M. le duc d'Orléans à M. Chamillart
« A Pignerol, 10 septembre 1706.
« J'ai chargé Nancré de rendre compte au Roi des détails dont je n'ai pu écrire moi-même au Roi, et du parti que j'ai pris, sur les représentations de M. de la Feuillade, de retirer l'armée à Pignerol, et ensuite de ne pas tenter de repasser en Lombardie. A quoi j'avoue que j'ai eu une grande répugnance. Je vous prie de lui procurer son
1. Minute. L'original, où la signature seule était autographe, faisait partie d'un recueil de lettres compris dans la vente du marquis Germain Garnier, pair de France, en 1821, et acquis alors pour la bibliothèque du Louvre, où, par conséquent, le tout a été brûlé en 1871. Il paraît que cet original portait la date du 9, tandis que la minute est du 10. Le texte en parut en 1822 dans les Mélanges de la Société des Bibliophiles françois, tome II, p. 87-88. Feu M. Gefîroy a, sur mon indication, publié, en 1887, clans le tome II de son recueil, p. 95-97, la réponse de Mme de Maintenon, la lettre de remerciement du prince et une lettre à la princesse des Ursins, où Mme de Maintenon disait : « Si les avis de M. le duc d'Orléans avoient été suivis, nous aurions, selon toutes les apparences, battu le prince Eugène, qui étoit plus foible que nous. Si, après la perte du Turin, nous eussions marché vers Milan et rejoint M. de Médavy, l'Italie n'étoit pas perdue.... » Et plus loin : « Les héros dans les romans ne poussent pas la bravoure plus loin que ce qu'il a fait. Il a caché sa première blessure; il fallut céder à la seconde parce que son bras tomba. Il supporta sa douleur avec le même courage, il se fit porter dans le dessein de marcher en avant.... Son avis n'avoit pas été suivi; il est inconsolable, et toute l'armée mande que sa vie est en danger par son affliction. Le Roi lui a écrit les choses du monde les plus obligeantes; en vérité, il les mérite bien. » La réponse de Mme de Maintenon au prince, remarquable par l'élévation et la générosité des sentiments, n'était point connue jusqu'au jour où j'ai eu le plaisir d'en révéler l'existence à M. Geffroy, tandis que la lettre de remerciement du prince, datée de Briançon le 10 octobre, avait été publiée dans le recueil de la Beaumelle, puis, par Mme Suard, en 1828, dans Madame de Maintenon peinte par elle-même, 3e édition, tome II, p. 102-103.