M. le duc d'Orléans au prince de Vaudémont
« A. Pignerol, le 10 de septembre.
« Je ne puis pas, Monsieur, vous exprimer la douleur que j'ai d'avoir été obligé de venir ici et de ne pouvoir pas mener l'armée sans détour dans le Milanois ; mais nous manquons absolument de pain, et nous n'avons aucun équipage de mulets pour en aller chercher, ni aucune ressource ici pour l'attendre, de sorte que je suis forcé de marcher vers Suse pour trouver des subsistances ; mais nous conserverons trois entrées pour repasser, et, d'abord que nous aurons fait de nouveaux équipages de mulets et que nous aurons les provisions nécessaires, nous rentrerons. Vous en serez informé afin que vous nous fassiez trouver des vivres dans les endroits où nous pourrons déboucher, et, s'il n'étoit pas possible démener du canon, nous aurons seulement des équipages pour mener les pièces que vous pourrez nous faire fournir, ou que M. de Médavy pourra nous envoyer. Cependant faites l'usage que vous jugerez à propos des troupes de M. de Médavy, suivant l'ordre ci-joint que je lui en donne, et servez-vous-en suivant vos besoins, dans les places ou autrement, pour arrêter les progrès des ennemis et nous attendre; et donnez-moi de vos nouvelles le plus souvent que vous le pourrez. Tous les moments jusqu'à ce que je puisse marcher pour aller vous rejoindre me seront douloureux, et je n'aurai pas de repos que je ne puisse vous aller secourir et vous faire connoitre combien j'ai à cœur tout ce qui regarde le Milanois, et, vous, Monsieur, en particulier.
« Je vous ai déjà écrit, Monsieur, pour vous prier de faire passer en Franche-Comté tous nos équipages qui sont dans le Milanois. »
12. M. de Saint-Frémond à M. Desmaretz, directeur des finances.
« Au camp de Pignerol, le 11 septembre 1706.
« Vous avez déjà été informé que l'armée de Lombardie étoit arrivée le 31 du mois passé au siège de Turin, et qu'elle fut mêlée avec celle de M. de la Feuillade, qui aida à donner un second assaut à la demilune et aux deux contre-gardes, qui furent manquées comme la première fois, avec beaucoup de perte, particulièrement des trois com-
1. La réponse autographe du ministre, en date du 18 septembre, fait partie du dossier; mais elle a été publiée, d'après la minute, dans les Mémoire* militaires, p. 21)6-21)7.