‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 544 sur 610 · Dangeau, tomes 1, p. 155-156, et II, p. 141 et · texte numérisé non relu

Dangeau, tomes 1, p. 155-156, et II, p. 141 et

Mme de Saint-Chaumont1. Ces héritages et les bienfaits du maître eussent dû mettre hors d'embarras ce cadet qui avait jadis vécu, comme tant d'autres, aux crochets du baigneur Prud'homme2, ou se faisait envoyer en Angleterre pour en rapporter chaque fois cinquante ou soixante mille écus gagnés au jeu3.

Le Journal de Dangeau cite des exemples multiples de la munificence du Roi. En janvier 1685, il donne à Gramont un emplacement pour élever une nouvelle halle à Paris; en mars de la même année, il lui assigne une seconde pension de six mille livres, et autant à sa femme; en mars 1688, il double ces deux pensions; en décembre de la même année, il décore le comte du cordon bleu; en novembre 1691, il lui assigne vingt mille livres en récompense d'un avis de finance présenté au contrôleur général. L'Alsace parait avoir été pour Gramont un centre d'opérations fructueuses4. En 1695, il s'entremit obligeamment auprès du commissaire-enquêteur chargé de faire rendre gorge aux gardes-magasins des fourrages et à leurs complices, obtint une transaction, et, disait-on, en reçut pour sa part quelque cent mille livres5. Toujours à propos de fourrages et de prévarications d'entrepreneurs, il s'associa, en 1699, avec le comte de Charlus, lieutenant de Roi en Bourbonnais, pour « plumer le pigeonneau, » selon sa propre expression, et, cette fois, on évaluait d'avance leur profit à quatre-vingt mille livres ; mais aussi faut-il lire la dénonciation en règle que l'intendant lança contre eux6. Jusque dans les derniers temps de sa vie, nous le voyons encore patronner des propositions de finance auprès de Chamillart7. Cependant, certain jour, le Roi lui donna tort dans une affaire qui avait été fort lucrative jusque-là. Depuis 1685, le comte, associé avec le marquis de Gesvres, avait profité de l'inaction de la ville pour installer sur les vastes terrains de L'Ile Louviers des chantiers de bois privilégiés, et peu à peu ils en étaient arrivés à tirer de cette entreprise une redevance annuelle de plus de vingt-cinq mille livres, contre quarante ou quarante-cinq mille qu'ils avaient déboursées de premier établissement. Des plaintes réitérées s'étant produites de la part du

1. Sourches, tome II, p. 3 et 193-195; Dangeau, tome II, p. 154.

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