M. Chamillart à M. cTAlbergotti
« Versailles, 23 septembre 1706.
« ... Je ne puis m'empêcher de vous dire, à l'occasion de ce qui s'est passé à la journée du 7e courant, qu'il me semble, puisque Mgr le duc d'Orléans a bien voulu demander conseil à tous Messieurs les officiers généraux avant que les ennemis fussent en état et à portée d'attaquer les lignes, qu'ils auroient pu s'expliquer d'une manière différente de ce que j'ai vu. Si j'avois l'honneur d'être général, je serois bien fâché que l'on ne me parlât pas plus fortement et d'une manière plus convenable au bien du service du Roi. S. M. est bien à plaindre de voir que chacun est beaucoup plus occupé de raisons particulières que du bien de son service. Il y avoit, au siège de Turin et dans le corps des troupes qui ont été amenées par Mgr le duc d'Orléans, plus de forces
1. L'écriture de cette lettre autographe est tellement mauvaise, que plusieurs mots restent illisibles et inintelligibles.
2. Dépôt de la guerre, vol. 19G6, n° 455. Réponse à la lettre du 10.
qu'il n'en falloit, do moitié, pour finir la guerre d'Italie, battre M. de Savoie et le prince Eugène, et prendre ensuite Turin, qui auroit ouvert les portes trois jours après, au plus tard, quand même les ennemis y auroient jeté la moitié de leur armée. On savoit qu'il n'y avoit plus de poudre dans la place. Ce premier événement, quoique des plus funestes, n'a rien de comparable au parti que l'on a pris de se retirer sous Pigncrol après avoir levé le siège, au lieu de passer le Pô ainsi que Mgr le duc d'Orléans l'avoit résolu. Je ne sais qui a contribué à le déterminer à un parti contraire ; mais il doit se le reprocher toute sa vie, et je plains bien S. A. R. d'avoir pensé tout ce qu'il y avoit de mieux à faire et de n'avoir pas été secondé. S'il se trouve dans quelque conjoncture douteuse à l'avenir, le Roi s'en trouvera mieux s'il ne consulte que lui-même. Je veux croire que vous avez été un de ceux qui avez le plus rapproché de ses sentiments lorsque vous vous êtes trouvé auprès de lui. »