncalicr, pour me pouvoir donner de la jalousie du côté de nos lignes, sans compter qu'il ne pourra se communiquer qu'en faisant un tour de plus de trois lieues, et que je n'en aurai pas plus d'une pour ma communication. J'espère que V. A. R. trouvera ce raisonnement solide. Je tâcherai de n'oublier aucune des précautions imaginables, et je m'estimerai trop heureux si je puis contribuer un peu à la gloire de V. A. R., de laquelle je demande avec instance la continuation des bontés, et suis, avec un respectueux attachement. Monseigneur,

« Le très humble et très obéissant serviteur. « Le duc de la Feuillade.

« Je compte dans le nombre de nos bataillons le bataillon bavarois, que je ne doute pas qu'il ne serve de bon cœur après la lettre que V. A. R. doit avoir eu la bonté de faire écrire au commandant. Je pars dans le moment. M. de Chamarande me mande que les ennemis ont perdu très considérablement dans la sortie qu'ils ont faite. »

(P. S. d'une autre écriture.) « Le raisonnement est très solide en apparence; mais, comme il a l'éclat du verre, il en a la fragilité, car le diable, c'est que le prince Eugène, vous sentant foible, vous attaquera quand il le trouvera à propos, et ne donnera pas le loisir nécessaire à ces arrangements si beaux sur le papier et si frivoles en effet. »

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