Madame la duchesse d'Orléans à M. le duc d'Orléans
« Ce 14e septembre.
« Je ne puis vous exprimer la douleur que j'ai de tout ce qui est arrivé, Monsieur. Les lettres assurent qu'il n'y a rien à craindre pour vos blessures ; mais il y en a une douloureuse. Je crains aussi que le chagrin que vous aurez de cette malheureuse affaire ne nuise à votre santé. J'en suis dans la plus grande inquiétude du monde. Je vous prie de m'en faire mander bien régulièrement des nouvelles et de dire à l'abbé du Bois qu'il me fera grand plaisir de m'écrire. Je voudrois pouvoir être avec vous. Je crois que Madame vous aura mandé de quelle façon le Roi a parlé de vous. On n'en parle pas de deux manières, et on dit bien que, si on avoit suivi votre avis, tout auroit mieux été. C'est une consolation que l'on vous rende justice. Je vous assure que j'ai une sensibilité, pour tout ce qui vous regarde, qui ne peut venir,
1. Dans une lettre suivante, du 17, Madame rapporte encore que le Roi lui a dit « qu'il aimoit mieux tout perdre, et que vous viviez ; qu'il comptoit pour rien que Turin fût secouru, pourvu que vos plaies ne soient pas dangereuses; qu'on ne pouvoit être plus content qu'il l'est de vous; que ce qui étoit arrivé n'étoit pas votre faute, qu'il le savoit et étoit taché qu'on ne vous avoit pas cru, que tout en auroit été mieux et plus heureux ; que vous remportiez, au milieu de votre malheur, une gloire infinie d'avoir marqué et tant de courage et ce que vous saviez faire. Tout le monde en parle comme le Roi. » Et encore, le 20 : « J'ai moi-même ouï dire au Roi : « Ce n'est pas la faute de mon neveu, c'est la mienne; c'est « moi qui lui ai ordonné de suivre les avis de M. de Marcin. » Voilà sans doute la lettre qui, arrivant au moment où l'on parlait de faire l'amputation, produisit l'effet d'un baume merveilleux, ainsi que Mme de Maintenon l'écrivit à Madrid le 17 octobre.
2. Le dossier comprend neuf lettres de cette princesse à son mari, du 11 juillet au 29 septembre.
dans une lendore comme moi, que d'une extrême tendresse. Je me flatte que vous n'en doutez pas. <( Françoise-Marie. »