‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 512 sur 610 · M. Chamillart à M. le duc d'Orléans · texte numérisé non relu

M. Chamillart à M. le duc d'Orléans

« A Versailles, ce 15 septembre 1706.

« Monseigneur,

« V. A. R. vient d'acquérir une gloire immortelle dans une journée bien malheureuse encore plus par ses circonstances que par l'événement qu'elle avoit prévu. Les sentiments du Roi étoient tellement conformes aux siens, que l'on ne sauroit trop s'affliger, pour la France et pour elle, que V. A. R. n'ait pas été instruite de ses véritables intentions avant qu'elle soit arrivée devant Turin, et que le courrier qu'elle avoit dépêché ait été envoyé trop tard. Il y a tant d'exemples de lignes forcées, si peu qu'elles ne l'aient point été, qu'il semble qu'il n'y avoit pas d'autre parti à prendre que celui que le comte d'Harcourt prit lorsqu'il se trouva en même situation. Le Roi attend M. de Nancré avec impatience, pour savoir le parti que V. A. R. croit qu'elle doit prendre. L'état auquel elle se trouve est ce qui donne le plus d'inquiétude; ce seroit un grand sujet de consolation si V. A. R. étoit en état de donner ses ordres en attendant qu'elle pût agir par elle-même. Je ne doute point que M. de la Feuillade ne s'emploie avec le même zèle pour faire oublier tous les malheurs dont il est la cause innocente. Le Roi et vous êtes encore plus à plaindre que lui. J'envoie de l'argent pour payer votre armée, et des ordres pour faire voiturer des vivres de toutes parts. Je me sers de l'occasion d'un de vos gens pour vous porter les premières assurances de ma vive douleur et de mon respectueux attachement pour V. A. R. S. M. renverra Saint- Léger aussitôt après l'arrivée de M. de Nancré. Je suis, etc.

« Chamillart. »

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