Lettre de M, Chamillart au duc de Vendôme
« A Versailles, ce 19 octobre 1706.
« Je réponds, Monseigneur, à vos deux lettres du 16 et du 17 de ce mois. La première me confirme la continuation de l'honneur de votre amitié, à laquelle je suis très sensible. Ne me reprochez point de me laisser abattre; je suis accablé de toutes façons; je ne saurois fournir au travail ni à l'argent, sans compter les mauvais événements. Vous croyez qu'il est facile, avec du courage, de soutenir la campagne prochaine. Si je pouvois en fournir les moyens, je ne serois pas abattu comme je le suis. Je me trouve embarrassé pour finir celle-ci; pour croire que je puisse finir l'autre, je crains, et je vois le train que prennent les négociations. J'en avois embarqué une, que je croyois pouvoir faire réussir; l'affaire de Turin l'a renversée. Les Hollandois semblent se repentir de m'avoir voulu faire peur ; mais il est bien tard d'y revenir, quand le mal est fait. Vous savez que le plan de cette campagne avoit été fait dans le même esprit d'audace que vous proposez de faire la prochaine. Les événements n'ont pas été heureux, et celui qui a commencé le désordre2 trouve que le moyen le plus sûr pour se dépiquer est d'accabler celui qui est chargé de tout, en tenant des discours qui mériteroient un traitement bien différent de celui qu'il reçoit.
« Le Roi aura grande peine de vous accorder le baron Pallavicin ; vous obtiendrez aisément les deux autres.
« Le Roi a appris par le dernier courrier d'Italie que Pavie s'est rendu le 2 aux ennemis, avec une capitulation honorable; la garnison a eu permission d'aller à Susc. Pizzighettonc est assiégé et se défend. Si Mgr le duc d'Orléans pouvoit rentrer présentement avec trente mille hommes, tout seroit sauvé.
« Par votre lettre du 17, il paroit que l'armée ennemie doit prendre incessamment des quartiers d'hiver; je vous enverrai incessamment ceux de votre armée.
« Le Roi veut voir la lettre que je devois vous envoyer, et que vous
1. Ms. Fr. 14178, fol. 151 v°; lettre publiée, d'après la minute, dans les Mémoires militaires, p. 570-571, mais pour la première partie seulement, et avec des différences.